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 Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte

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Thimothy Saint-Baptiste

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MessageSujet: Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte   Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte EmptyMar 9 Juil 2013 - 22:05


J'ai mis du temps à la retrouver.

La forêt.
Le premier lieu où mes yeux se sont ouverts. Je me tiens debout, droit, mes prunelles d'acier longeant les arbres pour se perdre finalement dans les obscurités qu'ils renferment. J'y imagine sans trop de difficultés d'autres âmes errantes, des gens, comme moi, qui se réveilleraient, pratiquement dénudés, le corps rongé par un froid glacial. Par l'étreinte de la Mort. Une maîtresse si possessive, d'ailleurs, qu'elle peine à quitter ma chair. Elle y grave encore ses baisers sans chaleur, elle ne cesse de caresser ma peau de son souffle absent de toute tendresse... J'étais déjà frileux avant ma mort, à présent, c'est encore pire. Dieu merci, la bonté de Domitia m'a permis de m'offrir quelques tenues. M'afficher avec des vêtements dérobés ne me convenait guère, plus encore quand je flotte dans lesdits vêtements... Je suis pourtant d'une grande taille, supérieure à celle de la moyenne masculine. Malheureusement, j'ai la carrure digne d'un épouvantail : d'une maigreur affligeante, mes pommettes en deviennent saillantes, ma peau paraît comme étirée sur mes articulations visibles... J'ai des difficultés à me regarder dans la vitre sans baisser les yeux.
Une bourrasque de vent glacée tente de se glisser sous mon long manteau noir. Il dessine ma silhouette, mon port droit, assez noble. J'ai toujours tenu à présenter une image respectable, une image que je savais habilement manier pour me faire oublier ou pour me découvrir. Me vanterais-je ? Non. Mon apparence physique est un simple moyen de racheter mes fautes, de dissimuler ces petits défauts dérangeants que je souhaite oublier. Je pourrais parler de mon homosexualité, ou encore, de ce fameux sexisme qui me caractérise. Ou encore, de ma violence. Celle qui éclate, soudaine, spontanée. Cette haine pure, froide, injustifiée, qui m'a déjà poussé à commettre des choses dont je ne souhaite me souvenir. Comme pour me donner raison, le vent vient se perdre dans mes cheveux légèrement bouclés. Si l'air était humide, j'aurais fini aussi frisé qu'un mouton... Je vous avoue que je perds toute crédibilité quand cela arrive. On va dire que la crinière d'un agneau ne convient pas à ma sale gueule.

Je ne peux pas vraiment me voiler la face – hm, quoi que, ça m'éviterait d'effrayer les passants, et moi par la même occasion... Après une insomnie, je préfère rester chez moi pour épargner la vue de mon visage tiré par le sommeil et alourdi par les cernes -, je suis loin d'être un canon de beauté. Pas de muscles, pas de charmants sourires... Mes lèvres sont à peine visibles, mes sourires me donnent l'air crispé, mes clins d’œil donnent plutôt l'impression qu'un moucheron s'est pris dans mes cils. Bref. Pourtant, j'ai réussi à avoir de nombreuses conquêtes féminines... et plus rarement des masculines. Peut-être ai-je du charme. Au moins, cela ne disparaît pas avec l'âge... Déjà que je fais bien plus vieux ! Le simple fait qu'on me le dise me vexe au possible. Je remets correctement mon foulard bleu. Oui, un foulard. Je suis vêtu comme si nous étions à la fin de l'automne alors que nous parvenons tout juste à l'été. Mais, ici, l'ambiance est différente. Je n'y sens pas la vie, pas comme je m'y attendais. Aucun son ne me parvient, pas même les chants des oiseaux. Avec la venue du soir, l'humidité commence à se condenser en une légère écharpe de brume. Je m'attends presque à y discerner une silhouette titubante. Comme moi, il y a de cela quelque temps. Heureusement, grâce à l'aide financière de Domitia, j'ai pu me trouver un logement, de quoi me vêtir. J'ai recommencé à composer, et je parviens à boucler mon loyer, bien que je doive parfois me passer d'un repas ou deux. En parlant de composer... J'hésite, puis j'entrouvre mes lèvres asséchées pour fredonner.

J'aime chanter. Mes cordes vocales sont les instruments que je préfère manier. Ma voix grave couve la levée du brouillard, suivant une mélodie au rythme lent, aux accords doux. Une mélodie qui m'apaise l'âme. J'étais venu ici comme on retourne parfois à un de ses lieux d'enfance. Pour y retrouver des souvenirs, une sensation, voir ma progression. Je crains qu'elle ne soit pas forcément des plus glorieuses, si l'on ne se concentre que sur moi : je retrouve progressivement une vie active... et les galères financières. Comme lorsque j'étudiais. Mais malgré tout cela, il y a quelque chose de positif, quelque chose pour laquelle je suis ravi de vivre, quelque chose pour laquelle je continuerai encore de m'accrocher : une personne. Une personne que j'aime. Surprenant, pour un cœur de glace comme le mien. Surtout quand l'on connaît mes passés et ses déboires... Perdu dans mes pensées, je n'entends pas le pas qui s'approche de moi. Pourquoi un loup ferait-il attention à l'agneau quand la faim ne le taraude pas ? Oui, pour Elle, je suis un loup, un prédateur. Jouer au charme pour mieux la mordre, mimer la protection pour mieux l'abandonner. Ai-je pitié, parfois ? Je crois. Mais ce sentiment s'accompagne aussi d'une curieuse jouissance à l'effrayer. À provoquer sa souffrance... Pour la ressentir en finalité.
On raconte que certains prédateurs tuent par simple cruauté. Je ne tue pas. Je torture. Je brise. J'empoisonne. J'ai peut-être la crinière d'un mouton, mais c'est bel et bien un fauve qui gronde en moi. Mon air calme laisse croire à une certaine quiétude, mais ce n'est qu'un masque pour dissimuler ma violence ; le doux retrait de la mer annonce bien souvent un tsunami dévastateur. Et Elle sait éveiller en moi ces vieux instincts. Ces vieilles rancœurs qui moisissent mon cœur, qui le décomposent petit à petit, au point que ma pitié se mue en un pus malodorant aussi appelé haine...
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Ninel L.-J. Monroe

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MessageSujet: Re: Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte   Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte EmptyJeu 11 Juil 2013 - 15:27



Les mains dans les poches de ma veste, je marche sans aucune destination précise. Je marche parce que cela m’occupe un peu. Je marche parce que cela me donne l’illusion que je suis en train de faire quelque chose, alors que je sais parfaitement que ces pensées vont me surprendre à tout moment et me rendre encore plus fragile que je ne le suis déjà. Cela doit faire une bonne heure que j’ai terminé mon service et que je suis partie sans attendre, parce que je ne supportais pas le regard insistant d’un client ; il me mettait mal à l’aise. Comme si je n’étais rien d’autre qu’une proie, qu’une cible mouvante, mais qu’il pouvait me mettre à terre en un rien de temps. Ma confiance envers les hommes n’existe plus depuis William, et pourtant, il arrive que je fasse quelques exceptions que je ne contrôle pas et je ne mesure même pas les risques que je prends. Suis-je peut-être trop stupide ? Dans le fond, peut-être que je recherche encore cette souffrance que je connaissais si bien lorsqu’il était encore en vie.
Dans le fond, je ne sais pas s’il m’aimait vraiment ou si il était avec moi parce qu’il avait besoin de quelqu’un pour satisfaire sa violence. J’avais toujours des doutes, et même maintenant, alors qu’il pourri sous terre, j’en ai encore. Cette histoire semble être éternelle, comme si je n’étais pas en mesure de connaître le repos. Mon âme est torturée et mes pensées enfoncent un peu plus cette lame dans mon cœur – je m’étonne d’ailleurs qu’il soit toujours en un seul morceau. Pourquoi ne peut-on pas avoir réellement le cœur brisé ? Le cœur en miettes ? Peut-être que si cela avait lieu, on crèverait trop rapidement. Et les autres n’auraient pas l’occasion d’en remettre une couche ou, au contraire, panser ces quelques plaies. Comme si des mots pouvaient suffire à ce qu’une douleur soit moins forte. Franchement, il faudrait que l’on cesse de nous raconter des conneries.

Et il faudrait que je songe à prendre la peine de voir où je vais. Maintenant, je me retrouve à la lisère de la forêt, et je ne sais pas franchement ce que je peux foutre ici. Certes, j’adore la nature, j’adore le calme que cela m’apporte, mais il commence déjà se faire tard et cela ne me rassure en rien. Depuis quelques temps, je suis une grosse trouillarde et je ne m’explique pas pourquoi.
Je hausse les épaules et sans prendre le temps de la réflexion, je m’engouffre sur ces sentiers, au milieu des arbres. Je regarde où je mets les pieds ; il serait dommage que je me prenne les pieds dans une branche qui traîne ou que je tombe dans un trou – quoique, avec ma chance, on ne sait jamais, vraiment. Après tout, on ne peut pas dire que ma vie se résume à un parfait conte de fées, comme ces enfoirés d’auteurs écrivent pour les gamines qui vont encore croire que les princes charmants existent et qu’ils sont extraordinaires. Le prochain gars qui s’autoproclame comme étant un prince, je lui balance mon genou dans ce que je nomme ‘les bijoux de famille’. Bon, au moins, avec William, on ne peut pas dire que j’ai été abusé sur la marchandise ; je savais qu’il n’était pas un bon gars, qu’il n’allait pas me faire des dîners aux chandelles et m’offrir des fleurs tous les quatre matins... Mais je ne pensais pas non plus que son amour, il le prouverait avec des coups.

Un soupir m’échappe et je me retiens de ne pas me mettre une bonne gifle ; pourquoi faut-il que je pense sans cesse à lui ? Pourquoi faut-il qu’il m’obsède encore alors qu’il est mort, enterré et qu’il ne viendra plus jamais me faire du mal ? Et pourquoi il me manque, d’ailleurs ? Merde. Il me manque ce con et ça me tue de l’admettre parce que cela ne devrait pas être le cas. Je devrais juste le haïr, même après qu’il soit mort. Et je devrais vivre, aussi. Il faut que je me reconstruise. Mais c’est tellement plus facile à dire qu’à faire...
Un cri m’échappe tandis que je sens quelque chose qui me brûle la peau quelques secondes avant que je ne recule mon visage. Je porte une main contre ma joue et réalise brusquement que je me suis simplement pris un bout de branche dans la face – ce qui, évidemment, n’arrive qu’à moi puisque ma capacité de concentration ne dépasse pas les trente secondes, montre en main.

J’ai probablement une griffe rouge qui apparaît, mais peu importe. Je soignerais cela en rentrant à l’appartement... Si je retrouve le chemin pour quitter cette fichue forêt. Je savais que je n’aurai pas du mettre les pieds ici, mais pourquoi est-ce que je ne m’écoute jamais ? Je me le demande vraiment. Je continue ma route, à la recherche d’un coin qui pourrait être un peu plus... ou un peu moins glauque, en fait. Je débouche finalement vers un endroit où il y a moins d’arbre, mais je me stop net lorsque je remarque une silhouette un peu plus loin.
Les battements de mon cœur s’accélèrent dangereusement. Mes mains deviennent moites. Je ne me sens clairement pas à l’aise, mais il faut que j’avance. Et s’il le faut, je partirais en courant... Je sais courir. Je cours vite. Un pas après l’autre. Lentement. Sans paraître trop pressée. Mais plus j’avance, plus cette silhouette me paraît familière. Je plisse les paupières et finalement, après toute cette frayeur inutile, je discerne enfin qui se trouve là... Mais pour autant, je ne sais pas si je dois être rassurée ou si je dois prendre la poudre d’escampette. Je continue d’avancer jusqu’à être à seulement quelques pas de lui. Est-ce que je dois le saluer ? Dois-je le laisser tranquille ? J’en sais fichtrement rien et je déteste être aussi hésitante.

« Salut. » dis-je dans un murmure. Il arrive parfois que ma bouche prenne des décisions bien avant que mon cerveau ne lui donne quelques ordres ; généralement, c’est bien, mais parfois, ça l’est moins. Malgré tout, un sourire presque timide étire mes lèvres tandis que je me retrouve face à cet homme qui me fascine autant qu’il me rend craintive.

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Thimothy Saint-Baptiste

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MessageSujet: Re: Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte   Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte EmptyVen 12 Juil 2013 - 6:41


Un cri m'alerte.
Mes yeux se sont aussitôt levés. J'ai même légèrement retenu mon souffle. J'en ai entendu, des cris, pourtant. Ceux poussés par le plaisir, ceux hurlés par la souffrance. Ceux que l'âme gémit en un ultime appel. Celui-ci est différent. Il ressemble à un léger glapissement, une plainte où surprise et douleur s'unissent en une harmonie agréable pour mon ouïe, inspiratrice pour mon esprit créateur. J'ai toujours été sensible aux sons. Bien trop. Plus encore depuis mon suicide. La moindre mélodie me fait basculer en une douce torpeur, le plus petit des sons me pousse à la réflexion. À quoi puis-je l'accorder, à quoi puis-je le relier pour que ce modeste bruit devienne une musique ? Comment puis-je l'embellir pour que ce détail soit finalement remarqué de tous ? Je ne me contente pas seulement de retranscrire ce que j'entends par ma musique, j'essaye aussi d'y capturer les personnes que je croise, celles qui ont su m'interpeller... Et la fine silhouette qui émerge des brumes fait partie de ces individus.

Une jeune femme, d'une vingtaine d'années. Un corps harmonieux, comparable à un tiple : des épaules fines, une taille joliment dessinée, des hanches délicatement ouvertes. Une jupe longue conviendrait à merveilles à ses jambes délicates, une jupe dont la ceinture mettrait en valeur la sensuelle courbe de son bassin. Sa poitrine est discrète, sans trop l'être. Ses cheveux cascadent, rivière brune aux reflets bien plus clairs, des reflets malheureusement assombris à cet instant par le mauvais temps. J'aime un homme, mais les femmes ont, malgré tout, un certain charme. J'ai envie de sourire face aux curieuses boucles que peuvent former ses cheveux emmêlés. Ses yeux sont comme deux pierres enchâssées dans de la porcelaine ; ils étincellent, sous ses cils, d'une lueur plaisante, ma foi. Une lueur trouble, où l'on peut lire sa prudence, sa méfiance. Mes yeux finissent par rejoindre la griffure rouge qui tranche sa peau. Son cri me revient à l'esprit. Et j'ai l'impression dérangeante que ces visions me plaisent. Comme si elles me soulageaient d'un poids. Comme si elles exprimaient quelque chose. Je la vois s'approcher. À pas quelque peu maladroit, semblant prête à trébucher une nouvelle fois. Elle me rappelle l'un de ces fragiles faons que j'ai pu apercevoir à la lisière de la forêt, à l'aube : une créature douce, inoffensive, qui s'avance dignement et courageusement sur des petites pattes si frêles qu'on en vient à se demander comment elles font pour le porter...

C'est alors qu'elle prend la parole. Ses lèvres d'un doux rose s'entrouvrent et laissent échapper deux petites syllabes. Une voix si légère qu'elle me rappelle la caresse de la brise le long des feuilles. Elle me captive, et pourtant, fait naître en moi comme un certain agacement, une rancœur totalement injustifiée. Je ne jalouse pas sa voix, ni son corps. Et pourtant, je me sens presque heureux de la blessure sur sa joue, presque heureux de l'avoir entendue crier, d'avoir été, un court instant, le témoin de sa douleur, de sa peur. Encore maintenant, je savoure cette méfiance nichée au creux de ses prunelles. Je fixe un court instant le sourire qui éclaire enfin son visage. Un petit silence a le temps de s'installer avant que j'ai un signe de tête.

_ Bonsoir..., je réponds du bout des lèvres ; ma voix grave est en opposition complète avec la sienne...  Si on peut ne pas entendre la sienne, la mienne sait s'imposer. Mes habitudes de compositeur me poussent déjà à imaginer quelles notes sa voix pourrait exprimer au mieux, dans quelle situation ses cordes vocales accepteraient d'offrir l'essence de son être. Un chant doux, tendre, rassurant sûrement. Un chant léger, ce genre de musique que l'on fait écouter aux enfants pour les endormir, aux hommes pour les réconforter. Me concernant, c'est tout le contraire...  J'ai du coffre, comme disait ma mère, et mes disputes avec mon père ont suffi à me le prouver. J'esquisse un semblant de sourire, du coin de mes lèvres pratiquement inexistantes.
_Je ne pensais pas que vous auriez fini si tôt, je constate en m'avançant d'un pas vers elle. Je la dépasse aisément, à dire vrai ma taille me permet de tenir tête à d'autres hommes sans même avoir à me redresser... Nous nous sommes aperçus à de nombreuses reprises, elle et moi. Dans un bar ou un restaurant. Je l'ai vue dans des situations parfois... humiliantes, pour elle. Comme cette fois où un homme a cherché à toucher son fessier, ou encore cette autre fois où un soûlard l'a sifflée. Il m'est arrivé de prendre sa défense, une fois ou deux. D'autres fois, je faisais celui qui ne voyait rien. Difficile à dire quelle relation nous liait, elle et moi. Elle avait dû s'habituer à ma présence, à mon langage aussi, un peu désuet. Je lève la main vers sa joue. Un geste lent, très lent, pour qu'elle ne se recule pas farouchement, pour qu'elle ne s'échappe pas comme un de ces faons. Comme lorsqu'on leur offre nos doigts dans l'espoir qu'ils viennent se laisser caresser. Du bout de mes longs doigts, fins et blafards, je lui tends un mouchoir de coton blanc.

_Vous saignez, mademoiselle. J'espère que l'on ne vous a pas importunée une fois de plus..., ai-je besoin de préciser, désignant sa joue d'un regard avant de la fixer de nouveau. Et alors que je la contemple une nouvelle fois, un désir malsain germe lentement en mon cœur. J'imagine ses douces lèvres éclatées, libérant un sang carmin. Sa peau immaculée se poisser de rouge, d’hématomes mauves ou bleuâtres troubler son harmonie. Ses cheveux décoiffés, ses yeux noyés, sa méfiance transformée en peur, en pleurs. Comme une reine déchue, comme un faon dont les pattes auraient été brisées par un piège. Comme un oiseau à qui on aurait coupé les ailes. Le tout sur une mélodie... D'abord, des accords doux, délicats, puis un mouvement qui briserait tout cela, un mouvement plus violent, plus saccadé, plus brutal dans ses notes et leurs successions. Non... Thimothy, ressaisis-toi. Un peu de tenue.
_ Avez-vous déjà chanté ? Votre voix pourrait être ravissante, avec un peu de maîtrise, j'ajoute en fin de compte. Tâchant d'oublier cette musique presque infernale. Cette musique qu'elle m'évoque... J'en suis venu à ignorer la réponse qu'elle aurait pu me donner concernant la première question. Mais je doute qu'un homme aurait griffé sa joue. Il ne l'aurait probablement pas fait aussi légèrement...
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Ninel L.-J. Monroe

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MessageSujet: Re: Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte   Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte EmptyVen 12 Juil 2013 - 14:20


Je reste devant lui. Parfaitement immobile. Les mains ont quittées mes poches, mais, je laisse mes bras pendre le long de mon corps, comme si je ne savais trop quoi en faire. J’ignore encore s’il faut que je disparaisse rapidement ou s’il faut que je reste. Après tout, nous ne sommes pas franchement des amis, nous ne sommes que des connaissances, mais je ressens cette envie d’être près de lui, même si parfois, je me dis que je fais une grosse connerie. Seulement, je me connais. Je ne m’écoute jamais et je ne suis jamais mon instinct, je fais toujours le contraire. Cela me porte parfois préjudice, mais je commence à être à l’aise avec mes erreurs. J’en fais tout le temps. Inlassablement. Cela me ressemble. Cela fait partie de moi.
Sa voix grave me tire de mes rêveries. Je relève la tête, sans quoi, je ne serai pas capable de croiser son regard. Je me sens toujours si petite face à lui, si faible. Comme si, d’un geste, il pouvait me faire plus de mal que n’importe qui d’autre en ce monde – même encore plus que William. Et pourtant, je réalise avec effroi que même cette idée ne me donne pas envie de prendre la fuite. Que mes jambes ne tremblent pas, qu’elles ne souhaitent pas se mettre à courir comme je pourrais pourtant le faire. Ai-je donc autant envie que l’on m’écrase ? Que l’on me domine, purement et simplement ? Quelque chose cloche vraiment ou chez moi ou alors, ce sont les autres les plus étranges ?

Il avance d’un pas. Mes ongles s’enfoncent dans les paumes de mes mains. Je respire normalement, je contrôle cette respiration qui souvent, me joue des tours. Je n’ai pas envie qu’il s’aperçoive de mon trouble, même si je sais parfaitement que mes yeux me trahissent à chaque fois. Ils expriment tout ce que je ressens, tout ce que je pense, chaque émotion qui me traverse, chaque sentiment qui me transperce. « J’ai de nouveaux horaires... » dis-je comme si il fallait absolument que je me justifie. Comme si il me poussait à la confession.
Le fait que je termine plus tôt m’arrange fortement. Je n’ai jamais aussi peur que lorsque je termine tard et que je quitte mon lieu de travail en même temps que les clients trop éméchés. Ceux qui croient encore que je ne suis qu’une vulgaire marchandise. Ils ne se gênent jamais pour me le faire comprendre, comme si mon statut de barmaid ou de serveuse me réduisait à l’état de prostituée. Sauf qu’ils se trompent tous s’ils pensent être en droit de faire de moi ce qu’ils veulent. Après tout, si je souhaite que l’on me traite mal, c’est encore à moi de faire ce choix ; cela me donnerait au moins l’illusion de contrôler quelque chose.

Je sens mes muscles qui se crispent lorsqu’il lève sa main vers mon visage. Je ne vois pas la sienne. Je ne vois plus l’homme élégant qui se tient devant moi. Je vois William. Je vois son regard corbeau empli de rage et de colère. Je vois sa main qui se rapproche dangereusement. Et lorsque je ferme furtivement les yeux, je la sens qui s’enroule autour de mon cou. J’en ai presque la nausée. Il faut que je me concentre sur le présent. Pas sur les souvenirs de ce passé que je souhaite mettre à la poubelle. Que je veux enterrer. À jamais. Je rouvre les yeux. Je me concentre exclusivement sur lui. Je chasse le reste.
Mes yeux s’arrêtent sur le mouchoir qu’il me tend. Il me faut quelques secondes pour que mes doigts se déplient et que mes ongles ne massacrent plus ma peau. « Merci. » dis-je dans un murmure tandis que je secoue négativement la tête à ses propos. Je prends le mouchoir et tapote ma joue sans plus de délicatesse qu’il n’en faut ; cela fait quand même un peu mal, notamment ces picotements qui ne sont pas agréables, mais franchement, j’ai connu bien pire.

Mais sa question me prend par surprise. Je ne comprends pas pourquoi il me demande une telle chose et comment cette idée a pu germer dans sa tête. Je lève les yeux vers son visage, comme si je cherchais une quelconque réponse à cette question, mais je n’y trouve rien : pas même un sourire qui tend à la plaisanterie ou à la moquerie. Je ne sais quoi lui dire. D’autant que cette proximité entre nous me perturbe plus que de raison. Et encore plus lorsque nos regards se croisent. Un frisson parcourt ma colonne vertébrale, et comme si je voulais me protéger, je croise les bras contre ma poitrine, comme si il s’agissait d’un bouclier.
« Je... Non. » balbutiai-je, perturbée. Je n’ai d’ailleurs jamais eu cette envie de pousser la chansonnette. Je ne trouve pas ma voix particulièrement jolie, je la trouve banale et quelconque. « À part gâcher une mélodie, je ne pourrais pas faire grand chose d’autre. » ajoutai-je en reprenant un peu de contenance, même si je n’en n’ai que très peu, je l’admets. Je ne suis déjà pas à l’aise lorsque je parle, je n’imagine pas la catastrophe que cela pourrait être si je venais à chanter.

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MessageSujet: Re: Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte   Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte EmptyDim 14 Juil 2013 - 16:13


Il m'est déjà surprenant d'accepter de rester en présence d'une femme aussi longtemps.
En quoi est-elle différente des autres ? J'y réfléchis alors qu'elle me parle. J'étudie ses gestes, son corps, d'un rapide regard. J'ai appris ce que l'on appelle l'observation. Je ne suis pas comme ces rustres qui se rincent l’œil en toute impudence, qui lorgnent la moindre parcelle de peau avec tant de désir que j'en viens à me demander par quel miracle le derme des femmes ne se poissent pas de leur bave ou de toute autre excrétion douteuse que ces paltoquets pourraient cracher. Ninel en a attiré, des regards, j'ai pu le remarquer... Pour ma part, j'ai appris à allier la discrétion au respect et ce, en passant par mes yeux. Je peux contempler une personne des heures durant sans que mon regard ne la dérange. Mes prunelles ne pèsent pas lourdement sur ses épaules, elles ne mordent pas son derme, pas comme certains hommes se permettent de dévorer les femmes (bien qu'ils ne se contentent pas seulement de leurs yeux, pour les plus rustres). J'ai un tant soit peu de dignité, allons. Ninel ne possède pas de formes prononcées, tout du moins, il est aisé de trouver une demoiselle à plus forte poitrine ou au fessier plus confortable. Je n'ai jamais apprécié les femmes trop féminines, celles vulgaires dont le maquillage recouvre totalement le visage, celles dont les courbes débordent lamentablement des décolletés ou des shorts trop courts ; je n'ai jamais pu supporter la vue des squelettes, de ces demoiselles trop effacées, livides tant physiquement que mentalement, ces pauvres filles semblables à un linge délavé... Délavé par la vie, délavé par les soucis. Des fantômes errants en un corps trop vivant, un corps qui finit de leur voler le peu de forces qui les habitent encore.

Je pourrais continuer ainsi des heures, vous décrire toutes les femmes que j'ai pu croiser et que j'ai déjà classer en des catégories soigneusement définies. Ninel appartient probablement à l'une d'elle. Il faudrait que je la retrouve... Mon ouïe sensible peut alors percevoir sa respiration rapide. Celle effrénée d'un animal traqué. Un souffle rapide, discret, mais empressé. Son regard ne me quitte pas. Ses poings sont serrés. Qu'ai-je fait, pour la troubler autant ? Est-ce simplement mon approche ? Une telle crainte n'était pas normale. Je me savais inquiétant, je l'ai toujours été, mais à ce point... Eut-elle été abusée ? Sûrement. Ses plaies ne sont pas encore guéries. Elles suintent, elles aussi. Comme les miennes. Sauf que, la concernant, elles suintent de peur, d'une peur qui souille son regard, qui empoisonne son sang au point où ses muscles se crispent comme en présence d'un acide. Son souffle rapide cherche-t-il à effacer le feu qui la ronge ? Le feu du doute, celui de l'inconfort, ces questions qui nous échauffent le cœur alors qu'on a pourtant la sensation qu'elles nous glacent le sang... Si l'on me lit, on pourrait rire du langage que j'emploie, trouver... Peut-être que mes mots sont bien pompeux.

Mais ils ne sont que le reflet de ma réflexion. Mes méninges fonctionnent, constamment. Je réfléchis toujours, à ce que je vois, à ce que je peux en déduire... Et à l'utilité que cela peut avoir. La moindre de mes pensées suit une logique, ma logique, une logique que Benedict ne parvenait jamais à suivre. Elle prend alors le mouchoir pour s'en tapoter la joue, effaçant les traces de sang sur sa peau immaculée, sûrement recouverte d'ailleurs d'un peu de fond de teint. Quoi que, cela, je ne saurais le dire... Je me plais à l'examiner, je me retiens même de lui tourner autour alors que ce n'est pourtant pas la première fois que je la vois. Je la vois croiser les bras sur sa poitrine. Pitoyable défense. Il me suffirait d'attraper ses poignets pour la faire soudainement basculer au sol, la dominer de ma haute taille. Je suis famélique, je le sais, mes muscles ne sont guère saillants sous mon teint pâle... Mais j'ai de la force. Celle d'un homme désespéré. Celle d'un homme qui en veut au sexe « faible », aux femmes en général. Celle d'un homme qui se sent fort quand une femme s'écroule et se brise. Comme une revanche. Une revanche sur celle qui m'a tout volé. Celle qui a pris ce pourquoi je vivais. Celle qui m'a arraché l'homme que j'aimais.

Une seule femme est responsable, et pourtant, je les vois toutes coupables. Je les envie, je les hais. Elles me dégoûtent et, pourtant, ne me laissent pas insensibles. Je leur envie tous ces droits que je n'aurais jamais. J'envie cette fragilité qu'elles ont le droit d'afficher, sans qu'on n'en vienne à les mépriser ou à les insulter. J'envie ce charme qui vit naturellement en elles, cette beauté qu'elles peuvent offrir sans que l'on n'ait forcément l'envie de se moquer. J'envie le fait qu'elles puissent se marier avec un homme... et même fonder une famille... Sans qu'on ne les voit anormales. Je les jalouse, pour tant de choses, sur tant de sujets. Un homme qui pleure, un homme qui se montre un instant sans force, on le traite de « pédé », on le bouscule, on le tourne au ridicule. On lui retire toute virilité. On lui refuse ce titre « d'homme ». On pourrait croire qu'une femme pourrait se montrer plus compatissante ? Eh bien, dans la plupart des cas, non. Un homme qui pleure, c'est un homme sensible, un homme que l'on peut voir comme un ami... Mais ce ne sera pas forcément l'homme protecteur dont l'on rêve.

Je n'ai jamais été efféminé. Mais je suis comme tout le monde. J'ai des forces. Et des faiblesses. Des faiblesses pour lesquelles j'ai subi tant d'humiliations... Je ne suis pas forcément à plaindre, il y a eu des vies bien plus tristes que les miennes. Cependant, chaque être a son fardeau à porter, et aucun n'est à négliger. Aucun ne laisse son porteur sans séquelles, sans failles. Et les miennes m'ont progressivement poussé à détester les femmes, tout ce qu'elles sont, tout ce qu'elles représentent. Ninel, j'ai enfin compris dans quelle catégorie tu te trouvais.
Celle de ces femmes brisées. Celle de ces femmes qui ont souffert, qui ont subi des choses affreuses. Et qui ont, pourtant, encore le courage de vivre, de sourire. Celles qui parviennent à se redresser, à mettre de côté ce passé. À le dissimuler, même, parfois. Peut-être pour voir l'avenir d'un plus bel œil ? Tu ne souhaites pas qu'on s’apitoie, et pourtant, au fond de toi, tu souhaites probablement à ce que l'on te protège. À ce que l'on te réconforte. À ce que l'on panse tes plaies. Je n'ai pas de doutes : tu trouveras bien un homme pour ce faire. Pour délicatement offrir ses mains au petit oiseau que tu es. Pour t'aider à guérir et voler de tes propres ailes de nouveau. Mais, à moi, quel homme offrira sa main ? Quel homme le fera ? Pourrais-je même accepter son aide sans que l'on ne me le reproche, sans que l'on ne m'écrase ? J'ai déjà trouvé refuge une fois. Cependant, j'ai dû m'envoler avant que mes blessures ne soient guéries : et on m'a brisé les ailes une fois de plus. Mon souffle se fait plus profond. Comme pour attiser les braises de ma jalousie. Je n'ai pas envie de l'aider. Je n'ai pas envie de lui tendre la main. Je souhaite lui déboîter ses foutues ailes comme on m'a brisé les miennes. Par vengeance. Pour crier contre l'injustice que j'ai endurée. Elle n'a rien fait, elle n'est pas responsable. Je me salis du même crime que celui de mon bourreau : mais je n'en ai cure. J'ai besoin de déverser ma rage. Ma rancœur. Je me ferai probablement détester... Une fois de plus.

Et pourtant, face à son regard, mon cœur vacille. Je n'ai pas envie de m'enfoncer davantage dans cette folie désagréable, dans ces comportements qui me dégoûtent. Je n'ai pas envie de lui faire du mal. Je n'ai pas envie que mes doigts se referment sur ses os fragiles pour les lui fendre. Comme si l'épargner pourrait m'offrir une rédemption. Comme si l'aider pourrait guérir mes maux. Je ne sais pas comment agir, vis-à-vis d'elle. Je ne sais pas...

_ Allons... Ne soyez pas si dure envers vous-même. Un jour, peut-être pourrions-nous essayer de voir ce que votre voix est capable de faire ?, Je finis par proposer en esquissant un léger sourire du coin des lèvres. Je resserre finalement ma veste autour de mes épaules quand une brise soudaine mais glacée vient se mêler à notre conversation. Porteuse de pluie, je sens l'humidité m'arracher un grommellement mécontent. Mes cheveux ne vont pas tarder à boucler, à ce rythme ! Et la nuit qui prend ses aises commence à doter la forêt d'une aura angoissante.
_ Nous devrions retourner en ville. Puis-je vous offrir un café ? J'allais m'en payer un... , je mens sans rien laisser paraître, Après avoir passé des heures à servir les uns et les autres, vous devez au mieux profiter de ces rares fois où l'on vous sert, n'est-ce-pas ? Mais peut-être qu'il est trop tard et que vous préféreriez rentrer chez vous... Dans ce cas, je vous demande pardon d'avance, mais je vous importunerai le temps que nous rejoignions les rues bien éclairées.,
Comme tout bon gentleman qui se doit d'être, je lui propose mon bras après avoir légèrement incliné la tête. Mes manières et mon langage sont désuets, je le reconnais. Mais il s'agit, malgré tout, d'un héritage dont je suis fier.
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Ninel L.-J. Monroe

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MessageSujet: Re: Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte   Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte EmptyLun 15 Juil 2013 - 13:47


Je ne devrais pas être si dure envers moi-même ? Je l’ai toujours été et je ne pense pas que cela changera. J’ai besoin de me dire que je ne suis pas parfaite. J’ai besoin de prendre conscience de mes défauts. Les uns après les autres. Je pourrais en faire une longue liste, parce que je ne me trouve que très peu de qualités. Bien entendu, j’en possède, comme tout le monde. Même les monstres possèdent des qualités, mais ils savent très bien les mettre de côté. Moi, je mets en avant mes qualités lorsque c’est nécessaire, mais la plupart du temps, je joue un rôle. Lorsque je souris, je ne suis pas forcément sincère ; je suis une bonne comédienne, pour le peu qu’on ne remarque pas que mes sourires ne vont pas jusqu’à mes yeux. De toute façon, les gens se fichent royalement des états d’âme d’une serveuse, d’une jeune femme à peine sortie de l’adolescence. Seulement, j’avoue que je ne fais pas des efforts pour que l’on me remarque. Pour que l’on réalise que je suis autre chose qu’une parfaite illusion. Même si j’ai une assez bonne maîtrise de moi-même dans la majorité des cas, ce n’est pas toujours ce qui me caractérise le mieux ; au contraire, lorsque tombe le masque, ne reste plus que cette demoiselle fragile que l’on brise selon ses envies.
Étrangement, cela me rassure de me dire que l’on peut me faire du mal ; c’est ce que j’ai toujours connu. Je ne vois pas la souffrance comme les autres personnes. Je sais qu’elle peut être destructrice, j’en ai fais l’expérience, mais bizarrement, cela me convenait puisque je ne partais pas. Cela devait me plaire pour que je reste avec cet homme. Après tous ces mois de réflexion, j’en suis venue à cette conclusion qui m’effraie et m’apaise en même temps ; pour le peu que je l’accepte, les douleurs me rendent plus forte.

« Si vous voulez. » dis-je dans un mince sourire, alors qu’à nouveau, j’ai envie de me faire du mal. J’ai envie que mes ongles s’enfoncent de nouveau dans ma peau. Je regrette brusquement que cette plaie ne soit pas plus douloureuse. Lorsque les souvenirs m’assaillent, je perds réellement le contrôle de mes faits et gestes et je ne ressens que ce besoin. « Mais on ne pourra pas dire que vous n’étiez pas prévenu. » j’ajoute, la respiration saccadée. Il faut que je reprenne le dessus. Que je laisse les démons de l’autre côté de la barrière. Que je laisse l’image de William dans un coin de ma tête. Définitivement. Je ne veux pas qu’il me hante encore. Je ne veux pas qu’il soit encore le grand gagnant de cette fichue guerre. C’est de sa faute. C’est à cause de lui, toutes ces conneries ! Je le hais encore plus qu’avant. Par sa faute, j’en suis venue à me convaincre que j’aimais ça. Putain, c’est faux. Tout mon raisonnement ne peut pas être vrai. Je ne suis pas une sorte de sadique qui aime la souffrance. Il faut que je chasse tout cela. Il faut que je retire ces idées de ma tête. Je suis une parfaite contradiction à moi seule et j’en ai parfaitement conscience.

Il arrive même que je lui trouve des excuses. N’est-ce pas franchement pathétique ? Je lui en ai voulu durant de nombreuses années. J’avais parfois cette envie de prendre sa vie. De le tuer. Purement et simplement. Je voulais qu’il crève. Au moins, je voulais qu’il ait autant mal que moi. Mais je ne pouvais rien faire. Je ne pouvais pas. Parce que j’ai toujours été beaucoup plus faible. Dès les premiers coups, j’aurai du prendre la fuite. J’aurai du lui dire que je n’acceptais pas sa violence et que s’il levait encore la main sur moi, je partirais ; mais je n’ai rien fais de tout cela. Je suis resté à l’appartement. Je n’ai pas dis un seul mot qui aurait pu lui faire comprendre que cette situation ne me convenait pas. Je ne faisais que chialer comme une parfaite idiote. Mais lui, il s’en foutait de mes larmes. Alors ouais, je suis responsable de toute cette histoire. Du moins, j’ai une grosse part de responsabilité.

Quoi ? Une nouvelle fois, je replonge dans le monde réel parce que sa voix grave me tire de mes pensées idiotes. Je déglutis légèrement. Je ne sais pas s’il faut que j’accepte son invitation ou s’il faut que je fasse le reste du chemin toute seule ; même si avec la nuit qui tombe, cela ne me rassure en rien d’être seule... Mais j’ai cru comprendre qu’il ne me lâcherait pas avant que nous ayons atteint les rues éclairées. Bon.
« Je ne dis jamais non à un café. » répondis-je finalement dans un sourire. En fait, il est vrai que je me sentirai bien plus en sécurité chez moi, mais étrangement, j’ai envie d’être avec lui. Sa compagnie ne m’est pas dérangeante, même si je me demande souvent ce qu’il cache derrière ses bonnes manières. De nos jours, les hommes n’agissent plus ainsi sans aucune raison précise. Mais n’ai-je pas tendance à me jeter dans la gueule du loup ? Si. Pour preuve, je passe mon bras sous le sien et pose ma main délicate contre son bras. Ce contact qui me paraît soudain m’arrache un long frisson. À moins que ce soit le froid qui m’entoure brusquement ? Je n’en sais trop rien.

« D’où venez-vous ? » je demande brusquement, alors que nous marchons vers je ne sais où – on ne peut pas dire que mon sens de l’orientation soit le plus parfait au monde. Néanmoins, cette question me brûlait les lèvres, comme beaucoup d’autres que j’aimerai lui poser. Je veux en apprendre le plus possible sur cet homme si fascinant.

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Thimothy Saint-Baptiste

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MessageSujet: Re: Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte   Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte EmptyLun 15 Juil 2013 - 21:33


Un peu d'humour ne fait de mal à personne ! Et sa remarque m'arrache un sourire. Une fois de plus, mon visage s'en trouve comme transformé. Mes traits s'éclairent et me soulagent du poids de quelques années ; bien que j'ai moins de la trentaine, mon air grave et sérieux me donne un air bien plus vieux... Je dois avouer qu'un des meilleurs moyens de me vexer n'est autre que de se tromper sur mon âge. Et encore personne n'a réussi à trouver. Pas même Benedict. Mes yeux bleus si ternes abandonnent ce voile mélancolique pour dévoiler une lueur amusé, quelques étincelles trahissant la présence d'une certaine innocence. Un fragment subsistant de mon âme de grand adolescent, un extrait de cette musique légère que sait jouer l'artiste en moi. Je ne suis pas toujours aussi grave ou mature que je peux en avoir l'air... Mais les occasions de me laisser aller, d'abaisser mes défenses, se font de plus en plus rares. Depuis que j'ai repris pied sur cette terre, je me sens plus fragile. J'ai réalisé à quel point mon existence ne tenait que sur un fil. Que sur une note. Un rythme. Celui d'un cœur qui bat. Celui d'une détonation. Un son, et, brusquement, tout retombe dans le silence. Le silence... Probablement la pire des choses que ce monde ait pu créer.

Même quand deux personnes ne se parlent pas, voire s'ignorent, des sons se font percevoir. Le silence devenait progressivement la pire de mes phobies... Avec la peur d'être enterré vivant : se retrouver prisonnier d'une terre pourtant féconde, enfermé dans un cercueil, comme un fœtus mort dans le ventre de sa mère. Sans personne pour nous entendre crier. Sans personne pour nous aider. Alors que l'air manque à chacun de nos souffles, alors que l'odeur de notre propre panique nous prend à la gorge. Je respire un peu plus profondément, comme pour chasser ces sombres idées loin de mon esprit. Mon humeur bascule si aisément d'un côté, de l'autre, comme une barque agitée par la marée. Celle de ma mémoire. Celle qui me dévoile des souvenirs plus ou moins douloureux, selon sa danse. Je remarque sans peine le souffle rapide de la demoiselle. Un souffle saccadé, bien qu'elle n'ait pas couru, bien que je n'ai encore rien fait ou dit de spécial. Il semblerait qu'elle ait, elle aussi, ses propres démons contre lesquels elle s'efforce de lutter. Elle s'approche finalement. Curieusement docile. Avec délicatesse, son bras vient même s'unir au mien alors que sa main se dépose au niveau de mon poignet.

J'apprécie sa douceur. Elle m'apaise. Les femmes hystériques me rendent agressif. Entre celles qui gloussent comme de pauvres dindes face à des vêtements en soldes ou face à des commérages, les autres qui beuglent à leur téléphone, ou encore celles qui enchaînent des crises d'angoisse bruyantes... Ninel est une fille discrète, subtile. Elle n'a pas cette vulgarité que trop d'éléments féminins partagent. Je la sens frissonner, et j'ai le réflexe de la rapprocher légèrement de moi, comme j'ai pu le faire avec Benedict. Ma haute taille m'a souvent permis de le protéger du vent... Et il est vrai que la brise n'est pas des plus agréables, ce soir. Je m'avance lentement, pour que mes grands pas ne la fassent pas trébucher ni courir pour pouvoir me suivre. On risque de se retourner, si l'on nous croise dans la rue. Ninel a tout d'une femme de son temps, un bourgeon qui s'ouvre sur sa féminité et découvre ses pétales, en pleine force de l'âge. Une tulipe douce, timide, banale en apparence, et pourtant, si belle quand on prend le temps de l'apprivoiser. Il ne faut pas simplement se contenter de la regarder, comme un stupide veau. Non, il faut apprendre à la connaître, à repérer quels sont ses petits gestes et ce qu'ils traduisent. Je ne fais cela qu'envers les hommes qui m'inspirent. Ninel doit être une des premières femmes... Qui sait me donner l'envie d'écrire, de jouer une mélodie. À son image. Peut-être le ferais-je, un jour. Quoi qu'il en soit, il devait être surprenant de voir une femme si moderne à côté d'un mormon comme moi ! Un homme austère tout vêtu de noir qui lui offrait son bras comme les gentleman d'un temps à présent révolu.

Pour tout avouer, j'étais bien, en sa compagnie.
Sa question me surprend. Je n'ai pas l'habitude que l'on s'intéresse à moi. À dire vrai, on se préoccupe bien plus de mes créations... Quand j'accepte d'en parler. On m'oublie facilement, ou l'on cherche à m'éviter. Je mets les autres mal à l'aise. Mais cela ne semble pas la décourager. Touché d'être ainsi la cible de sa curiosité malgré tous les individus qu'elle peut croiser, je réponds d'une voix un peu plus douce qu'à l'accoutumée.

_ Je viens de Cambridge... Bien que j'ai dû à de nombreuses reprises déménager ici et là. Mais mon accent est héréditaire, semblerait-il,, , ai-je besoin de préciser. Mon élocution particulière trahit mes origines bourgeoises, à dire la vérité. Je regarde autour de nous, m'assure que ses petites chaussures de ville ne viennent pas trébucher sur une branche ou un nid-de-poule, ou je les lui fais habilement éviter. Protecteur par réflexe envers cette demoiselle qui tient mon bras. Une des seules à qui je l'offre de bon cœur. Sans me crisper de dégoût quand elle me touche. Sans soupirer lourdement quand elle m'adresse la parole.
_ Et qu'en-est-il de vous, mademoiselle ? Si cela n'est pas trop indiscret, bien entendu, j'esquisse un sourire avant de reprendre la parole de nouveau, D'ailleurs, auriez-vous un bar à nous conseiller ? Un endroit où vous serez à l'aise... Me concernant, tout me convient, tant que mon café se trouve dans une tasse propre.,
J'eus un petit « hm » amusé à ma dernière remarque alors que je pose mon autre main sur la sienne quand je dus éviter un petit fossé par un pas plus allongé.
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Ninel L.-J. Monroe

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MessageSujet: Re: Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte   Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte EmptyMer 17 Juil 2013 - 14:00


Aussi étrange que cela puisse être, sa présence me calme et m’apaise lentement, mais sûrement. Lorsque mon bras passe sous le sien et que ma main se pose délicatement sur son poignet, je me sens déjà mieux alors qu’un frisson parcourt ma colonne vertébrale. Je ne saurais dire si cela est à cause du froid et de ce vent qui se lève, ou si c’est ce contact qui me rend si fébrile et si consciente de ce qu’il dégage.
Il n’est presque pas utile de dire à quel point Thimothy est différent des autres hommes que je croise dans les bars ou les autres lieux où je travaille. Il ne fait pas parti de ces hommes qui me jugent comme un vulgaire bout de viande ou qui essaient de me mettre une main aux fesses sous prétexte qu’ils en avaient envie. Il ne manque pas de respect aux gens – tout du moins, je n’ai jamais eu l’impression qu’il se montrait ainsi avec les autres. Parfois, il me donne même l’impression de ne pas être de ce monde, de ne pas être né dans le bon siècle, mais étrangement, cela ne me donne pas envie de me foutre de lui et de ses habitudes que les autres jugeraient désuets.

Ces personnes ne connaissent probablement pas le respect envers les femmes ou même envers les hommes, d’ailleurs. Avec eux, on se croirait presque dans une arène où seuls les plus forts, les plus vulgaires et les plus lourds n’en ressortent victorieux ; ceux-là me rendent dingue et me donnent souvent envie de prendre le verre que je leur apporte et en vider le contenu sur eux, de préférence.
Mais lui, il m’inspire vraiment autre chose. Il m’inspire, d’ailleurs, beaucoup trop de sentiments qui s’entrechoquent. Si je l’apprécie pour ce qu’il est et ce qu’il dégage, il y a également des moments où je le crains plus que de raison. Je ne le crains pas comme les autres hommes auxquels je faisais référence un peu plus tôt, mais plutôt comme un démon qui surgit du passé et qui aurait toutes les cartes en mains pour me détruire. Même si on ne se connait pas encore très bien, j’ai parfaitement conscience qu’il pourrait me détruire s’il le voulait. Je le sais, parce que parfois, dans son regard, je retrouve cette même lueur malsaine qui brillait dans les yeux de William. Et lorsque l’on sait reconnaître cette étincelle, on devrait être en mesure de la fuir. Mais moi, je ne le fais pas.

Au contraire, moi, je m’intéresse davantage à lui. Comme si j’avais besoin de le connaître encore plus. Comme s’il fallait absolument que je le garde près de moi, même si je sais que cela pourrait m’être désagréable si mes doutes venaient à prendre forme ; mais peu importe, je n’écoute que cette petite voix qui me souffle que j’en ai besoin, tout simplement.
Je l’écoute attentivement et je remarque que je ne regarde même pas où je mets les pieds. Je réalise que je lui fais une confiance aveugle et pendant un instant, cela me surprend plus que nécessaire. Cela fait tellement longtemps que je n’associe plus la confiance aux hommes que cette révélation manque de me faire perdre l’équilibre ; et si je n’étais pas aussi bien accrochée à lui, je crois que j’aurais pu faire une belle chute. Heureusement, je me reprends bien vite et lui adresse un petit sourire, reprenant le fil de la conversation.

« Je dois avouer qu’à part les endroits où je travaille, je ne connais pas très bien les autres bars de la ville. Quand nous aurons rejoins les rues éclairées, je crois qu’il faudra faire confiance à nos instincts. » répondis-je dans un mince sourire. Je ne suis pas franchement le genre de demoiselle qui traîne dans les bars – je rencontre déjà bien assez d’imbéciles lorsque je bosse, alors durant mon temps libre, j’évite !
Lorsque je sens sa main sur la mienne, un nouveau frisson me parcourt, mais je cache mon trouble autant que possible. J’ignore pourquoi mon corps réagit de la sorte à son contact, mais je ne pense pas que ce soit le moment idéal pour y répondre. J’aurai le temps de mettre mes réflexions à l’honneur lorsque je serai seule dans mon appartement et que je ne trouverais pas le sommeil, comme trop souvent.

« Et pour vous répondre ; je viens de Glasgow. Je n’avais jamais quittée ma ville natale avant ces six derniers mois. » lui dis-je en voulant paraître détachée, bien que, malheureusement, je ne sois pas toujours très douée à ce jeu-là. Mais, je relance rapidement la conversation sur lui ; « Quelles sont les villes où vous avez vécu ? Laquelle avez-vous le plus aimé ? » je demande, curieuse. Je rêve de faire un tour du monde, bien que je doute que ce rêve se réalise un jour, mais, ne sait-on jamais.

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MessageSujet: Re: Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte   Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte EmptyDim 21 Juil 2013 - 11:56


Je la sens frémir. Un court instant, son pas se fait soudain hésitant, presque maladroit. La pression de sa main se fait plus perceptible, plus intime, durant quelques secondes. Je sens ses doigts fins appuyer davantage sur mon muscle, ses ongles s'accrocher à mes vêtements. Une sensation éphémère, une sensation que j'aurais dû à peine ressentir. Et pourtant, elle me foudroie. Comment son corps de femme parvient à unir tant de faiblesse et de force en un seul geste ? Elle tremble, fragile, et pourtant, elle s'accroche ; son corps ne demande qu'à fuir, mais sa volonté la retient et la force à bander ses muscles. Lui suis-je si impressionnant ? Ou sont-ce ses propres pensées qui la hantent ? Je fronce légèrement les sourcils, discrètement. Mon imagination s'emballe une fois de plus. Pour comprendre, comprendre ce qui la ronge, comprendre ces failles qui fendillent son être et l'affaiblissent, comprendre cette curieuse force qui la maintient pourtant debout, vaillante. Je ne me souviens pas l'avoir vue au bras d'un homme, je ne crois pas l'avoir vue soupirer face à un message sur son téléphone, pas un soupir énamouré tout du moins. Quelles sont ses passions ? Qu'est-ce qui l'encourage, chaque matin, à se lever, à redresser la tête avec dignité ? À subir les assauts des uns et des autres, à se laisser salir par leur regard, leur geste, ou encore les commérages qu'elle doit percevoir ? La plupart des serveuses finissent bien trop vite rongées par tout ce qu'elles perçoivent, par tout ce que leurs sens doivent subir continuellement ; mais en elle, il subsiste une pureté... Que j'envie. Une fois de plus.

Tant de choses que je lui jalouse. Peut-être car, d'un certain côté, je me reconnais en elle ? Ma force vient de la musique que je compose, me vient de l'homme que j'aime. Je vis pour Benedict, je compose pour me donner le courage d'affronter les obstacles que la vie dresse devant moi. Nous avons tous notre fardeau, notre poids à porter. Mais nous n'avons pas tous les mêmes armes pour y faire face, pas les mêmes stratégies pour combattre. Et certaines personnes se salissent plus ou moins de sang, se souillent plus ou moins de mauvais actes. Malheureusement, mon âme est déjà rongée, pourrie par mes sombres sentiments, par ces pulsions malsaines qui me torturent par instant. Je cherche en la musique une certaine rédemption, une grâce qui purifierait un peu mon cœur ou soulagerait ma conscience de tous ces remords, de ces plaies qui, continuellement, me lancent, à la moindre pensée, au plus petit de mes actes. Cette quête m'est devenue vitale depuis que j'aime un homme. Comme si je refusais de lui offrir cet être « impur » que je suis. Comme si je refusais de lui présenter mes mains couvertes de sang, de boue, de misère, que ce soit la mienne ou celle des autres. L'âme de Benedict est bien plus immaculée que la mienne : sa naïveté et sa bonté naturelle ont réussi à le préserver de tout ce mal que renferment les autres.

Mais comment fait Ninel ? Quand je la regarde, quand je la dévisage, je perçois une certaine pureté, quelque chose qu'elle parvient à préserver. Comme une fleur au milieu du béton, comme un oiseau qui parvient à s'échapper d'une volière. Un fragment d'innocence. Comme ce faon errant en plein cimetière. Un peu de vie malgré la désolation qui la cerne, que ce soit autour d'elle ou en elle. Qu'elle assiste à la déchéance de ces épaves qui s'oublient et se noient dans l'alcool ou bien toutes ces fois où elle doit voir ses propres gangrènes, il reste ce morceau immaculé. Cette dissociation m'inspire et me donne l'envie de composer. Je peux, de loin, apercevoir les lueurs des lampadaires. Encore cernés de brume, ces pauvres lumières résistent face au brouillard, diffusant une aura fantomatique. On peut aisément les remplacer par des feux follets ! J'esquisse un sourire à cette idée. À voir où ils vont nous mener... à une terre sans danger ou dans un véritable bourbier ? Sa question me rappelle à elle, au son de sa voix. J'ai l'habitude que l'on écoute ma musique, mes compositions... Pas à moi. On me parle pour me demander d'où me vient une telle imagination, quelle est l'origine d'une création, mais jamais pour en savoir davantage sur moi. Et j'ai appris à ne plus rien dire à mon égard. À me fermer comme une huître, à écouter, à dire ce que l'on veut entendre ou à esquiver les questions trop intimes. Et pourtant, en sa compagnie, j'ai envie... Oui, de discuter. Peut-être car je n'ai rien à lui prouver ? Peut-être car je sais que ma valeur ne changera pas forcément à ses yeux si je lui réponds ? En temps normal, je mesure toujours mes paroles, pour que mes dires ne soient pas retournés contre moi, pour que l'on n'en vienne pas à me mépriser pour une maladresse ou pour une de mes opinions.


_ Oh... Je n'ai pas vraiment vécu en ces lieux, j'ai toujours été un voyageur, une âme errante, peut-on même dire, je réponds dans un petit sourire, [size=13]J'ai commencé par me rendre à Londres. Je suis ensuite allé en Corse, pour visiter les villes d'Ajaccio, de Bonifacio, Bastia et enfin, Porto-Vecchio. Je suis passé ensuite par la France pour faire un tour du côté des Pyrénées et rejoindre Paris. En compagnie d'un ami, nous nous sommes évadés quelques temps en Allemagne, pour finalement terminer notre voyage en Autriche, auprès des siens. Puis il est venu s'installer ici et je l'ai suivi...
Pour y mourir. Mais je ne souhaite pas le préciser.

_ Je ne saurais vous dire quel endroit me fut le plus plaisant. Je pense que... la Corse est l'endroit où j'ai pu passé les plus beaux moments de mon existence, j'avoue en fin de compte en haussant légèrement les épaules. Enfin, nos pieds rejoignent un sol dallé. D'autres silhouettes battent le pavé, s'éloignant de nous, occupés par leurs propres discussions ou par leurs pensées. Je marque un léger silence et mon pas se ralentit, s'arrête. Mes yeux clairs parcourent le carrefour avant que je ne décide d'une direction, vers laquelle je fais un pas. Je prends le temps de la consulter du regard, signifiant mon interrogation par un petit signe de tête. Quand elle m'offre son choix, je le suis une fois de plus, m'éloignant sans presser le pas, tout en la gardant près de moi.
_ Et vous ? Quelles sont les raisons de votre déménagement ? N'avez-vous pas le mal du pays ? Je m'intéresse à mon tour dans un sourire.
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Ninel L.-J. Monroe

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MessageSujet: Re: Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte   Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte EmptyJeu 25 Juil 2013 - 20:08


Ce qu’il me raconte me fascine et je n’en perds pas une seule miette ; je voyage au travers de ce qu’il me raconte. Même si je ne connais pas ces villes, à l’entendre, je suis certaine qu’elles sont merveilleuses et qu’elles valent la peine que l’on s’y attarde. Je l’envie. Je l’envie parce que, peut-être n’aurai-je jamais l’occasion d’entreprendre un tel voyage. Peut-être n’aurai-je pas la force de le faire toute seule parce que j’aurai cette crainte de me perdre, d’être abandonnée dans un endroit qui me serait inconnu. Pourtant, je devrais être habituée, les gens m’abandonnent systématiquement et au fond, je ne suis pas plus craintive que cela à ce propos puisque je m’attache encore et encore, comme si toutes ces personnes pouvaient être des bouées de sauvetage. Et dans le fond, je crois que c’est le cas. Sans eux, je serais perdue. Je me perdrais dans mes souvenirs, parmi les démons qui rongent mon âme et je ne serai plus en ce monde depuis la disparition de William. Mon bourreau. L’homme que j’aimais plus que ma propre vie. L’homme qui aimait la mort bien plus que sa petite amie.

Un soupir las m’échappe alors que nous venons de rejoindre les rues de la ville. Étrangement, je regrette cette intimité que nous avions dans les bois, comme si rien ni personne ne pouvait rompre ce moment, cette bulle dans laquelle j’avais l’impression d’être. Mais maintenant, j’ai trop conscience des gens qui marchent, les talons qui claquent sur le béton, les rires de certaines personnes, les chuchotements, les confidences à demi-voilées, les disputes, même. Ils influent bien trop rapidement sur mes propres sentiments et sur mes émotions, mais je me raccroche à Thimothy. Au contact de ma main contre son bras et je fais abstraction du reste ; je ne veux plus qu’ils existent.
« C’est peut-être parce que je ne connais pas très bien les autres pays et ces régions, mais j’envie votre voyage à Londres. Je crois être amoureuse de cette ville depuis que je suis toute petite. » dis-je dans un petit sourire qui étire mes lèvres.
« Je me souviens, lorsque je vivais chez mes parents, j’avais des cartes postales et des affiches de Londres. Mais je n’ai jamais eu l’occasion de m’y rendre. » je murmure en haussant légèrement les épaules. Peut-être irai-je un jour ? Je n’en sais rien, après tout ! Et puis, ce n’est pas si loin que cela, je verrais bien lorsque mes finances le permettront. Et quelqu’un m’accompagnera peut-être.

D’un signe de tête, je désigne une direction et nous y marchons tranquillement, à la recherche d’un café qui pourra satisfaire notre envie de caféine. Mais lorsque la question de Thimothy me parvient, je fais un léger blocage, alors que ma main se crispe d’avantage. Je tente de me reprendre et marche d’un pas peu assuré tant les souvenirs m’assaillent de nouveau.
Je les chasse comme je le peux. Je fais tout mon possible afin que l’image de William ne m’apparaisse pas de nouveau, mais c’est tellement difficile. Il est tellement difficile de combattre les démons avec lesquels nous vivons. Ma respiration s’accélère. Mes yeux piquent et je sens ces quelques larmes qui me brûlent les yeux. Je les retiens. Il est hors de question que ces dernières me trahissent.

« Je... Euh... C’est... » balbutie-je sans reprendre le contrôle de mes émotions. Allez ! Je souffle un grand coup, une fois que les choses seront dites, je ne pourrais plus être si déstabilisée et je ne prendrais pas le risque que cette situation se reproduise.
« J’ai perdu l’homme qui partageait ma vie. » fini-je par dire, le souffle court. Voilà, c’est dit et cela n’aurait pas dû être aussi compliqué ! William n’a pas le droit de me contrôler alors qu’il est mort. Il ne devrait même pas avoir le droit de me faire souffrir, alors que je le déteste profondément ! Ouais, c’est ça, je le hais. Et j’espère qu’il est en Enfer. Ça me ferait chier que le Paradis lui ait pardonné.
« Alors oui, Glasgow me manque, mais... Je ne pouvais plus vivre là-bas. » j’ajoute dans un demi-sourire. Trop de souvenirs. Trop de déceptions. Trop de mésententes. Je ne voulais aussi, ne pas prendre le risque de toujours croiser un membre de ma famille de dingue.

À quelques mètres de nous, je repère un café/bar qui est encore ouvert. Je le montre à Thimothy et après son accord, nous allons vers le lieu-dit. Il a l’air plutôt agréable, et lorsque je franchis la porte d’entrée, un frisson me parcourt à cause du brusque changement de température : ici, c’est bien plus agréable qu’être dehors.
Nous allons vers une table libre – il semblerait que beaucoup aient choisi cet endroit, même si les gens ne font pas tant de bruit, ce qui est rassurant- et je retire ma veste que je pose contre le dossier d’une chaise.
Je ne regarde pas franchement ce que je fais, flanche les genoux afin de poser mes fesses sur la chaise, sauf que... La descente se poursuit, mais mes fesses ne tombent pas contre la fameuse chaise. Dans un fracas assez ahurissant, je me retrouve par terre, un peu sonnée et un peu sous la table, aussi. Mais comment peut-on être aussi stupide et maladroite en même temps ?! Comment peut-on, sérieusement, rater une chaise ? Genre, c’est pas une discipline olympique qui demande des années d’entraînement. C’est une putain de chaise qui, j’en suis certaine, a voulu me foutre la honte et s’est donc reculée de quelques centimètres.
Je me suis foutu à quatre pattes, et je réalise seulement ma position lorsque je reprends un peu mes esprits. Han merde ! Je me redresse brusquement et me cogne le haut du crâne contre la table, ce qui vaut un bruyant ; « PUTAIN ! » que je lâche le moins discrètement du monde. J’ai honte. Mon. Dieu. J’ai. Honte.
J’ai envie de ne plus jamais sortir de sous la table. Parce que je sens les regards braqués sur moi et je suis probablement rouge comme une tomate bien mûre.

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MessageSujet: Re: Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte   Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte EmptyLun 26 Aoû 2013 - 7:29


Je souris avec un amusement mêlé d'une certaine tendresse. Londres. La destination rêvée de tant de personnes. Certes, la ville est magnifique... Mais elle ne serait pas ma prochaine destination. J'essayerai probablement de retourner en Corse. Je ferme légèrement mes paupières sur mes prunelles d'un bleu grisâtre et me surprends à rêver de partir, partir une fois encore. Non pas seul. Mais auprès de Benedict. L'emmener, l'arracher à cette ville, à cette femme qui le tue à petit feu, cette femme qui le ronge de l'intérieur comme un cancer incurable. Ah, les femmes. Depuis des temps immémoriaux, elle a toujours été opposée à l'homme, voire vue comme inférieure à lui. Mon dégoût envers elles n'est pas dû à cette sempiternelle lutte, ce stupide débat entre un probable « sexe fort » et « sexe faible ». Les femmes me répugnent. Leurs formes m’écœurent. Le moindre de leurs agissements me font serrer les dents. Je supporte bien plus aisément les enfants, pour tout avouer ! Les enfants... Voilà un rêve de Benedict. Il a tant envie d'être père. Il ne m'en parle que très rarement, mais je le vois bien aisément sourire avec tendresse face à quelques petites têtes blondes, ou encore à la vision d'une femme dont le ventre arrondi est porteur de vie. Oublie-t-il que je suis, moi aussi, un créateur ? Je créé de la musique, je sais animer des instruments pourtant si morts en temps normal, je sais raviver certains sentiments dans le cœur de ceux qui m'écoutent.

Ah, tiens, en parlant de sentiments... Je la sens se crisper, se tendre comme un arc. Son souffle est, un court instant, plus hésitant, alors que ses yeux si clairs s'assombrissent, se noient. Non pas seulement sous les larmes, mais sous des souvenirs qui reviennent à la surface, des souvenirs qui voilent ses yeux plus aisément encore que ne l'aurait fait la vieillesse. Et c'est alors qu'elle me répond. Surprenant. Je pensais qu'elle se serait murée dans le silence, pour finalement secouer la tête de droite à gauche et me murmurer qu'elle préférait ne pas en parler. Mais loin de ce cliché pathétique bien proche d'une scène d'une série ou d'un film... Elle m'a répondu. J'en suis satisfait. Si il y a bien une chose que je ne peux pas supporter, c'est bien que l'on me laisse dans mon ignorance. Pourquoi devrais-je me réjouir d'une telle souffrance ? Pourquoi est-ce que je dois retenir mes lèvres de se fendre en un rictus ? Peut-être car je ressens comme un sentiment de vengeance assouvie. Peut-être car j'ouvre les yeux une fois de plus sur la souffrance de Benedict quand il m'a trouvé dans mon lit, la boîte crânienne littéralement explosée par le tir de mon arme. Mon suicide lui a-t-il été si douloureux ? Pas assez, pas autant. Benedict n'est pas parti d'ici, il n'a pas quitté sa femme. J'espère au moins que mon retour le fera réagir, le fera se détacher d'elle et de toutes ses chaînes.


_ Je comprends... Hm, j'ai moi aussi perdu un être cher, dira-t-on. Mais il m'est difficile de m'en détacher. Ou de trop m'en rapprocher. Alors je jongle...
Enfin, un bar nous ouvre ses portes ! Par soucis de politesse, je laisse la jeune fille me dépasser et je relâche son bras pour qu'elle puisse s'avancer. Je perds ma main dans mes cheveux bruns, soupirant au contact de mes boucles. L'humidité est toujours implacable : elle me transforme en mouton. Cela lui plaisait terriblement. À Benedict. Il passait alors ses mains dans mes cheveux et les recoiffait, me sermonnait quand je râlais à leur égard. Je n'aurais jamais crû qu'une caresse dans ma crinière pourrait m'être agréable... Mais ce geste s'est révélé être l'un de mes préférés. Il m'apaise. Comme cette douce chaleur environnante. L'ambiance est assez calme. Je reste un instant debout, la main sur le dossier de ma chaise, alors que je prends le temps de regarder autour de nous, quelques secondes. Comme un fauve aux aguets, je ne bouge qu'à peine la tête. J'écoute. Le moindre son. Le petit bruit caractéristique de la cuillère qui caresse la surface de la porcelaine. Les discrets murmures qui s'échangent, les froissements de tissus. Être compositeur n'est pas un métier sur lequel on se contente de plancher sur une feuille, non. La vie m'inspire. Je la retranscris par quelques notes. Je m'inspire en allant errer de droite à gauche, en me mêlant aux atmosphères les plus diverses qu'il soit. Finalement satisfait, un de mes rares petits sourires aux lèvres, je m'installe dans un soupir d'aise.

Je suis assez grand, voire. Très grand. Mais je suis plutôt frêle. Ainsi, j'ai souvent la difficulté... Que mes genoux heurtent cette curieuse barre que beaucoup de tables ont. Cependant, cette fois-ci, j'ai la chance de pouvoir étendre un peu mes longues jambes. Et alors que je tourne les yeux vers elle, je la vois descendre. Encore descendre. Est-elle si petite ? Ou la chaise l'est ? Finalement, j'ai ma réponse à ma question quand je la vois complètement disparaître et qu'un raffut accompagne sa chute. Je reste ébahi quelques secondes, à simplement cligner des yeux. Et quand je les baisse pour l'apercevoir, je la vois glissée à 4 pattes entre mes jambes que j'avais étirées. Je ne dis rien. J'essaye de ne penser à rien. J'ai l'envie de m'écarter comme face à une pestiférée. Elle est si près de moi... Son pied touche même une de mes chevilles alors que je n'aurais qu'à serrer les jambes pour la capturer. La position reste des plus douteuses et j'hésite grandement à en rire ou à m'enfuir sous la répulsion. Les femmes et les choses intimes... se repoussent comme le plus et le moins, comme l'ombre et la lumière. Elles ne s'unissent pas, jamais. Oh, traitez-moi donc de pervers, mais avouez que la situation n'est pas sans quiproquos ! Enfin, il semblerait que je lui impose la même répugnance, vu la vivacité qu'elle met à vouloir se dégager. Et c'est avec le même élan que la table s'écrase joyeusement sur le haut de son crâne, arrachant à la demoiselle un juron qui me fait lever un sourcil sous la surprise. Une demoiselle tenir un tel langage ! Surprenant, ma foi. Enfin j'ai pu croiser des femmes bien plus vulgaires... Elle n'est pas encore ressortie et les regards se sont braqués sur nous.

Dignement, je toussote et je replie mes jambes, me redressant très légèrement sur ma chaise pour que l'on ne pense plus à quoi que ce soit de dérangeant. Pour l'aider, je recule un peu la table puis je me redresse pour la rejoindre de l'autre côté. Je me mords la lèvre. Allez, un petit effort Thimothy. Je serre les mâchoires et je tends péniblement la main vers elle. Mes doigts se déposent prudemment sur son épaule, un geste que j'esquisse à peine.

_ Tout va bien, mademoiselle ? Vous devriez vous redresser.
Et, sur ces mots, je lui offre de nouveau ma main pour l'aider à se relever sans se cogner.

_ Je pense me commander un thé. Vert, de préférence. Et vous ?
Je ne souris pas... J'ai toujours un peu de mal à sourire. Mais je préfère faire comme si rien n'était. Plus tard, il n'est pas dit que j'oublie cet incident... Il serait amusant de le lui redire, un soir, quand je serais au bar en sa compagnie..
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MessageSujet: Re: Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte   Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte EmptyLun 26 Aoû 2013 - 14:40


Je suis morte de honte. Vraiment. Je ne pourrais pas l’être plus qu’en cet instant si délicat où, encore une fois, ma maladresse m’a joué un mauvais tour. Pourtant, je ne suis pas une potiche qui se casse la figure toutes les heures, mais il y a des moments où je baisse la garde et voilà les conséquences... Je me retrouve sous une table, dans une position plus que délicate et je sens que les regards sont rivés vers ma petite personne. J’ai un mal de crâne qui monte lentement à cause du choc, mais je crois que ce n’est pas le pire dans toute cette histoire.
Je ne souhaite pas mettre le nez en dehors de sous cette table. J’envisage même d’en faire mon nouveau domicile... Du moins, jusqu’à temps que ces personnes disparaissent, mais je ne suis pas certaine que ce soit une très bonne idée. Je suis tellement ridicule. Mon Dieu, venez-moi en aide.

Je sens la présence de Thimothy à mes côtés. Ses doigts qui frôlent mon épaule, mais je n’ose pas faire le moindre mouvement. Je ne souhaite même pas que nos regards se croisent parce que je sens que je serai encore plus honteuse.
Néanmoins, j’attrape la main qu’il me tend et me redresse tant bien que mal. Je passe une main sur le haut de mon crâne et grimace légèrement. Je me suis vraiment fais mal. J’espère que ce n’est rien de trop grave, même si je peux dire que j’ai connu bien pire dans mon existence. Mais les douleurs restent toujours si réelles, si importantes que l’une en appelle une autre.

« Merci. » lui dis-je dans un murmure.
Son aide m’a été plus que précieuse. Je ne sais pas si, sans lui, j’aurai eu la force de me remettre sur mes deux jambes. Heureusement, elles me portent encore, j’en suis plutôt satisfaite.
« Je pense prendre un café. » j’ajoute dans un mince sourire, sans que mon regard ne croise le sien.
Je ne suis pas encore prête. En fait, je crains d’y lire de la moquerie ou que sais-je encore et je ne suis pas sûre d’être encore très à l’aise après cette scène plus que stupide dans laquelle je me suis mise. Je suis bien trop souvent, l’actrice principale de mes mésaventures.

Je respire un grand coup. Je lâche sa main et attrape ma chaise. Doucement, sans être trop pressée, e la pose juste devant la table et m’assoit délicatement. Une fois certaine que mes fesses soient contre le bois, un soupir m’échappe.
Je réalise vraiment que je me fatigue continuellement à cause de mes âneries. Lorsque ce ne sont pas les souvenirs qui me rendent nerveuses, ce sont mes bêtises qui sont, certes involontaires, mais qui me causent des problèmes. Je vois bien du coin de l’œil que les gens regardent encore dans notre direction et je ne suis pas du tout à l’aise avec cela.

« Je suis vraiment, mais vraiment navrée de cette scène monstrueusement gênante. » dis-je malgré tout.
Je relève seulement mon visage vers le sien. Je dois encore être rouge de honte et j’espère que cela passera rapidement parce que cela ne m’arrange pas franchement d’être ainsi. Je me donne l’impression d’être une gamine prise en faute qui ressent le besoin de présenter ses excuses. Et dans le fond, je pense qu’elles sont méritées... À cause de moi, les gens regardent également dans sa direction et il n’a pas à être le centre d’attention de mes maladresses.

« D’habitude, je me comporte beaucoup mieux en publique. » j’ajoute dans un petit rire.
Je tente tant bien que mal de dédramatiser la situation – surtout pour moi. Parce que je ne me vois pas être comme ça tout le reste de la soirée en sa compagnie. Il faut que je me calme, que je remette mes idées en place et que j’oublie cette scène terrible. Je lance des regards aux gens ; cela fonctionne toujours, ils détournent le regard, comme si, eux aussi, avaient été pris en faute.
Je pense qu’au bout d’un certain moment, il faut que les gens cessent d’être si cons et énervants. Ça va, ils en verront d’autres, des jeunes femmes qui se cassent la figure et qui ne tiennent pas sur leurs jambes. Je ne suis quand même pas un cas unique.

« Alors, hum, qui avez-vous perdu ? » je demande, histoire que l’on se remette dans la conversation.
Je n’ai pas oublié ce qu’il m’a dit un peu plus tôt et oui, cela m’intrigue. Tout m’intrigue en cet homme, cela en devient presque déroutant. J’ai tellement envie d’en apprendre plus sur lui, de tout connaître de sa vie. Il me fascine. Et je ne sais pas franchement si cette fascination est très saine ou si elle devrait être mise de côté, pour mon propre bien.
En même temps, mon bien passe toujours après celui des autres ou bien après mes idées tordues. Je sais que j’ai besoin de sa présence dans ma vie et je sais aussi que cela n’est pas forcément une bonne idée. Mais depuis quand suis-je sensée être celle qui prend les bonnes décisions ?
« Oh, vous n’avez peut-être pas envie que l’on en parle. Je suis désolée. Je pose des questions stupides. » dis-je avant de mordre ma lèvre inférieure.
Après tout, il doit être comme tout le monde : se souvenir d’un être cher disparu est trop douloureux.

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MessageSujet: Re: Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte   Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte EmptyMar 10 Sep 2013 - 21:46


Sa main attrape la mienne. Une main tout en finesse, dont j'admire la manucure un court instant. Ses mains ne semblent avoir rien d'exceptionnel pourtant... Mais j'aime la finesse qu'elles affichent, le discret amincissement entre deux phalanges de son doigt, ses ongles quelque peu abîmés par le travail. Je sens la force de son étreinte, la poigne de sa main, alors qu'elle s'appuie à mes doigts pour se redresser. Ma main est plus longue, plus massive aussi, résiste sans la moindre difficulté à la pression de sa main. Ce court contact suffit à ce qu'un discret soupir franchisse mes lèvres. Ce n'est pas du désir, non, pas celui que l'on croit. Un bien plus malsain. Un où je l'imagine lutter, peiner alors que je la plaquerai contre un mur ou à même le sol, se débattre comme une biche alors que, tel un loup, je chercherai sa gorge pour y planter mes ongles. Non pas pour la tuer, non. Mais pour la sentir s'agiter, se tordre, sentir sa vie et sa rage pulser dans tout ce corps si faible, une fougue brutale et qui, pourtant, serait sous ma domination, prisonnière de ma supériorité. Oh, Ninel... Bénis la conscience qui reste en lambeaux dans mon esprit, bénis cette pitié que j'aie, cette pitié qui m'empêche de te faire du mal. Pourquoi toi ? Pourquoi toi, pauvre gamine à l'existence malheureuse ? Pourquoi faut-il que ma folie se dirige vers toi, pourquoi faut-il que je rêve de te soumettre en usant de la force, pourquoi suis-je hanté par l'idée de te briser ? De te voir ployer et t'effondrer, de voir ton si ravissant minois se tordre en une grimace affreuse où les larmes dégoulineraient comme le pus suinte d'une plaie ?

Je ravale ma salive et j'avance mon autre main pour délicatement la placer sous ton coude et t'aider à te redresser pour de bon sur tes jambes malingres. Tu trembles. Tu ne dois pas remarquer mon regard à cet instant... Et j'en remercie Dieu. Du haut de ma grande taille, je te fixe du coin de mes yeux, une curieuse crispation au niveau des mâchoires. J'ai envie de glisser mes doigts dans ta douce crinière farouche. De l'empoigner à pleines mains, de redresser ton visage vers moi. Et lentement te forcer à t'agenouiller... Me mettre une balle en pleine tête ne m'a pas épargné. Ma raison s'en trouve altérée. Ma haine, ma jalousie envers les femmes, me pousse petit à petit à trouver un bouc émissaire, une victime expiatoire pour toutes les autres femmes, une martyr sur laquelle je déverserai toute ma haine... Cependant, je me retiens, je ravale tout ce déluge de sentiments, je les stockes dans un coin de mon esprit pour les oublier, pour ne plus y penser. Pour être hors d'atteinte. Mais plus le temps passe, plus ces idées s'entassent, au point d'en pourrir, d'en souiller non pas seulement mes rêves ou ma conscience, mais aussi, mon âme... La tâchant d'un dégoût et d'un mépris pour l'existence féminine qu'aucun mot, qu'aucune musique ne parviendrait à exprimer.

Le simple murmure de la demoiselle me fait avoir une curieuse chair de poule. Encore maître de moi-même, je la relâche en douceur, après m'être assuré qu'elle parvienne à se tenir debout, et j'ai un léger pas de recul. Lentement, en un geste mesuré, bien droit comme à mon habitude, je croise mes bras dans mon dos. Une de mes mains attrape le poignet de l'autre. Et je serre. Je le serre comme je rêvassai de serrer sa gorge à l'apparence si douce, ou la moindre parole fait vibrer ses cordes vocales. Les sentirais-je frémir au contact de mon derme, si jamais j'y apposais ma main ? Comme une harpe frissonne quand on l'effleure... La vision me fait fermer à demi les yeux, alors que j'en oublie pour quelques instants ceux qui nous entourent. J'écoute encore sa voix. Oh, cette voix si légère, si agréable à mon oreille... J'apprécie ses murmures, comparables à ceux de la mort en personne. Une voix envoûtante, une voix innocente, emplie de naïveté, et qui, pourtant, cherche à me faire commettre de bien vilaines choses. Ninel, sais-tu ce que tu fais ? Sais-tu quel effet tu produis en moi ? Hm, ce doit être un jeu de ton inconscient. Prends-tu plaisir à être une victime ? À être soumise ? À te débattre, toi aussi ? Peut-être te sens-tu plus vivante ? Peut-être partages-tu ce que je ressens ? Oh, comme j'aimerais un jour pouvoir aborder ce sujet avec toi... Mais mon éducation me retient fermement. Mon cœur, aussi.
Non... Je n'ai jamais été violent envers une femme, ce ne doit pas commencer. Je ne suis pas un homme qui apprécie la souffrance des autres, au contraire, je l'ai même toujours ignorée jusqu'à présent ! Alors pourquoi avec toi... Est-ce si différent ?


_ Ne vous inquiétez pas, Ninel, j'assure de ma voix grave tout en la couvant du regard. Je lui offre un de mes rares petits sourires, un sourire curieusement affectueux, [size=13]Tout va bien.
Ces trois derniers mots ont pris le temps d'étirer leur syllabe le long du fil de ma voix calme, sereine et assurée. Je n'en ai que faire des autres. Ce ne sont que des instruments de musique abandonnés ici et là. Ninel n'est autre que ma harpe. Et je ressens une curieuse excitation à l'idée... D'être celui qui en caresse et en effleure les cordes, d'être celui qui l'anime et lui donne vie, d'être celui qui la rend exceptionnelle parmi tous ces instruments vides, ces êtres qui n'attendent qu'un dominant pour les exploiter. Non, non, chasse ces idées salaces, ces idées saugrenues, Thimothy. Décidément, le suicide n'aide pas à la santé mentale. J'ai un petit signe de main pour alerter le serveur et je m'installe de nouveau à table. Je croise mes jambes et repose mes coudes sur la table, entremêlant mes doigts. Mes yeux ne la quittent plus, cette fois-ci. Le serveur vient à notre rencontre et se penche pour prendre notre commande.
_ Bonsoir, Mademoiselle, Monsieur... Les chaises sont taquines, ici, surtout face aux belles demoiselles.
Je serre discrètement les lèvres. Ces soi-disant « dragueurs » à deux francs six sous me font tout simplement horreur.

_ En ce qu'il me concerne, c'est mon porte-monnaie qui est assez taquin. Si vous ne voulez pas perdre deux clients définitivement, je vous conseille de faire votre travail rapidement et de laisser votre langue dans votre poche avant qu'on ne vous l'arrache.
J'ai parlé sur un ton plus rapide qu'à l'accoutumée, à voix basse cependant, mais l'homme m'a bien entendu et je pense qu'il en est de même pour Ninel. Ce court instant de colère passé, je retrouve ma sérénité apparente et je commande :

_ Un café et un thé vert, je vous prie.
L'homme, mal à l'aise, disparaît assez rapidement. Je regarde de nouveau en direction de Ninel et je soupire un peu.

_ Veuillez me pardonner, mais j'ai du mal à tolérer ce genre de remarques intrusives.
Je prends une serviette posée sur la table et je commence à marquer les plis avec application. Qui j'ai perdu ? Mes yeux se baissent sur le papier que je manipule et je manque de le froisser. Malgré moi, j'ai un petit tic du coin des mâchoires.

_ Un homme... Pour lequel j'avais beaucoup d'affection.
À ces mots, mes yeux clairs se lèvent vers les siens. Mes prunelles délavées ne sont pas mouillées : elles ont déjà versé trop de larmes. Un court instant, je dévoile quelques secondes le certain désespoir qui me hante. Celui d'être revenu... Pour rien. De ne jamais le retrouver. De ne jamais pouvoir l'aimer. D'être condamné à vivre chaque jour, à le voir avec cette femme, à le voir avec ses enfants peut-être. Peut-être est-ce cela, l'enfer. Peut-être suis-je bel et bien mort et que je ne suis là... Que pour le voir heureux sans moi. Je baisse les yeux. Je ne la regarde plus. Je cherche à cacher de nouveau cette tristesse, à rabattre le voile pour qu'elle ne puisse plus deviner ce désespoir qui m’étouffe. Je n'ai pas besoin de sa pitié. Et je retrouve mon masque imperturbable de nouveau.

_ Et vous, comment vous sentez-vous ? Souffrez-vous encore ?
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MessageSujet: Re: Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte   Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte EmptyDim 22 Sep 2013 - 12:53


La remarque du serveur me tire un haussement d’épaules alors que je ne le regarde même pas ; je ne supporte clairement pas ce genre de choses. Je réalise que, peu importe que je sois la serveuse ou la cliente, les hommes se permettent de faire des réflexions, comme si tout cela était normal. Ils ne pensent pas une seule seconde que l’on ne souhaite pas entendre ce genre de conneries, que l’on n’a pas envie d’être importunée de cette manière. J’aurai bien envie de lui dire ce que j’en pense, mais je me tais parce qu’inconsciemment, je pense à William. Et je sais que lui, suite à cette remarque, il aurait été bien moins calme et aurait sans doute eu envie de faire la peau à ce type. Il aurait été comme fou, il aurait eu envie de lui mettre des coups, de lui faire comprendre que personne n’a le droit de poser les yeux sur ma petite personne. Ensuite, il aurait prit nos affaires, il m’aurait prit par la main et m’aurait traîné de force jusque dans la rue, il aurait marché trop rapidement et une fois chez nous, sa rage aurait explosée. Et bien évidemment, elle aurait été dirigée contre moi. Comme à chaque fois.

Mais il n’est plus là. Il ne me fera aucun mal et il faut que je me débrouille avec mes propres armes. Généralement, je remballe rapidement les gars avec une bonne dose de cynisme, mais je n’ai pas le temps de dire quoique ce soit que Thimothy prend la parole et remet le serveur à sa place ; cela me fait doucement sourire tant l’autre paraît mal à l’aise. Il prend notre commande et disparaît bien rapidement. Je secoue la tête de droite à gauche : il est pathétique.
« Ne vous excusez pas, vous venez de me rendre un énorme service en le remettant à sa place de cette manière. » dis-je dans un mince sourire.
Parfois, j’ai vraiment cette impression qu’il y a une inscription sur mon front qui ferait croire aux hommes que je suis disponible et prête à accepter toutes les propositions. Mon Dieu, n’ont-ils rien d’autre à faire de leurs existences à part être lourd envers les femmes ? J’en regretterait presque l’époque où je n’avais que très peu le droit de quitter notre appartement...

Aussi, il m’annonce peu après qu’il a perdu un homme pour qui il avait une grande affection. Je peux lire sa souffrance et bizarrement, je me sens très mal pour lui. Je sais ce que l’on ressent dans une situation comme celle-ci. Je sais le mal qui ronge ensuite notre âme et qui ne disparaît jamais. Même si William me faisait du mal, même s’il se montrait plus que violent, je l’aimais énormément et je ne voulais pas que notre histoire se termine si brusquement. Je ne voulais pas qu’il disparaisse, je ne voulais pas qu’il meurt de cette manière. J’aurai aimé qu’il ait une chance d’être une personne meilleure, qu’il se soigne, qu’il fasse quelque chose de bien. Malheureusement, cela n’aura jamais lieu.
Sa question me prend par surprise ; j’en ai même un petit sursaut tant j’étais perdue dans mes pensées. Je le regarde quelques secondes et réalise qu’il est de nouveau lui-même, comme si la souffrance n’avait jamais traversée son regard. Je le quitte des yeux et regarde un peu partout ; les gens discutent et semblent avoir oublié ma petite scène de tout à l’heure – tant mieux, dans un sens !

Je me demande toujours comment les gens font pour être si heureux alors que je souffre continuellement. Comment font-ils pour vivre après des épreuves difficiles ? Ont-ils besoin de temps ? Ont-ils un secret qui pourrait permettre à la souffrance de disparaître plus rapidement ? Ou bien, cachent-ils simplement ce qu’ils ressentent ? Je n’en sais franchement rien, mais cela m’intrigue. Je sais que moi, je cache très bien mes émotions lorsque je garde le contrôle, mais lorsque je le perds, je ne filtre plus rien et tout peut se lire sur mon visage ou dans mes yeux. On peut vraiment lire en moi comme un livre ouvert et c’est assez déplaisant.
« Oui, je souffre encore. » dis-je dans un souffle.
Inutile que je lui balance un mensonge comme quoi je vais très bien, que je suis très heureuse, que j’aime le chant des oiseaux et tout un tas de conneries parce que franchement, vu la tête que je fais actuellement, personne n’irait me croire sur parole.

« Je ne m’attendais pas à ce qu’il disparaisse si brutalement... Cela ne fait même pas une année. » j’ajoute en croisant les bras contre ma poitrine.
Merde. Je ne pensais pas que ça me ferait autant de mal de le dire de cette façon. Je ne pensais pas que j’allais être aussi mal en pensant à William, à son enterrement et à notre vie à deux, tout simplement. Même si il n’était pas l’homme le plus parfait de ce monde, il était l’homme que j’aimais. L’homme qui me rendait heureuse dans les premiers mois de notre relation et même entre deux crises, il savait être gentil, il savait être doux... Mais je sais à présent qu’il faisait cela dans le seul et unique but que je ne le quitte pas – de toute façon, j’en étais incapable.
« Enfin... Parfois, cela peut être un mal pour un bien. » dis-je dans un murmure.
Je me dis qu’il aurait fini par me faire la peau, j’en suis certaine. Il ne connaissait pas ses limites, il ne mesurait pas sa force et je sais qu’à un moment ou à un autre, c’est moi qu’on aurait foutu sous terre. Et parfois, j’en viens à la conclusion que cela n’aurait pas été plus mal...

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MessageSujet: Re: Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte   Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte EmptyMar 8 Oct 2013 - 7:44


Elle sursaute.
Nerveusement. Comme un animal craintif. Comme un oiseau qui aurait aimé s'envoler mais dont les ailes sont prisonnières d'un carcan. Oh, ne t'en vas pas, Ninel. Pas de suite. Je retiens un sourire, un rictus de prédateur. Ne t'en vas pas. Pourquoi donc ? Car j'aime ton être, j'aime ce qu'il m'évoque. En un de tes sourires, en un geste plus ou moins discret, tu fais frémir de vieilles cordes en moi. Tu es comme une colombe aux ailes brisées. Tu t'avances, par petits piaillements, par petits sautillements. À essayer vainement d'agiter tes membres à présent vains. Tu ne pourras plus voler, Ninel. Plus comme avant. Et moi, je te regarde. Tel un chat. Je me pourlèche les babines, je suis ta progression difficile, je te charme par mon regard et mes manières. Me demandant jusqu'à quel jour je parviendrais à aller contre mon appétit. À me demander quand est-ce que je finirai par craquer pour me jeter à ton cou et le briser d'un coup de mâchoires. Tu dégages une si poignante pureté... Qu'elle renforce mes zones d'ombres. Elle les rend plus réelles, plus préoccupantes, plus présentes. Mais je les dissimule par mon regard franc, par mon attention, par mes gestes tout en délicatesse. J'espère que ce jeu durera. J'espère que ma lutte interne ne cessera pas. J'y trouve un plaisir saisissant. Comme lorsque l'on marche le long d'un toit et que l'on peut tomber d'un instant à l'autre. Ma conscience ressent ce vertige, face à ce gouffre où s'enfoncent et grouillent tous mes démons, des pensées hideuses, affreuses, qui se terrent au fond de mon âme et qui n'attendent que de la ronger toute entière.

J'ignore encore qui est cet homme, je crois que tu ne m'as même jamais parlé de ce William... Mais peut-être lui ressemblais-je. Peut-être un jour, tu m'aideras à être quelqu'un de « meilleur ». Ou tu ne feras que m'enfoncer dans ma folie. Je suis un funambule. Mais je n'ai rien pour maintenir mon équilibre. Mon suicide n'a fait qu’aggraver ce phénomène. Je vois bien un psychologue mais... Elle est aussi utile qu'un harmonica bouché. Hm, mais je devrais peut-être parler à Ninel de cette dame. Non, non, elle pense plus à son vernis qu'à prendre soin de ses clients, ce serait une perte de temps et d'argent totalement sans utilité pour la jeune serveuse.
Mais ce regain de civilité est vite effacé par la brutale détresse qui éclate sur ses traits. Parfois, lorsque l'on se blesse, le sang gicle. Il doit en être de même pour son âme. Son cœur blessé a libéré ce désespoir soudain. Il dévore son sourire et n'en laisse que des miettes ; il la vide de son sang au point où ses joues quelque peu rouges ont perdu toute couleur à présent ; comme morts, ses yeux se sont éteints. Elle croise les bras sur sa poitrine. Comme pour réchauffer son cœur glacé ou le protéger d'une autre attaque que je pourrais lui porter. Sa voix n'est plus la même, ne suit plus le même rythme, mais préfère celui bien plus calme d'un malheur latent. Elle perd ses petits accents de joie, de vie, qui percent de temps en temps, ces petites accroches qui me prêtaient à sourire. Sa dernière phrase, cependant, finit de m'alerter.

Je ne sais pas vraiment ce qu'il me prend, à cet instant. Je crois que j'ai pensé... à Benedict, quelques instants. À Sa souffrance quand il m'a perdu. Quand il m'a retrouvé avec la boîte crânienne éclatée. Quand il a dû vivre quelques années sans moi. Sans avoir prévu ma disparition, sans même y avoir pensé. J'étais le plus jeune d'entre nous et j'étais bien connu pour ne jamais baisser les bras. Sauf cette fois-ci. Comment a pu mourir cet homme, son homme ? Oui, cela se devine aisément. Il lui a arraché un morceau par son départ. Lui aurait-il aussi brisé les ailes ? Et finalement, je tends la main vers son visage. Du dos de mes longs doigts fins, j'effleure doucement la joue de la demoiselle, cette joue nacrée où j'espère que le rouge reviendra fleurir comme les fleurs de pavot percent le linceul neigeux. Mes doigts s'égarent, replaçant une de ses mèches brunes derrière son oreille, pour dévoiler ses yeux, les miroirs de l'âme comme a pu dire un grand philosophe. En fin de compte, je dépose ma main sur une de ses frêles épaules et je la serre très légèrement en un geste de soutien.

_ Si jamais vous avez besoin d'en parler, mademoiselle... N'hésitez pas. Cela ne me dérangera pas, je lui murmure. Ma voix est lente, mesure chaque mot, la moindre des syllabes que je prononce. Je sens que nous nous égarons dans un champ plus intime... Et apercevoir une de ses blessures m'a donné l'envie d'en savoir plus.
_ Mais ne vous forcez pas non plus si vous n'en avez pas l'envie, vous êtes libre, je rajoute en relâchant son épaule. On finit par nous apporter notre commande et je paye sans un regard le serveur, prenant ensuite ma tasse entre mes doigts pour la garder contre mon ventre en un vieux réflexe pour me réchauffer un peu.
_ Les gens sont un peu comparables à de la nourriture. Prenez un beignet par exemple : c'est délicieux mais bien mauvais pour notre ligne ! Certaines personnes y sont semblables : elles sont agréables un temps mais ne tardent pas à gonfler notre cœur de tristesse, comme les beignets nous gonflent le ventre, j'ajoute dans une tentative de plaisanterie, lui offrant un sourire un peu plus espiègle. J'ai pensé à Benedict, de nouveau. À son amour pour les pâtisseries...
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MessageSujet: Re: Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte   Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte EmptyVen 18 Oct 2013 - 13:40


Je vois sa main qui se rapproche de mon visage et pendant un instant, j’ai cette crainte qu’il me fasse du mal. De fait, lorsque je sens ses doigts contre ma joue, je ferme un instant les yeux pour que son visage ne change pas dans mes pensées. Je ne veux pas que les traits de mon défunt fiancé prennent ceux de Thimothy. Je ne veux pas être de nouveau trop craintive alors que je pense l’être déjà bien assez. Mais il n’est pas facile de faire comme si je n’avais rien vécu et comme si ces gestes pouvaient n’être que rassurant. Je garde les yeux clos tout le temps que sa main reste proche de mon visage, même lorsqu’il replace quelques mèches de mes cheveux derrière mon oreille ; je n’ai pas franchement l’habitude que l’on agisse de cette manière avec moi. Je reprends seulement le contrôle lorsque je sens sa main contre mes épaules et seulement, j’ouvre les yeux et le regarde, sourire aux lèvres.

Dois-je vraiment lui dire ce que j’ai vécu ces dernières années ? Dois-je vraiment mettre des mots sur ces souffrances alors que je ne le fais jamais ? Je n’en sais trop rien. Je ne veux pas prendre le risque de fondre en larmes et paraître encore plus ridicule - entre ma chute et une crise de larmes, les gens pourraient croire à un spectacle. Il est vrai que je devrais probablement être un peu plus courageuse et mettre un prénom sur mes démons, mais je ne m’en sens pas toujours capable. Pourtant, je sais que l’ombre de William plane toujours au dessus de ma tête, mais parfois, je parviens à me convaincre qu’elle n’est pas là et que ce n’est que le fruit de mon imagination. Souvent, j’espère perdre la mémoire de ces dernières années... Cela rendrait ma vie plus agréable.

Une fois notre commande servi, je prends le morceau de sucre que je glisse dans ma tasse avant de prendre la cuillère et tourner lentement. Je me perds un peu trop facilement dans mes pensées, mais heureusement que la voix de Thimothy me ramène dans le monde réel. Sa comparaison me fait doucement sourire, même si je pense aux autres effets néfastes que peuvent avoir les gens sur nous.

« Et malheureusement, parfois, cela laisse des traces bien plus profondes. » dis-je en pensant aux marques qui se trouvent dans mon dos et cette cicatrice au niveau de ma hanche.

Un soupir m’échappe tandis que je m’amuse à faire tourner la cuillère entre mes doigts fins. Il faut que je m’occupe sous risque de devenir folle à force de toujours penser à ces mêmes scènes qui ne disparaissent jamais de ma mémoire. Cette torture ne cessera donc jamais ? Suis-je condamnée à vivre ainsi jusqu’à la fin de mon existence ? Pourquoi est-il toujours aussi présent dans ma vie alors qu’il n’est plus de ce monde ? Je voudrais que cela cesse.

« Mais vous savez, le plus étrange dans tout cela c’est que, même si on sait que c’est vraiment mauvais, on continue d’en manger, tout comme on continue de fréquenter ces personnes. » j’ajoute en faisant la moue.

Je savais que William était mauvais, mais cela ne m’empêchait pas d’être toujours à ses côtés parce que je ne savais pas faire autrement. À croire que j’étais un peu masochiste, tiens.

« Du moins, c’est comme ça que je fonctionne... Il y a probablement quelque chose qui cloche chez moi. » dis-je en haussant les épaules.

J’en suis même convaincue. Je ne peux pas être normale alors que je me comporte de cette manière. Il faudrait certainement que je consulte, cela ne pourrait pas me faire du mal, mais je n’ai aucune confiance envers les psychologues ou les psychiatres.

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MessageSujet: Re: Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte   Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte EmptyMar 29 Oct 2013 - 22:16


Mes yeux se lèvent vers les siens. Mes prunelles d'un bleu clair, cerné de couleurs plus sombres, cherchent à capturer les siennes. Je l'écoute, me préoccupe du moindre petit silence qu'elle peut s'autoriser. Son visage est si émotif... De même que sa voix. À moins que je n'y sois bien trop sensible ? L'enchantement devrait pourtant s'évanouir. Le temps efface les petits miracles du quotidien, la maturité efface les joies innocentes de l'enfance ou même ses envies de voir de la magie là où la science a déjà résolu tous mystères. J'ai envie d'être cet enfant. D'être cet esprit naïf qui apprend à la découvrir, à s'extasier du plus petit sentiment qui éclot dans ses yeux ou au bout de ses lèvres. Les femmes m'ont toujours semblé si vulgaires, à déborder de sentiments au point d'en être vulgaires, à déballer leur tristesse à gros sanglots, à gémir bruyamment leur peine, ou encore, en éclatant d'un rire brutal, en affichant leur bonheur sans aucune distinction. La Femme a perdu depuis longtemps toute valeur artistique à mes yeux, et leur débauche émotionnelle y est entièrement responsable, de même que leurs formes qui apportent un relief faussement harmonieux à leur carcasse.

Mais elle est si différente. En ma compagnie, elle fait preuve d'une délicatesse que je pensais évanouie depuis des siècles. Une douceur bien trop souvent éphémère, mais qui persiste pourtant chez elle, comme la neige luminescente peut subsister malgré la boue qui la cerne. Ninel n'a rien d'une naïveté écœurante, loin de là. Elle a souffert, cela se perçoit dans ses plus petits gestes, comme ces légers gestes de recul quand je l'effleure. Elle sait ce qu'est la douleur. Mais elle ne la livre pas comme ces satanées charcutières qui vous balancent au visage leur souffrance comme elles pourraient vous servir une pièce de viande saignante. Elle me la laisse comprendre, elle me la fait ressentir, par de petits mots, de rapides œillades qu'elle m'offre. L'envie de prendre une feuille et d'y rédiger quelques notes commence à devenir pressante. Elle m'inspire. Elle créé en moi tant de choses. Je ne la vois pas comme une femme, non. Mais comme une Muse. Comme une source pour ma création assoiffée.

Pour la première fois, j'ai même l'envie de venir en aide à cette jeune femme. J'ai l'envie de me rapprocher d'elle. De passer des soirées avec elle. Non, je n'en tombe pas amoureux..Mais j'ai l'espoir que nous puissions être amis un jour. Si Benedict m'entendait, il écarquillerait les yeux et en ferait tomber sa tasse de thé. Serait-il jaloux ? Peut-être. Il n'en croirait pas ses oreilles et en viendrait à me demander d'aller chez le médecin pour s'assurer que tout va bien. Ses dernières phrases me font discrètement frémir ; j'en ai la chair de poule. On continue de fréquenter ces personnes. Oui. On continue. Comme j'ai pu continuer de me rendre aux bars pour me battre, comme j'ai pu continuer à m'approcher des femmes alors qu'elles me répugnent. Je tends une de mes mains, très doucement, cueillant ses doigts du bout des miens pour finalement doucement les serrer. En un geste affectueux. Mes yeux ne quittent pas les siens, mais aucun désir douteux n'y luit. Elle peut y lire le respect que j'ai pour elle, une affection innocente, dénuée de toutes ces envies malsaines que dégueulent les regards masculins quand ils se posent sur elle. J'ai envie... d'être son ami. De lui partager.. Ce chaos qui vit en moi. Partager sa sensation, lui offrir les miennes comme elle sait me faire ressentir les siennes.


_ Dans ce cas, nous présentons tous les deux le même dysfonctionnement, je reprends de ma voix grave et douce, avant que je ne baisse légèrement le regard. Un petit silence, avant que je ne me décide à relancer le cours de mes pensées.
_ J'ai trouvé un échappatoire dans la musique. L'écrire, l'écouter, la jouer... Tout cela me libère... De ce qui me pèse. Cela m'aide à accepter certaines choses. Pourtant... Tant d'autres me restent mystérieuses.
J'avale une gorgée de ma boisson comme pour me donner du courage.

_ Vous, par exemple. J'ai toujours... détesté les femmes. Pour tout ce qu'elles ont pu me faire. Pour tout ce qu'elles sont. Cette haine a mis du temps à éclore, mais... Elle est profondément ancrée en moi à présent.
Je cherche de nouveau son regard.

_ Mais vous êtes la première... Dont j'apprécie la compagnie. Ne prenez pas peur... Mon cœur est déjà pris et je ne cherche pas à vous séduire, j'ai besoin de préciser dans un sourire, Mais. Vous êtes différente de toutes celles... Que j'ai pu rencontrer jusqu'à présent. Vous n'êtes pas obligée de me parler de vous si vous n'en avez pas envie, vous n'êtes pas obligée de me dire ce qui a pu vous arriver. Mais je serais là si vous avez besoin... de quelqu'un. Pour simplement discuter. De tout, de rien, ou de choses qui vous soucient. En échange, eh bien. Je vous demanderai simplement de garder le silence au sujet... de toutes les choses que j'aurais pu vous dire.
Je lui souris et prends un stylo pour écrire mon numéro de portable sur un bout de serviette et le glisser vers elle.

_ Si vous refusez, ne vous en faîtes pas, je ne le prendrai pas mal.
Mon cœur bat plus vite. Je n'ai jamais cherché... à me faire des amis. Surtout... une amie en fait. Bon sang, cette balle que j'aie pu me tirer dans la tête m'a sérieusement chamboulé.
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MessageSujet: Re: Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte   Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte EmptyVen 15 Nov 2013 - 14:32


J’ancre mon regard dans le sien au moment où ses doigts serrent les miens. Pour une fois, je n’ai aucun mouvement de recul et je ne prends pas peur. Je peux lire dans ses yeux qu’il ne me veut aucun mal. Je ne me confie pas facilement et lorsque je le fais, je ne dis jamais les choses clairement. Je laisse les autres interpréter mes propos comme ils le veulent, mais je ne confirme jamais. Parfois, je me dis que je ressemble à la victime idéale, à la proie que l’on attaque et qui ne se défend jamais parce que trop faible et trop sensible. Je voudrais être plus forte. Je voudrais que mon cœur ne souffre plus. Je voudrais que mes pensées soient plus joyeuses, plus douces, plus tendres. J’aimerai aussi ne plus m’en vouloir. Ne plus me faire souffrir moi-même de toutes ces années où j’ai laissé un homme prendre le pouvoir. Je m’en veux tellement d’avoir été aussi stupide. Mais étrangement, je n’arrive pas à regretter ces longues années aux côtés de William. Je ne parviens même plus à me comprendre.

Les mots de Thimothy me réconfortent et m’apaisent légèrement. Je saisis parfaitement ce qu’il me dit. La musique m’aide également. Elle m’est précieuse. Lorsque j’écoute une mélodie que j’affectionne tout particulièrement, je m’évade de ce monde et je me sens déjà mieux, comme si plus rien n’avait d’importance, comme si plus rien ne comptait. Mais je regrette sans cesse le fait qu’elles se terminent trop rapidement.

Lorsqu’il me dit qu’il a toujours détesté les femmes, je fronce les sourcils. Bien évidemment, je me demande quelles sont les raisons de cette haine ancrée en lui. Une femme lui a-t-elle fait du mal ? A-t-il été brisé à cause d’une créature perfide ? Mais ce qui me touche est sa révélation suivante ; je suis la première dont il apprécie la compagnie. Un mince sourire étire mes lèvres alors que je baisse les yeux, un peu rougissante. Je ne suis pas de celles qui recherchent à tout prix les compliments ou qui aiment entendre de belles choses ; cela me met souvent mal à l’aise. Mais là, je suis simplement émue qu’il me le dise.

Je le vois qui note son numéro de téléphone sur un morceau de serviette. Je le regarde quelques secondes et finalement, je le prends avant de le glisser dans la poche de ma veste.

« Merci. », dis-je simplement.

Ce n’est pas tous les jours qu’un homme m’apprend qu’il hait profondément les femmes et m’annonce ensuite que je suis la seule qui fait office d’exception.

« Et ne craignez rien, je ne suis pas le genre de personne qui raconte les confidences de chacun à qui veut bien les entendre. », ajouté-je dans un petit sourire.

Je garde toujours tout pour moi. Lorsqu’une personne me fait confiance, j’estime que c’est très important de faire en sorte de ne jamais la trahir. De fait, lorsqu’on me confie des choses, je ne les répète jamais. À personne. C’est le principe même du secret. Et si certaines femmes ne sont pas capables de les tenir, moi, je sais parfaitement le faire. De toute façon, on ne peut pas dire que je côtoie beaucoup de femmes, alors...

« Vous savez, c’est étrange... Je ne sais pas ce que les femmes vous ont fait, mais je me demande malgré tout comment vous faites pour les haïr... Moi... J’ai eu la preuve que les hommes peuvent être des monstres... Je n’arrête pas de me dire que je devrai les haïr de toutes mes forces, mais j’en suis incapable... Dans mon entourage, il y a majoritairement que des hommes. », avoué-je en plissant le nez.

C’est que franchement, quelque chose cloche vraiment chez moi. Je suis incapable de me tenir loin des hommes trop longtemps. Ils m’attirent. Ils m’effraient. Et cette crainte me pousse toujours un peu plus à les affronter. Comme si cela pouvait changer le passé. Alors que franchement, rien ne changera jamais... Ce qui est fait ne peut se défaire.

« Et que vouliez-vous dire par "pour tout ce qu’elles sont" ? », demandé-je finalement.

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MessageSujet: Re: Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte   Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte EmptyMer 4 Déc 2013 - 9:09


Je suis presque surpris du contact de ses doigts. Ils sont chauds, doux. Emplis de vie. Pas comme les miens... Ils sont glacés, la peau sur mes os leur donne un aspect comparable à celui de serres. Je suis mort. Cette réalité m'est toujours rappelée par de petits détails, des choses insignifiantes auxquelles je n'aurais jamais cru faire attention. Je caresse sa peau du bout de mon pouce, et je retiens un frisson. Ninel est comparable à une de ces musiques que l'on ne peut pas s'empêcher de ressasser, d'écouter en boucle, sans l'arrêter. Pour en capturer tous les détails, toutes les émotions fugaces qu'elle nous fait ressentir. Je la regarde froncer les sourcils, j'aperçois presque ses pensées se mouvoir derrière ses prunelles claires ; mais voilà qu'elle baisse déjà les yeux, comme pour pudiquement se dissimuler. Un mince sourire s'étire sur ses lèvres, éclaircit son fin visage, ce visage où émane une certaine innocence que je n'ai jamais possédée. Une certaine souffrance dans laquelle, pourtant, j'ai la sensation de me reconnaître. À quoi fait-elle écho en moi ? Je me sens parfois comme Narcisse, comme cet homme qui cherche son reflet, qui se recherche, et tous ceux qui m'alertent éveillent un sentiment particulier ou des souvenirs oubliés dans lesquels j'aime me plonger. Mais, après tout, ne sommes donc pas tous ainsi ?

Que puis je bien rappeler à Ninel ? Curieusement, je n'ai pas besoin de me creuser la tête bien longtemps. Son amant ? Ou peut-être... Elle-même, d'un certain côté. Amusant. Si on m'avait dit que je réussirais à me sentir dans cet état de sérénité en compagnie d'une demoiselle, j'aurais ris aux éclats. Ou je me serais contenté d'un regard de mépris à l'encontre de l'imbécile qui aurait osé profaner une telle imbécillité. Et pourtant, elle sait aussi agiter toutes ces choses que j'essaye de noyer. Le simple souvenir de ma mort, par exemple. Curieusement, je me prends à redouter à ce qu'elle refuse mon numéro. Si elle ne l'avait pas souhaité, j'aurais été vexé. Je m'abaisse à lui proposer mon aide et elle aurait craché dessus. Mais non. Elle le prend, le glisse même dans sa poche. Son remerciement me fait esquisser un très léger sourire, d'un coin de mes lèvres, ce qui équivaut à un haussement d'épaules pour d'autres. Je lui ai mentie, il faut croire. Quoi que. Je ne lui aurais probablement pas montrée quelle aurait été ma peine face à son refus. Comme j'en ai l'habitude. Benedict me disputait souvent pour cela. Et c'est peut être à cause de cette même raison que la fois où j'ai pu craquer, je n'ai pas fait semblant.

Lorsqu'elle reprend la parole, j'ai enfin quelques réponses qui éclaircissent mes doutes. La preuve que les hommes puissent être des monstres, hm. J'ai une pensée pour l'homme qu'elle a pu avoir, mais aussi, pour son travail. Quand elle me retourne une question, je la relâche finalement pour songeusement faire tourner ma tasse entre mes doigts. J'ai besoin d'un contact matériel, comme si c'eut été nécessaire pour que mes pensées se concrétisent en moi. Et je suis sûr qu'ainsi, je ne risque pas de lui broyer la main si un brusque accès de colère me saisit. Ninel a raison, les hommes peuvent être des monstres. Et j'en suis le parfait exemple. Sous mes habits bien repassés, mon port droit, mon langage recherché, se terre une créature haineuse. Une rage bestiale que je n'ai su canaliser que grâce à la musique. Un monstre qui, pourtant, parvient parfois à s'échapper, à m'échapper. À me dévorer et à blesser ceux qui me sont proches. Je deviens violent, menaçant. Rancunier, envieux. Destructeur. Même pour moi.


_ Ne le prenez pas pour vous, Mademoiselle, ai-je besoin de prévenir. Ma voix s'est faite un peu plus grave, plus lente, alors que je mesure chacun des mots qui s'alignent et s'unissent.
_ Les femmes me répugnent par leurs formes. Par leur corps doté d'une harmonie particulière, je murmure alors que le bout de mon index dessine la courbe de ma tasse, Leurs cheveux longs m'agacent, leurs cheveux courts me donnent l'envie de les leur agripper pour les arracher. Leur poitrine est un volume disgracieux et dérangeant pour ma vue. Le simple fait de l'apercevoir me donne parfois la nausée. Je n'aime pas leurs manières, trop délicates ou trop masculines, les femmes basculent si vite d'un extrême à l'autre. Le pas à faire pour atteindre la vulgarité est si aisé à faire pour bien d'entre elles.
Mon ton se fait plus froid, plus venimeux.

_ Elles sont dotées de droits auxquels bien des hommes ne peuvent pas même penser. Le droit de se marier avec un homme sans qu'on leur crache dessus, le droit de se vêtir d'un pantalon, d'une jupe, comme bon leur semble, le droit de concevoir une vie, de fonder une famille, le droit de...
Ma voix a tressailli quelques secondes. Mais reprend plus fermement, plus rapidement, comme si chaque mot eut été un coup de hache, comme si je souhaitais me débarrasser au plus vite de ces braises qui me brûlent le cœur.

_ De pleurer, de se montrer fragiles sans qu'on ne leur crache au visage. Un homme qui pleure, un homme qui faiblit, seules les femmes s'en attendrissent, le prennent en pitié comme si il s'agissait d'un pauvre garçon. Les autres hommes le malmènent et le rabaissent.

Je les envie, toutes. Et c'est ce pourquoi je les déteste...


_ Entre les gamines insupportables, les femmes qui se veulent dominantes, masculines, celles qui usent de leurs charmes ou de leur soi disant suprême intelligence, celles qui couvent tous leurs proches comme des mères poules, celles qui sont en morceaux et qu'on doit plaindre...
Je me force à calmer mon rythme. Je respire beaucoup plus vite, et cela se voit. Je suis nerveux, la tasse tremble entre mes doigts, des frissons anxieux me saisissent parfois. J'ai honte, et mes yeux se baissent alors que je détourne légèrement la tête. Honte de lui cracher tout ça, honte de lui montrer tout ce foutoir qui s'étale dans mon cœur depuis des années. Honte de lui montrer les blessures qu'elles ont pu m'infliger, les unes et les autres. Un silence plane et je reprends de nouveau avec un calme olympien :

_ Veuillez m'excuser pour ce discours sexiste, Ninel. Il n'était pas à votre encontre. Vous n'êtes comparable à aucune des femmes que j'ai pu croisées. Vous avez peut-être été blessée... Mais vous avez eu la force de vous tenir. Pour moi, vous avez eu la politesse.. de respecter ce que je suis. De respecter mes limites, de faire attention.. à ce que j'acceptais ou non. Et je vous en remercie. En aucun cas vous n'avez voulu user de votre charme, en aucun cas, vous n'avez souhaité me prendre sous votre aile plus que nécessaire. Vous ne vous êtes jamais comporté comme une enfant irresponsable à qui je devrais tenir la main et vous... Vous ne vous êtes jamais servi de moi. Merci. Et veuillez me pardonner pour mon discours quelque peu décousu...
Je demande finalement un autre thé, que l'on m'apporte assez rapidement, et j'en bois quelques gorgées pour finir de chasser les restes de ma colère envers le sexe féminin. Je suis encore troublé et gêné d'avoir autant parlé... à dire vrai, personne n'a encore cherché à savoir, ou à me comprendre à ce sujet. Et je suis touché... Qu'elle ait voulu savoir. Qu'elle ait voulu me connaître. En apprendre plus sur moi. C'est la première femme... Qui le fait sincèrement.

_ J'espère... Que je ne vous ai pas blessée. Vous n'êtes rien.. de ce que j'ai pu dire. Voilà pourquoi vous êtes différente des autres, à mes yeux.
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Ninel L.-J. Monroe

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MessageSujet: Re: Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte   Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte EmptyJeu 23 Jan 2014 - 20:50


Je l’écoute, attentive, et ne perd pas une seule miette de ce qu’il me raconte. Sa haine envers les femmes pourrait me paraître choquante, mais il n’en n’est rien, je crois même que je parviens à le comprendre ; non pas que je hais les femmes, mais elles ne m’inspirent pas toujours confiance et bons nombres d’entre elles me paraissent superficielles. Lui, ne me semble pas être quelqu’un de mauvais, bien qu’en sa compagnie, je ressente parfois des choses étranges, mais il ne m’a jamais fais de mal, mais je devine que des femmes ont du lui en faire – peut-être -. Je ne saurai dire ce qu’il en est et je ne souhaite pas être trop intrusive en lui posant davantage de questions.

Thimothy n’aime pas les femmes, leurs formes, leurs manières, ce qu’elles dégagent et ce qu’elles laissent apparaître. Il n’empêche qu’il me rassure un petit peu lorsqu’il m’informe que je ne suis en rien comme les femmes dont il faisait la description quelques instants plus tôt. Il est vrai que je n’ai jamais été ainsi ; je n’ai jamais cherché à ce qu’on me plaigne, à ce qu’on me couve, à ce qu’on découvre tout de moi parce que je le disais clairement ou que je montrais trop mes émotions… Je préfère le silence, les sourires et autres rires qui cachent une profonde détresse qui reste sourde et muette. Je ne souhaite pas que la terre entière soit au courant de mes malheurs et de mes drames parce que dans tout cela, j’ai quand même de la chance d’être entourée de personnes qui m’aiment et qui me veulent du bien ; tous ne souhaitent pas ma perte comme le voulait William.

« Ne vous excusez pas et n’ayez crainte, je ne suis pas blessée par vos propos… C’est moi qui ait voulu en connaître les raisons et je dois dire que je suis surprise, mais en même temps, quelque part, je vous comprends. »

Mes propos le surprendront peut-être, mais je ne fais que dire la vérité. Je ne peux être blessée parce que je ne me suis pas reconnus dans les descriptions qu’il faisait et comme il le disait si bien : je suis différente des autres femmes ou jeunes femmes. D’ailleurs, d’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais été comme elles toutes. Je n’avais pas les mêmes préoccupations, pas les mêmes centres d’intérêts… Je n’avais rien en commun avec les demoiselles de ma classe, je me sentais sans cesse à part.

« Je ne me suis jamais réellement entendu avec les femmes parce que je ne les comprends pas vraiment… Souvent, je réalise que je ne me préoccupe pas des mêmes choses et cela réduit considérablement les discussions… Et je suis entièrement d’accord avec vos descriptions, l’image que vous avez de la plupart d’entres elles n’est malheureusement pas fausse. »

Je hausse doucement les épaules et boit une gorgée de café. Mais il m’est étrange de constater que je n’ai pas ces images des hommes, que je ne parviens pas à les haïr comme Thimothy hais les femmes alors qu’un homme m’a fait trop de mal, beaucoup trop pour une seule et même personne. Souvent, je me demande comment j’ai pu supporter cette cruauté, mais la réponse est simple : je l’aimais profondément. Malgré tout ce qu’il me faisait, j’étais persuadée que William était l’homme de ma vie.

« Il n’empêche que je suis heureuse d’être différente à vos yeux... », je m’autorise un petit sourire et repose la tasse contre la table. « Si certaines d’entres elles vous ont fais du mal, j’espère qu’elles le regrettent et qu’elles s’en mordent les doigts. »

Parce qu’à mon sens, il ne mérite pas qu’on lui cause du tort. Mais cela n’engage que moi.

_________________

fear will kill me

I've been defeated and brought down. Dropped to my knees when hope ran out. The time has come to change my ways. On this day I see clearly everything has come to life. A bitter place and a broken dream. And we’ll leave it all, leave it all behind.
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