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 into our eyes, it's where our demons hide. ✤ (hanils)

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K. Hans Dunne-Waltz

K. Hans Dunne-Waltz

rise out of the ground
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› Célébrité : joseph gordon-levitt.
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MessageSujet: into our eyes, it's where our demons hide. ✤ (hanils)   into our eyes, it's where our demons hide. ✤ (hanils) EmptyMer 26 Juin 2013 - 23:42


don't get too close
It's dark inside, and nowhere we can hide.

Tell the world I survived. Fermer les yeux, et inspirer. Ouvrir ses poumons, happer l’air avec autant d’amplitude que possible. Et se rendre compte, enfin, qu’on est bel et bien vivant. Des jours entiers, enfermé au fin fond de son appartement, cloîtré entre ces misérables murs délavés. À en perde la folie, à abandonner le peu de raison qu’il lui restait. La solitude était de ces maux écrasant, de ces étaux qui vous prennent à la gorge sans vous laisser le temps d’inspirer une dernière fois. Elle vous compressait la cage thoracique, à en faire lâcher votre cœur avant vos côtes, à vous en couper le souffle. Elle se délectait de la moindre de vos souffrances, de votre incapacité flagrante à faire quoique ce soit. L’envie disparaît, la solitude reste. Elle vous bouffe, cellule après cellule, gangrène mortelle, maladie dégénérative. Lorsqu’on met le doigt dans le rouage, difficile d’en sortir sans se faire happer le bras, puis le corps tout entier. Difficile de s’en échapper. Difficile, difficile … Tout l’était. Inspire, expire. Prends ton temps. En six ans, le monde ne s’était pas envolé. Pourquoi le ferait-il, maintenant, alors que tu as enfin pris le parti de revenir l’affronter ? Inspire, expire. Six ans. Absence pesante, manque lancinant. Les proches ne s’étaient pas habitués facilement, et lorsqu’enfin ils avaient pris la résolution de faire leur deuil, rien ne s’était déroulé comme prévu. Il avait voulu partir. C’était la raison de sa présence dans cet hôpital. Peut-être que si on l’avait su, on l’aurait laissé faire. Peut-être que si on l’avait su, il aurait connu le repos, la paix. La tranquillité. Une fois, dans sa vie. Six ans. Ouvrir les yeux. Voir ce profil dont il avait tant rêvé, sept longues années auparavant. C’était à ne rien y comprendre. C’était à croire qu’il était bel et bien mort. Au paradis, peut-être. Pourtant, non. Des larmes, des mots. Des odeurs, des sons. Des sensations. Tout était réel. Lentement, le visage impassible de Hans se tourna vers le ciel. Il cligna des paupières, laissant son regard chocolaté dériver au milieu des nuages. Il n’arrivait plus à distinguer d’objets, ni de formes, parmi eux. Trop longtemps qu’il ne les avait pas regardés, peut-être. Depuis combien de temps n’était-il pas sorti, volontairement, de chez lui ? Chez lui. Terme bien osé pour définir ce qui lui servait d’appartement. Cartons encore sagement emballés, était rangé dans les placards le strict nécessaire. Il n’avait aucune excuse ; le temps filait entre ses doigts, chaque jour qu’il passait enfermé entre ces murs. Il aurait eu le temps d’emménager trois à quatre fois, entièrement. Mais il n’avait même pas fini de déballer ses cartons. Pourquoi ? Ce sentiment d’être étranger à ce qui l’entoure, cette absence d’envie de faire de ce lieu son chez-soi. Il n’avait pas envie de s’y attarder. Un appartement déniché par les bons soins de ses parents, alors qu’il réapprenait à marcher beaucoup plus facilement qu’il ne l’aurait dû. Ses muscles auraient dû être totalement amaigris, amoindris, atrophiés par ces six longues années de sommeil. Lorsqu’il avait pris conscience de la durée de son coma, il avait cru se mettre à pleurer. Peut-être était-ce à partir de cet instant-là, que tout avait réellement dérapé. Il avait voulu se lever, on l’en avait empêché, lui disant que ses jambes ne résisteraient pas. Qu’il tomberait. Il n’en avait rien été. Il s’était interrogé. Et la vérité était tombée. Six ans. Six ans …

Des cris, des insultes. Larmes de rage, aiguisées à en fendre le cœur. Il avait perdu les pédales. Et depuis, il s’était isolé. Renfermé. Ne plus voir personne, rester à l’écart de tout cela, à l’écart des gens. Ces mêmes personnes qui n’avaient pas été foutues d’abréger ses souffrances, alors que les médecins le prédisaient comme condamné. Son réveil aurait été un miracle, à proprement parler. Et pourtant, non. L’égoïsme humain, la peur de perdre un être cher. L’incapacité de faire ses adieux, le faible espoir qu’un jour, il se réveillerait. Pas un instant, on n’avait songé à ce que lui aurait voulu. Trop penser à lui, au point de l’en oublier. Triste résumé. Triste fin. Qui n’en avait pas été réellement une, qui s’était trouvée n’être qu’un second départ. Il n’en avait pas voulu ; on le lui avait tout de même donné. Quelqu’un allait-il seulement finir par l’écouter, dans cette vie ou dans une autre ? Inspire, expire. Il baissa les yeux, le reportant sur les silhouettes des habitations se découpant dans l’horizon grisé. Le quartier nord de Stonehaven n’était pas désagréable, en cette période de l’année. Pas trop de soleil, pas trop de brume. Pas trop chaud, ni trop froid. Comme la quasi-totalité du reste de la ville. Aujourd’hui, Hans était sorti. Avec une raison valable, certes. Mais il avait mis un pied dehors, volontairement. Il avait fini par répondre au téléphone, fini par accepter d’échanger quelques mots avec sa sœur. Celle-ci lui avait finalement appris que Nils était revenu en ville. Nils. Ce simple prénom, ces quatre petites lettres… Cette unique appellation avait suffi à lui arracher quelques battements de cils perdus, alors qu’il avait répété la phrase avec hébétement. Comme sorti d’un songe, comme tiré avec violence d’un sommeil profond. Arraché à de lointains souvenirs, pour la plupart agréables. Il n’avait pas mis longtemps à raccrocher. Il en avait mis davantage à digérer l’information, avant de sauter dans ses chaussures défoncées par les marches répétées et les années. Il avait enfilé sa veste sans réfléchir, et avait attrapé ses clés, claquant la porte derrière lui. Instinctivement. Vieux souvenirs réveillés, sourires ranimés.

Ses traits s’étaient détendus alors qu’il avait pris le chemin de la vieille ville, sans se poser la moindre question. Guidé par ses pas, comme un réflexe qui n’avait pas disparu avec les années. Ce n’était pas la première fois qu’il faisait ce chemin. Il n’avait aucune certitude que ce ne serait pas la dernière, et ne pouvait que l’espérer. Il avait emprunté cette route à moto, bien davantage qu’à pied. Mais remonter sur l’un de ces deux-roues ne lui était désormais plus envisageable, et il n’était pas même sûr de vouloir en entendre à nouveau parler. Pas maintenant. Pas alors qu’il sortait d’un suicide finalement abouti, et qu’il était revenu à la vie. Prendre son temps, s’adapter à nouveau. Vivre n’est pas une tache aisée, et s’il avait eu plusieurs fois l’ambition d’en terminer et d’abréger ses innombrables souffrances intérieures, depuis qu’il était revenu, il n’en éprouvait actuellement plus la moindre envie. Nils était en ville. Bordel. Depuis combien de temps ? Allait-il rester ? Comment allait-il ? Que faisait-il, désormais ? Penser à tout, et à rien à la fois. Savoir qu’indéniablement, les choses auraient changé. Qu’il ne pourrait rien y faire. Peut-être l’homme ne se rappelait-il même plus de lui. Le temps s’écoule, l’eau passe sous les ponts, et peut emporter jusqu’à la mémoire des visages. Qui sait. Mais, étrangement, il n’avait pas peur. Son cœur se serrait simplement, tandis que son esprit remontait inlassablement le temps. Courses de moto, moteurs qui tournent. Nils lui avait appris. Pas tout, mais beaucoup. De ces bases qui lui avaient permis de ne pas s’écraser au moindre virage. Il avait perfectionné sa maîtrise du véhicule. Mais il lui devait tellement. S’il s’était découvert une passion pour la moto, c’était grâce à Nils. Il en avait avalé, des kilomètres. Avec le temps, la connerie, la vitesse. Avec l’adrénaline, et l’envie d’en voir encore plus, toujours plus. S’il avait rencontré Dan, c’était grâce à Nils. Il les avait senties, ces pulsations cardiaques. Lui donner pour la première fois l’impression d’être la moitié d’un tout, lui donner des ailes. Le faire se sentir bien, au point que le monde autour n’avait plus réellement d’importance. Plus assez, certainement. S’il avait su se déporter à temps pour se prendre ce camion de plein fouet, c’était grâce à Nils. Fin de vie, les dés sont jetés. Les compteurs ne sont pas retombés à zéro, et ne le peuvent pas. Pas encore.

Le pas lent et mesuré cessa, alors que Hans s’arrêtait devant la grande maison des Crowley. Son regard la détailla quelques instants. Il aurait été incapable de dire ce qui avait changé, à proprement parler. Il s’en souvenait, assez bien, même très bien. Au point de pouvoir la regagner sans hésiter, sans se perdre. Il hésita quelques instants, avant d’avancer vers le porche. Sans même remarquer la petite rampe d’accès. Muré dans ses pensées. Il aurait dû y faire attention. C’était idiot. En réalité, son esprit essayait simplement de faire l’inventaire du plus grand nombre possible d’hypothèses sur ce qu’avait bien pu devenir Nils. Était-il marié ? Avait-il des enfants ? Était-il encore seul ? Pourquoi était-il rentré ? Le poing de Hans s’écrasa à plusieurs reprises sur la porte, avant qu’il ne recule de quelques pas. La question trottait dans sa tête, perfide et obsédante. Pourquoi es-tu revenu, toi qui rêvait de continuer ta vie ailleurs, au point de me laisser tomber ? Il remarqua la sonnette, qu’il n’avait pas pris la peine d’utiliser. Il déglutit, lentement. Tant pis. Son interrogation allait et venait, à l’en rendre cinglé. Pourquoi t’es là, merde ? Son regard brun tomba sur la pointe usée de ses converses noires. Sa respiration s’était accélérée. Il était perdu, une fois encore. Il ne savait plus quoi penser. Ne savait plus à quoi s’attendre. Il ne savait plus s’il avait envie d’être là, où s’il regrettait d’être venu. Pourquoi ?

La porte s’ouvrit. Battement de cœur. Il releva les yeux vers la silhouette qui se tenait face à lui. Battement raté. Figé. Impassible. Les traits détendus, la mine dévastée. Puits sans fond, gouffre de douleur. Il s’était attendu à tout. Tout. Sauf à ça.

Mon dieu, Nils. Mais qu’est-ce que le monde a fait de toi ?

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MessageSujet: Re: into our eyes, it's where our demons hide. ✤ (hanils)   into our eyes, it's where our demons hide. ✤ (hanils) EmptyJeu 11 Juil 2013 - 1:56


into our eyes, it's where our demons hide


L'assiette est cassée. L'illustration du bateau de pêcheur fendue en deux, en trois et même plus. Je me mords la lèvre inférieure, agacé, avec une retenue qui ne sied qu'à moi. Ce n'est ni la première chose qui se brise sur le sol de ma cuisine, ni la dernière. Je me penche difficilement  pour ramasser un bout de porcelaine, qui s'effrite au contact de mes doigts.  Je n'ai jamais aimé ce service de table, héritage de ma mère. Dans cette maison, tout est ancien. Rien n'est à moi, officiellement. Quelques bouquins, films et vêtements. Le reste ? C'est comme la bâtisse, des choses qui ne sont à moi, qu'en apparence. J'ai l'impression d'être un étranger dans ma maison. Pourquoi ne pas quitter cet endroit ? Trouver quelque chose de plus adapté à mon état ? Un état déplorable, certains diront. Je me sens tout simplement en sécurité derrières ces murs. Illogique, non ? J'ai cette sensation idiote, l'impression que rien ne peut m'arriver ici. Ces murs qui m'ont vu grandir. Ces meubles qui ont subis mes colères d'enfants et même cette assiette en morceaux, devant moi. C'était ma préféré, avant. Je n'y pensais plus. On ne pense plus aux choses comme celle-là. Je recule à l'aide de mon fauteuil pour ouvrir la poubelle derrière moi et y jeter le bout cassé. J'y jette un souvenir d'enfance. Un passé lointain. Révolu. Enterré.  J'entends quelques pas sur le parquet, dans la pièce voisine, des griffes à coupées qui se heurtent aux vieux bois nécessitant grandement une rénovation que je n'ai pas le courage de réaliser. Collé au placard, la porte de la cuisine en face, je vois un léger museau rosé qui pointe au delà de l'encadrure en chêne. Avec un léger sourire, j'émets un sifflement sourd. Sam vient voir ce qu'il se passe, la langue pendue dans le vide, la respiration rythmée. Je l'empêche d'avancer, donnant quelques coups sur les roues de mon fauteuil pour avancer rapidement et me mettre en travers de la porte. Je n'ai pas envie qu'il se coince un bout de verre dans une patte. Il pose immédiatement son menton sur ma cuisse, passant sa tête sous l'accoudoir de mon fauteuil. C'est sa façon de s'assurer que je vais bien. Ce n'est qu'une assiette cassée. Je pose ma main sur son front, glissant mes doigts sur son museau en étirant les lèvres. Il fait partit des rares témoins de mes sourires occasionnels, j'imagine. Je regarde à ma droite, les morceaux de porcelaine encore éparpillés sur le sol. Je me sens tellement lourd. Quelque chose de banal qui se transforme en parcours du combattant. Je ne sais même pas où est la balayette, je l'avoue. Ces choses-là, ces détails, c'est ça qui m'atteint le plus. Tout est difficile. Rien n'est simple. Sam gémit légèrement, attirant mon regard et mon sourire réconfortant. « C'est qu'une assiette, tu sais. » Le chien. J'ai cette manie de ne pas utiliser son nom. C'est comme ça que je l'appelais quand j'allais à l'hôpital voir sa maitresse sans savoir qu'il lui appartenait. Les coïncidences bizarres de la vie.

Je sors de la cuisine, laissant la porcelaine brisée au sol. Je n'ai pas envie de nettoyer. Je n'ai pas envie de tomber stupidement pour une stupide assiette. Ce n'est pas important, après tout. Peut-être que j'aurai la force de le faire plus tard ? Je ferme la porte pour empêcher le chien d'y entrer et je me rends dans le salon sans enthousiasme. Sans enthousiasme. C'est mon mantra, n'est-ce pas ? Je pousse les roues de ma chaise sans envie. Je n'ai aucun but. Quand Vil est absente, c'est comme si je n'existais plus. Suis-je vraiment vivant ? Quelle est mon utilité dans cette vie morne ? Je devrai arrêter d'y réfléchir. C'est comme ça que les mauvaises pensées arrivent. Que je commence à vouloir mettre un terme à cette existence stérile. Je me soulève difficilement, à l'aide de mes bras appuyés sur les accoudoirs de ma chaise et je me hisse jusqu'à mon canapé, m'affalant sur ce dernier. Mon regard se heurte aux prothèses qui reposent contre le mur, en face de moi. Juste à côté de la télévision. Meuble de décorations comme les autres. Je devrai les mettre, n'est-ce pas ? Je serai plus entier, avec mais malheureusement, je ne me sens pas humain. Des jambes en aciers. Des choses froides, des tiges incassables, des membres factices. Ça ne fait que cacher ce que je suis maintenant. Ce n'est qu'une mascarade. Le plafond que je regarde est peuplé de fissures. Et je clos mes paupières, doucement, sentant la truffe de Sam contre mon bras, à la limite de pendre dans le vide.

Le sable chaud. L'air iodée dans les narines. Le chien qui creuse pour enterrer des coquillages. Elle est là, à mes côtés. Elle me sourit, me prend la main pour m'attirer vers les vagues. Je souris. Je ris. Le vent fait danser ses cheveux et s'écrase avec douceur sur mon visage. Apaisé. Mes pieds s'enfoncent dans le sable mouillé par la mer qui ne cesse d'aller toujours plus loin sur le rivage. Je regarde l'horizon parsemé d'orange, reflet d'un soleil qui disparait. Sam se rue dans l'eau, tout comme Vil. Je baisse la tête, mes yeux rivés sur mes jambes. Je me plains toujours de mes douleurs aux mollets suite à mes nombreuses cascades. Peut-être que je devrai raccrocher avant que quelque chose n'arrive. Quelque chose de grave. Je bouge mes orteils, les recouvrant de sable humide. Étrange sensation. Je m'avance à l'eau et une vague plus forte que les autres m'engloutis. Je n'arrive plus à respirer. Je ne vois plus Vil ou Sam. Je me noie.

Je meurs.

Mes paupières s'ouvrent lentement, alors que ma cage thoracique se soulève à un rythme effréné. Mes ongles sont plantés dans le canapé alors que la sueur perle sur mon échine et sur mon front. Où suis-je ? Je me redresse avec difficulté pour apercevoir Sam, niché à la place des jambes que je n'ai plus. Il pose sa tête sur ma cuisse, en gémissant. Un bruit sourd se dégage de la porte et attire mon attention alors que je pose mes doigts sur le museau de ce chien qui ne comprend que trop bien mes souffrances. Ce n'était pas un cauchemar. Le vrai mauvais rêve, c'est moi, actuellement qui colle le fauteuil vide au canapé pour m'y glisser et dégourdir mes cuisses recouvertes d'un pantalon qu'à moitié utile. Combien de temps j'ai dormi ? Aucune idée. J'aimerai resté dans ce rêve. Un rêve impossible. « J'arrive, j'arrive. » Un murmure inaudible. En réalité, je ne sais pas depuis combien de temps l'individu à la porte frappe. Mais l'idée d'une future conversation avec quelqu'un ne me convient guère. Je ne me dis pas traumatisé par ce nouveau rêve. Je suis rentré dans une routine, pour ce genre d’événements. Je fais rouler mon fauteuil, tirant sur mon t-shirt noir au passage, le décollant de ma peau relativement humide. Je passe mon avant-bras sur mon front alors que j'arrive vers la porte, espérant ne pas tomber sur un bavard et pouvoir refermer la porte rapidement. Asocial ? C'est ce que Vil me dit, souvent. Je me vois plus comme quelqu'un voulant préserver sa tranquillité. Sam est resté sur le canapé, m'observant en silence.

La poignée en main, j'ouvre la porte d'entrée, grattant l'arrière de mon crâne par nervosité préventive face à cette situation. Lorsque mes prunelles émeraudes se posent sur le visiteur, mes lèvres s’entrouvrent et mes pensées plongent dans un passé lointain. Les moteurs qui rugissent. Les motos qui s'élancent à vive allure. Nous deux, naïfs et débordants d'énergie. Les premiers sauts sur des tremplins. Les premières gamelles. Les histoires d'adolescents. Le lycée. Les disputes. Les moments inoubliables. Même pour quelqu'un comme moi, qui ne cherche pas ses souvenirs. Il n'a pas réellement changé. Pour moi, il est toujours cet imbécile qui a laissé son cœur pendant un été et ne l'a pas récupéré. Je me revois entrain d'essayer de lui tirer les vers du nez. Pourquoi, Hans ? Pourquoi tu es comme ça ? Avec du recul, j'ai compris ses sentiments. Abandon. Questions. Douleur. C'est un comble, alors que je ne veux pas parler de mon passé, le simple fait de revoir sa tignasse de casse-cou fait naître en moi une nostalgie inconfortable. Je ne veux pas. Je le scrute brièvement, en une demie-seconde. Frêle, pâle. Un teint de peau étrangement familier. Mes yeux tombent sur mes cuisses, la nuque cassée. « Qu'est-ce que tu fais là ? » Joie de vivre et accueil chaleureux, n'est-ce pas ? En réalité, je m'énerve moi même. Mais je ne peux pas m'adresser à lui autrement. Parce que son regard est équivoque. Il ne savait pas. Il me regarde avec tellement de peine que mon cœur se serre, me renvoyant à ma propre déchéance. Échos d'un corps brisé, d'une  vision d'horreur. Oui, je ne suis plus un adolescent. Oui, je ne suis plus entier. Je ne peux plus faire de moto. Je ne suis plus rien, Hans. Mais j'admets que pour la personne que je considérais comme mon plus important ami, il y a meilleure façon de dire bonjour. « Je veux dire... » Je baisse la tête, raclant ma gorge, posant une main sur la roue gauche de mon fauteuil. « Ça faisait longtemps qu'on ne s'était pas vu... Tu vas bien, Hans ? » Simple question. Mon ton n'est pas en accord avec la question, monotone, las. Je ne fais aucun commentaire sur mon état. Sur le fait qu'il ne s'y attendait probablement pas. Je n'aime pas en parler. Il lui suffit de m'observer, ça en dit beaucoup plus qu'un long discours inutile. Comme si on pouvait faire abstraction de ça, de toute manière. Je fais des efforts. Bon dieu que j'en fais. J'ai toujours cette petite voix en moi qui me demande de prendre soin de lui. J'essaye de lutter contre cette envie de refermer la porte. Ne pas penser à mon moi d'avant.

Un Nils avec des jambes. Un Nils passionné sur une moto, avec son meilleur ami, riant aux éclats.

Des souvenirs lumineux. Douloureux.




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MessageSujet: Re: into our eyes, it's where our demons hide. ✤ (hanils)   into our eyes, it's where our demons hide. ✤ (hanils) EmptyDim 14 Juil 2013 - 18:03


remember when we were such fools.
And so convinced and just too cool.

Il se désolait. Davantage encore que la vision qui s’offrait à lui, il était désespéré de son comportement. N’avait-il pas suffisamment souffert pour savoir que la chose l’aspect le plus désagréable des handicaps résidait dans le regard rempli de pitié et de compassion des autres ? Il le savait. Il l’avait vécu, bien qu’à première vue, l’ensemble de ses problèmes lui paraissait pour la toute première fois anodin. Il avait vécu des horreurs, et savait qu’il aurait dû agir autrement. Mais il n’y pouvait rien. Figé, grande carcasse et immobile, et maintenue par des fils selon toute probabilité invisibles. Il ne pouvait en être autrement. Son regard était perdu, engouffré dans un nuage trouble, le détachant de ce qui se passait autour de lui. On l’aurait cru en train de fixer un point invisible, aux alentours de Nils. Incapable de regarder l’homme en lui-même. Incapable de prendre réellement conscience que la vie les avait bouffés, que la vie avait dévoré Nils tout autant que lui-même, d’une manière bien différente cependant. Ses jambes tremblaient presque sous son poids, ou tout du moins lui semblait-il. Il les sentait ankylosées, cotonneuses. N’arrivait pas à savoir si c’était la réalité, ou un simple rêve. Un cauchemar. Il aurait cru s’effondrer, tomber, toujours plus bas. Léger vertige, écran noir passager devant son regard toujours flou. Il les vit danser, ces points lumineux, petits papillons au milieu de l’obscurité, tandis que tous les sons lui arrivaient comme étouffés, engourdis, eux aussi. Il battit quelques instants des cils, sentant la lourdeur s’emparer de l’ensemble de ses muscles. Le désir de tomber, de s’effondrer, de se laisser aller au sol sans plus de cérémonie. La simple envie de fermer les yeux, et de les rouvrir sur une autre réalité, une autre vérité. Sur un homme souriant, un homme vivant, entier. Loin de ce cadavre qui se tenait face à lui, sûrement bien plus éteint que n’avait pu l’être Hans depuis son décès. Il aurait voulu changer, tout changer. Remonter le temps, trouver l’époque où la machine s’était grippée, changer le rouage, et empêcher les désastres. Empêcher tout cela. Lui rendre ses jambes. Lui rendre ses putains de jambes.

Qu’il avait l’air idiot, debout sur le perron, à fixer ainsi celui qu’il avait tant appelé son meilleur ami. Il le regardait, sans ciller, sans être capable de quoique ce soit, à rêver que tout ceci ne soit pas réel. Sachant pertinemment qu’il ne pourrait rien faire pour changer les choses. Pourquoi ne lui avait-on rien dit ? L’information avait dû s’égarer, des parents de Nils aux siens, de ses parents à Romane, ou de Romane à lui-même. Était-elle au courant ? Il préférait ne pas le savoir. Préférait ne penser à rien. Rien d’autre que Nils. Nils. Il aurait aimé déglutir, avaler cette boule de chagrin et de détresse qui le prenait à la gorge. Impossible. Il aurait voulu sourire, aurait voulu se perdre dans quelques boutades anodines, faire comme si de rien était, et lui conter simplement à quel point il avait pu lui manquer. Impossible. Il s’en retrouvait tétanisé, comme un pur idiot, à le regarder comme si tout le malheur du monde prenait enfin forme sous ses yeux. À se lamenter intérieurement sur ce que le monde avait pu faire de son ami, à mourir un potentiel Dieu, s’il avait un jour existé, d’avoir fait subir cette horreur au Crowley. Il fallait bouger, il fallait qu’il sorte de cette léthargie pathétique. Nils avait besoin de lui, non ? Mensonge. Si Nils avait eu besoin de lui, ne serait-il pas venu le trouver ? Il ne l’avait pas fait. Il se débrouillait probablement bien mieux sans Hans. Sans ce boulet sentimental, qu’il avait finalement fini par laisser derrière lui pour partir à Londres. Abandon. La culpabilité le prenait à la gorge, tandis que ses yeux hurlaient les questions que n’osaient formuler ses lèvres. Quand ? Comment ? Pourquoi, putain ? C’était à Londres ? T’es revenu après ? Pourquoi tu m’as rien dit ? Pourquoi t’as jamais donné de nouvelles, toi non plus ? Il resta tétanisé, incapable de prononcer le moindre mot, focalisé sur Nils, ne regardant pourtant pas ses moignons, pas l’ombre d’une seconde. Et merde. J’suis désolé, Nils. Je suis trop con. J’suis désolé. Désolé pour tout ...

Les mots franchirent les lèvres de l’homme face à lui, sans qu’il ne s’y attende plus. Électrochoc. Il battit quelques instants des paupières, alors que sa vision se dégageait, dans le même temps que son ouïe redevenait claire et distincte. La boule dans sa gorge ne descendit pas, ne se dissipa pas. N’en devenant que plus compacte, lui faisant monter quelques larmes aux yeux. Il s’empressa de les ravaler, incapable cependant de répondre à son ami. Il eut envie de prendre ses jambes à son cou, purement et simplement honteux. Ce qu’il faisait ici ? Il n’en savait rien. Il était parti sur un coup de tête, purement et simplement, avait tout plaqué pour venir le voir. Pour le retrouver. Poser les yeux sur celui qu’il considérait toujours comme son meilleur ami, voir quelques souvenirs briller dans ses yeux, laisser un sourire se déposer sur ses lèvres en croisant son regard. À sa hauteur. Pourquoi avait-il fallu qu’il y ait ce putain de fauteuil ? Qu’il n’y ait plus ces putains de jambes ? Le malaise était dur à dissiper, la pilule difficile à avaler. Et il n’y arrivait pas. Il en était incapable. Ses yeux se brouillèrent légèrement, alors qu’il voyait Nils baisser les yeux, et se rattraper, presque piteusement, d’un ton monocorde et détaché. Comme s’il avait envie de le voir se casser. Comme s’il se sentait brisé, blessé. Qu’il avait toutes les raisons au monde de l’être. Le cœur de Hans battait douloureusement au fond de sa poitrine. Il ne détourna pas le regard, lèvre inférieure légèrement oscillante, les larmes au bord de perler au coin de ses yeux. Il se força à déglutir. Les rugissements explosaient au fond de son crâne, les rires éclataient comme des bulles de savon contre ses tympans. Inexistants, fantômes de leur passé. Les souvenirs. Sourds. Épais. Si lointain.

Ca t’plait, de faire le con, hein ? T’es là, assis sur ta bécane, et tu regardes le monstre de goudron, cette route que vous avez prévu d’avaler à toute vitesse. Tu sais comment faire. Après tout, c’lui qui t’a tout appris, non ? À côté de toi, à faire tourner son moteur, à le faire rugir, au bord de se laisser emporter par le poids et la vitesse. Sur votre ligne de départ inventée, entre deux repères grossiers. Vous n’en avez rien à foutre, n’est-ce pas ? Que vos bécanes soient éternellement rafistolées, que vos casques aient pris tant de coups qu’ils en soient fragilisés. Vous n’en avez rien à secouer, que la chaleur vous fasse ôter vos blousons de cuir, que l’été vous laisse là, en débardeur amples ou t-shirts larges, prêts à rouler comme des dingues. Vous blaguez. Vous déconnez. Comme d’habitude. Tu jettes ta clope au sol, tu attrapes le casque posé devant toi. Tu n’écrases même pas le mégot ; c’pas comme si t’avais le risque de foutre le feu à quoique ce soit. Tu envoies une dernière pique à ton camarade, qui se fout éternellement de ta gueule face à ta lenteur. Ben quoi, même plus l’droit d’en griller une avant votre départ factice ? Demain, t’as une course. Demain, ce sera ce putain de jour qui changera toute ta vie. Mais t’arrives pas à t’en soucier. Tu ne le sais même pas. Tu t’en fous. Vivre au jour le jour. C’est comme ça que tu fais. Que vous faites. Nils, et toi. Comme les doigts de la main, comme cul et chemise. On pourrait vous sortir toutes les expressions du monde. Mais une chose est sûre. Tu cognerais pour ce sourire. Tu cognerais pour le défendre. Tu prendrais des chutes affreuses pour lui en éviter certaines. Qui sait jusqu’où tu s’rais capable d’aller, Hans. Qui sait. Tu enfiles ton casque. Fait rugir à ton tour ton moteur. Et brusquement, vous partez. Tout le reste, vous vous en foutez. Le béton noir et brûlant glisse sous vos pneus, impuissant. Vous l’avalez, véritables fous furieux, de ces petits jeunes qu’on décrit comme un peu con, lorsqu’on est vieux. L’effet de groupe, que certains diront. Mais qu’est-ce que vous pouvez vous en foutre. Vous foncez. Plus rien d’autre n’a d’importance. Tu veux que j’te dise, Hans ? Tu pourrais glisser, là. Perdre le contrôle de ton véhicule. Faucher involontairement Nils. À la vitesse où vous allez, vos casques auraient explosé en touchant le sol. Le tien, tout du moins ; trop abîmé, trop fragilisé. Il aurait volé en éclat. Ton cou avec. Tu serais mort sur le coup, sans trop de souffrance. Avec un peu de chance. Avec un tantinet de malchance, le casque ne se serait pas brisé. Tu aurais eu un accident, atroce. Les chairs arrachées, le sang qui coule. Et le connard qui aurait tenté de retirer ton casque aurait senti ta tête venir avec. Tu sais quoi ? Ce s’rait p’t’être une bonne chose. T’aurais pas vécu demain. Nils non plus. T’aurais pas vécu cette vie. Nils non plus. Vous seriez morts, comme deux cons. Rien à regretter, ne rien devoir à personne. Au final, c’est p’t’être comme ça, que ç’aurait dû se passer. Ça vous aurait évité bien des souffrances. Vos derniers souvenirs auraient été cette vitesse. Cette adrénaline, si agréable à se déverser par vagues dans vos veines. Et ces sourires. Qui vous ont quittés. Et qui n’auraient jamais dû.

Il battit des cils, très lentement. L’envie de se retourner, et de s’en aller. Il n’en avait pas le droit. Nils lui avait posé une question. Et bien que sa première approche ait été en apparence furieuse et sèche, il avait essayé de se rattraper. Il avait droit à une deuxième chance, non ? Rien qu’une deuxième. Comme il était donné à tous. Et comme on n’en profitait pas assez. « Bien. » C’est qu’un putain de mensonge. Ce mensonge que même à l’époque, il n’osait pas lui servir. Il restait figé, à essayer de sourire. Impossible. À essayer de ne pas tomber. Difficile. Il déglutit lentement, passant une main sur son visage fatigué, sur sa mine dévastée. Il n’arrivait pas à lui retourner la question. Comment aurait-il pu, alors qu’il en connaissait déjà la réponse ? Une réponse qui l’aurait blessé, autant qu’elle aurait probablement heurté Nils. Il n’avait pas envie de lui faire du mal. N’avait pas envie de le vexer. Il aurait voulu le retrouver. Le voir sourire. À nouveau. « Pas pire qu’il y a treize ans, pas vraiment mieux non plus. » Réponse teintée, légèrement nuancée. Un sourire factice se peignit sur ses lèvres, en remontant les commissures avec douleur. Il était rouillé. N’arrivait même plus à produire un sourire digne de ce nom. Il laissa planer une petite pause. Le temps d’un souffle. Pas le courage de lui retourner la question. Incapable de tourner volontairement le couteau dans la plaie, même par politesse. Nils le connaissait, non ? Avec un peu de chance, il ne lui en voudrait pas. Avec un peu de chance, il lui en serait presque reconnaissant.  « T’es rentré depuis combien de temps ? » Légèrement perdu. Le faux sourire s’était envolé. Il n’arrivait même plus à faire semblant. L’inquiétude, la douleur. Que savait Nils de ce qui lui était arrivé ? Était-il aussi informé que n’avait pu l’être Hans sur sa condition ? Boule dans le ventre, nœud dans la gorge. Le Waltz cherchait le regard de son ami, perdu, suppliant. Les yeux gorgés d’affection, bien plus que de compassion.

Il aurait voulu le voir sourire. Rien qu’un léger sourire. Comme au bon vieux temps. Rien qu’une esquisse, un petit rayon de lumière sur ce visage qui avait vieilli, mais qu’il chérissait toujours autant, le cœur serré, le cœur battant. Juste une trace de leur passé. Une petite lueur d’espoir. Il aurait tout donné, pour continuer d’y croire, pour être certain qu’ils étaient toujours en vie, pour continuer de s’accrocher, et d’espérer.

Pour un sourire. Rien qu’un sourire.

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MessageSujet: Re: into our eyes, it's where our demons hide. ✤ (hanils)   into our eyes, it's where our demons hide. ✤ (hanils) EmptyLun 28 Oct 2013 - 10:24

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