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 Eveil ▽ Nils

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Nicol R. Dunegan

Nicol R. Dunegan

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MessageSujet: Eveil ▽ Nils   Eveil ▽ Nils EmptyMer 10 Juil 2013 - 14:02

Un cadavre sans tête épanche, comme un fleuve,
   Sur l'oreiller désaltéré
   Un sang rouge et vivant, dont la toile s'abreuve
   Avec l'avidité d'un pré.
(Martyre @ Baudelaire)
Masquerade

Fraîcheur. Picotements. Étourdissements. La gorge sèche, j’inspirai une grande goulée d’air comme si je venais de retenir ma respiration longtemps durant. Mon cœur cognait violemment contre mon torse. J’en aurai presque mal si mon angoisse de la situation ne surpassait pas mon rythme cardiaque effréné. Où étais-je ? Papillonnant des yeux avec difficulté, un peu comme si je me réveillais d’un long sommeil, je pouvais contempler droit devant moi un tapis d’étoiles scintillant comme des lucioles dans le ciel. Sous moi, un matelas d’herbe humide soutenait ma position allongée. J’avais les membres endoloris et tendus et je dus m’y prendre à deux fois avant de pouvoir me redresser, provoquant des craquements le long de ma colonne. Bien que je n’avais de cesse de frissonner, l’air était tiède. Ni trop froid, ni trop lourd. Et pourtant, je transpirai comme un diable. Mes vêtements devenus humides par une angoissante sueur plaquaient à même ma peau.

La première question qui me vint à l’esprit fut : comment avais-je survécu ? Dans mon âme ébranlée par un indicible coup de marteau où idées et souvenirs se mélangeaient, les dernières images qui me revenaient à l’esprit étaient le visage souriant de cet homme et son arme brandie vers mon front. L’assassin de ma fille. Alors que j’étais sur le point d’en finir avec lui, un revirement de situation m’avait éconduit vers le gouffre de la mort. Le canon retentissant du 29mm était le dernier bruit dont je me rappelais. Anxieux, je tâtonnais du bout de mes doigts mon front plissé par un flot d’émotions désordonnées. La peau m’apparue lisse et légèrement ridée par mon âge. Mais pas de trous ni de blessures superficielles. Rien. Comment cela était-ce possible ? Me serais-je évanoui au moment fatidique, l’homme serait-il finalement parti, résigné à me tuer, moi qui n’avais montré aucun scrupule à le faire ? Troublé, je baissai un regard vers mon ventre ou plutôt, directement vers ma hanche. Ma chemise, bien que froissée par l’humidité d’une sueur s’estompant peu à peu, ne présentait aucune tâche pourpre. Et pourtant, mon agresseur avait bien planté son poignard à cet endroit. La douleur fulgurante me remontait encore dans la gorge alors que je relevais du bout de mes mains le tissu quadrillé rouge et blanc pour n’apercevoir qu’une peau lisse et un peu terne. Pas de plaie béante, pas de traces de sang. Perplexe, je laissai retomber les pans de ma chemise pour finalement jeter un coup d’œil aux alentours. Ce n’était pas le parc de Glasgow. Il n’y avait pas ces parterres de fleurs colorées fraîchement plantés, ni les quelques bancs immaculés bordant une allée de gravier sillonnant à travers le parc. Au lieu de quoi, une étendue verte fraîchement coupée bordait les contours d’une opaque couche miroitant le reflet de la lune hissée haut dans le ciel sombre. Un lac. Chose dont le parc de Glasgow était dépourvue. Je grimaçai alors que le paysage m’apparaissait comme familier. Cet endroit réveillait en moi une certaine nostalgie.

Bordel, mais qu’est-ce que c’était que ce foutoir ? Étourdi par ce réveil singulier, je parvenais à me relever malgré la fébrilité de mes jambes. Je tremblais. Le froid ? Non…malgré l'humidité gorgée dans mon jeans foncé. Plutôt comme si je venais de me réveiller d’une violente chute de tension. Et la raideur qui me tenaillait. Je dus me frictionner vigoureusement les bras afin d’apporter un peu de chaleur à mes muscles tendus. Un regard céruléen porté sur les alentours. Je déglutis d’incompréhension. Stoneheaven ? Comment était-ce possible ? J’étais dans le parc de Stoneheaven! Et merde, c’est quoi cette connerie ?!

Soudain, une succession d’aboiements déchira l’imposant silence qui régnait jusque là et, de surcroît, me fit sursauter comme une gazelle. Toujours les bras enlacés fermement sur ma poitrine, je me tournais d’un mouvement lent et fébrile vers la source du bruit. Au loin, je pus distinguer une petite forme bondir et se rapprocher inexorablement de moi. Un chien ?. Malgré mon affection pour ces bêtes, je n'avais pas le cœur à devoir calmer l'excitation effrénée d'une bête...aussi espérai-je que son maître n'étais pas bien loin. Tâtonnant l'herbe du bout de mes pieds nus, j'avançais à pas lent et prudent vers la forme mobile, l'âme perdue. Nulle doute que j'avais piètre allure ainsi, mais peut-être allais-je pouvoir tomber sur quelqu'un qui m'expliquerait...




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MessageSujet: Re: Eveil ▽ Nils   Eveil ▽ Nils EmptyVen 12 Juil 2013 - 17:44


éveil


Il tire sur la laisse avec hargne, à la recherche d'objets à mâcher, de trous à creuser, de territoires à marquer. C'est étrange mais j'ai l'impression qu'il sait que lorsque c'est moi, infirme qui ne s'assume pas, qui suit de l'autre côté de la corde, il doit faire attention. C'est juste une impression d'un imbécile sans jambes, peut-être. Enfin les chiens et leur instinct, c'est plutôt surprenant. Vil m'a donné quelques leçons sur les canidés, pour que je puisse m'en sortir seul avec cette boule de poile ambulante. Je n'aimais pas ça, au départ. Je me suis rendu compte que c'était bien plus qu'un animal de compagnie. C'est une présence. Un ami. Un être qui ne m'abandonnera jamais. Il ne me juge pas. Il ne me regarde pas avec la pitié que je vois constamment dans les yeux des hypocrites. C'est ce que je pense en l'observant renifler l'herbe du parc, sous un lampadaire. La laisse coupant mes doigts, j'exerce une pression qui je l'espère, est suffisante pour contenir toute l'énergie dont Sam dispose en cette soirée. C'est pas dans mon habitude de sortir. Ce n'est pas moi. Canne qui tape sur le chemin en béton du parc, simple bruit dans une nuit silencieuse. Un pied devant l'autre doucement. Aujourd'hui, sous les étoiles, je marche. C'est douloureux. C'est difficile. Mais je suis debout, sur des jambes factices. J'ai enfin l'air d'un être humain normal, s'étant foulé la cheville et ayant besoin d'une canne pour marcher. C'est si simple de masquer les apparences. J'avance doucement, évitant le moindre petit obstacle sur ma route. Sam s'agite toujours, alors je le réprimande en tirant légèrement sur la laisse. Je ne peux pas suivre, finalement. Une grimace est constamment ancrée sur mon visage. Je ne suis pas habitué aux prothèses. Je marche sans avoir l'impression de marcher. Je ne touche pas le sol. Je devrai avoir l'habitude, n'est-ce pas ? Je ne les utilise pas assez, certainement. Il y a certaines personnes dans la même situation que la mienne qui voient dans les prothèses un moyen d'être à nouveau normal. Je n'ai pas cette impression. Pour moi, je suis différent et je le serai jusqu'à la fin de ma vie. Si je soulève mon pantalon ne serait-ce que pour dévoiler mes chevilles, il n'y a rien. Une tige grise. Rien de normal. Je déteste ça. Je préfère rester sur mon fauteuil. C'est bizarre comme façon de penser, j'imagine. Je m'arrête, roulant mes épaules, la tête dirigée vers le ciel alors que le chien me rejoint en remuant la queue. C'est agréable, inutile de le nier. La température n'est pas estivale mais c'est une habitude à prendre, dans une ville comme celle-ci. Je ne frisonne pas, un simple chemise à manche longue sur le dos, un jean qui recouvre mes jambes en acier et des chaussures pour me stabiliser. Je dois faire des pauses toutes les dix minutes si je ne veux pas être hors de service avant la fin de notre balade.

Pourquoi sortir sans Vil, d'ailleurs ? C'est une première, il me semble. Mes prunelles émeraudes tombent sur le lampadaire devant, au loin. J'ai insisté pour être seul. J'ai ressenti comme un besoin de prendre l'air. Mais je ne suis pas idiot et je sais pertinemment qu'à cette heure-ci, dans le parc, il n y a pas âme qui vive. Ma presqu'incapacité à interagir avec autrui n'est pas un problème. Sam me regarde en gémissant. Je comprends que je ne suis pas un compagnon de route idéal, pour lui. Je ne peux pas courir à ses côtés. Je le regarde en affichant un rictus triste. Désolé, Sam. Désolé. Finalement, je repère un bâton de bois à côté d'une des pattes de l'animal. Tenant fermement ma canne, je me baisse pour ramasser le morceau d'arbre tombé, faisant naitre une excitation non négligeable chez mon ami canin. Je me demande jusqu'où je peux le lancer ? Après tout, je suis amputé des jambes mais mes bras fonctionnent encore. Je fais quelques pas en avant, le chien se sautillant devant moi, comme une puce. Un petit rire s'extirpe de mes lèvres. Je me positionne sur le bord du chemin, n'oubliant pas d'ôter la laisse de Sam. Je préfère éviter de me faire trainer, vraiment. « Allez, Sam. Vas chercher ! » Je lance la branche dans la verdure du parc, elle s'échoue derrière les buissons à quelques mètres devant nous. Sam démarre en trombe et disparait de ma vue, aboyant à tout va. J'attends. J'attends comme un imbécile sous un lampadaire à la luminosité faible que mon chien revienne. Je roule mes épaules, écrasant ma canne contre le sol en rythme, pour patienter. Les secondes s'écoulent et les aboiements de l'ami à quatre pattes s'éloignent de ma position. Ce n'est pas son genre, de mettre autant de temps. Il est encore plus collant que de la glu, ce clebs.

Je décide de m'aventurer sur le tapis vert du parc, enfonçant ma béquille en bois dans la terre, boueuse, grâce aux dernières pluies. Je commence à l'appeler mais le silence me renvoi à ma solitude. Je franchis avec difficulté les buissons qui couvrent les aboiements et, quelques arbres après, je tombe sur une petite prairie qui borde le lac. Je soupire alors que j'observe Sam, devant moi, ne cessant d'aboyer. « Sam, viens ici. » Je lève les yeux et remarque enfin que nous ne sommes pas seuls. Bon dieu, je fais l'effort de sortir la nuit pour ne croiser personne et je tombe tout de même sur un être vivant. L'animal grogne légèrement tout en fixant l'individu, debout dans l'herbe. Je m'avance légèrement, boitant, le plateau instable n'aidant pas mon équilibre douteux. J'atteins enfin Sam, qui ne perds pas l'inconnu de vu, tout en s'adoucissant au contact de mes doigts sur son front. « Je... Je suis désolé, il n'est pas comme ça d'habitude. » Finalement, je me concentre sur l'étranger. Je remarque rapidement ses vêtements froissés, ses pieds nus dans la terre et son air complètement perdu. On dirait un sans-abri. Mais j'ai une étrange sensation alors que je continue de calmer Sam, agité et méfiant. Je m'avance vers l'homme, canne en main et n'ayant que l'astre lunaire comme source de lumière, ce n'est pas facile de déterminer son état. « Vous.. vous allez bien ? Vous êtes blessé ? » Malgré ma difficulté à communiquer avec les autres, je n'en reste pas moins un être humain. Sam aboie encore une fois, derrière moi. Je lève la main vers son museau pour lui demander d'arrêter. L'avantage de mes prothèses, c'est que je n'attire pas immédiatement la pitié de mes nouvelles rencontres. Je suis normal.

Enfin, presque.




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MessageSujet: Re: Eveil ▽ Nils   Eveil ▽ Nils EmptySam 13 Juil 2013 - 19:59


L’herbe embrasse mes pieds d’un baiser humide et froid. Ce n’est pas foncièrement désagréable et j’en tâtonne les brins du bout de mes orteils trempés, non sans essayer de dénouer les énigmes de cette situation inexplicable dans laquelle je me trouve. Avant de me laisser aller aux bras de l’inconscience, le canon métallisé d’un 29mm était pointé droit vers un ‘moi’ en piteux état, l’arme plus menaçante que jamais. A ce moment-là, j’étais encore à Glasgow, comme je l’étais depuis trois ans. Et voilà qu’à mon réveil, les paysages de Stoneheaven se dressent devant moi tel un tableau nostalgique. Je frémis avec violence. Le froid n’est pas en cause, mais bien le doute. Le doute d’une réalité que j’ai toujours refoulée. Et pas que la localisation géographique mystérieuse. Ma santé intacte a de quoi m’abasourdir. Ma hanche devrait être déchiquetée par le coup violent d’un poignard, hors elle ne montrait aucune parcelle de blessure. Comme si tout cela n’était qu’un mauvais cauchemar. Maisie était pourtant bien morte. Tuée par ce chacal que j’avais pisté et retrouvé, alors poussé par la violence d’un flot d’émotions incontrôlables. Le chagrin et la vengeance en faisaient notamment partie. Le cadavre de mon unique et chère fille avait été retrouvé dans un tel état que j’en avais eu du mal à reconnaître son visage si beau de son vivant.  Je ne pus décrire la vague déferlante de sentiments rageants qui s’est alors fracassée dans mon âme. Ce fut alors le début d’une lente traque. Une chasse au tueur. Et cette course effrénée porta ses fruits puisque quelques jours plus tard, je tombais pile sur mon homme. J’étais au bout du tunnel alors que mes mains enserraient la gorge de l’assassin tel un étau violent. J’atteignais presque mon but si ce malheureux poignard ne s’était pas enfoncé dans ma hanche sans prévenir. Un ultime geste de désespoir de la part du malotru qui avait renversé la situation, me propulsant soudain au stade de la victime et ce, avec le canon d’un flingue pointé droit vers mon visage. Puis plus rien. Et voilà que je me réveille ici, dans la patrie que j’avais fuit trois ans plus tôt. Une explication rationnelle ? Le doute d’une réponse flotte sur mes lèvres comme une brise empoisonnée dont je me passerai bien…mais je connais bien Stoneheaven. Ma ville. Pour y avoir vécu presque 42 ans, elle m’est aussi familière que le fond de la poche de mon jeans. Chacun de ses recoins, chacun de ses secrets. Et plus que tout, je redoute cette vérité éventuelle qui me permets en cette belle et fraîche soirée d’été d’avancer dans l’herbe récemment tondue du parc de Stoneheaven.

Et soudain des aboiements. Au cœur de cette nuit silencieuse, je bénis ces bruits pourtant violents venus clamer haut et fort la présence d’un autre mammifère dans les parages. Et qui dit chien, dit peut-être maître non loin. La petite forme animalière se rapproche inexorablement de moi dans une course effrénée, si bien que je ne peux retenir un frémissement d’inquiétude à l’idée qu’il s’agisse d’un chien errant de mauvais caractère. Pourtant, l’inquiétude demeure minime pour un amoureux des bêtes comme moi. J’ai le doigté pour m’attirer leur confiance. Une expérience inébranlable… C’est toutefois ce que je croyais jusqu’alors puisque, arrivé à ma hauteur mais demeurant néanmoins à une distance suffisamment prudente, le canidé aboie à s’en pourfendre la gorge. A croire que ce chien aboyait à la mort. Par réflexe, je me suis immobilisé puisque le chien me barre toute alternative de fuite. Aucune issue de secours ne s’offre à moi si ce n’est de poireauter à même le sol, pieds imbibés dans l’herbe humide, bras fermement croisés contre moi dans un réflexe de me protéger de la fraîcheur nocturne. Mon salut intervient quelques secondes plus tard lorsqu’une voix humaine s’intercala entre deux aboiements enragés. Soulagé, je relève un regard perdu vers l’homme qui se rapproche de nous. La déformation professionnelle me conduit à remarquer sa démarche mécanique et saccadée. Problème aux jambes ? Tendinites peut-être…ou blocage d’un muscle, qui sait.   La pénombre m’empêche d’identifier clairement le problème et je dus me résoudre à oublier ce problème lorsque la voix de l’inconnu pourfend l’air de son timbre éreinté.  Entretemps, le canidé semble s’être calmé. Les muscles de ma nuque se relâchent dans un élan soulagé et je lève un regard à la fois curieux et prudent vers l’homme qui se tenait face à moi, à moitié penché sur sa canne. Un jeune homme…la trentaine sûrement mais l’obscurité entravait une analyse parfaite de l’individu. Il me demande alors si je ne suis pas blessé, je grimace. Je ne devrais pas et pourtant, je me porte à merveille. « Je…crois »lâchai-je non sans cacher l’inquiétude qui me broie les entrailles.

Car ça ne pouvait pas être possible. Enfin…si on suit la logique de Stoneheaven…l’idée était tout à fait envisageable…mais je ne voulais pas ! La vie souhaite t’elle me faire ruminer le poids de la mort dans un futur dont je ne désirai pas… Il me faut alors poser la question qui effacerait les derniers soupçons de cet éveil singulier. « hum…veuillez me pardonner cette question étrange, mais quelle date sommes-nous ? » L’homme était-il étranger récemment débarqué en ville ou citoyen bien intégré ? Avait-il connaissance du fardeau longtemps porté par cette ville ? A la fois nerveux et inquiet, je ne peux m’empêcher de frotter mon pied droit contre ma cheville gauche, non sans jeter un regard soucieux au canidé. « Je…enfin…je me suis réveillé au beau milieu de ce parc…alors je suis un peu…désorienté » Ca tu peux le dire ! Bon sang, faites que tout ceci ne soit qu’un mauvais cauchemar ! Qui sait, peut-être étions nous encore en 2010 et que ces trois années écoulées n’étaient au final qu’un long et incroyable cauchemar. Utopique, mais je ne pouvais m’empêcher d’y songer avec ferveur





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MessageSujet: Re: Eveil ▽ Nils   Eveil ▽ Nils EmptyMar 16 Juil 2013 - 16:38


éveil


Quand j'étais plus jeune, mon père me racontait souvent la légende de notre ville. Un endroit où la mort côtoie la vie comme son amante. Un endroit qui ne laisse pas les gens reposer en paix. Des secondes chances, voulues ou non. J'ai eu du mal à l'accepter et je n'ai jamais été certain de la véracité des propos de mon paternel. Qui croirait cela, en réalité ? Le souffle de la vie les quittent mais ils reviennent. Est-ce une malédiction ou une bénédiction ? Un fardeau ou un don ? Je ne sais pas. L'idée ne cesse de traverser mon esprit fatigué. Si les gens reviennent, pourquoi pas moi ? Si je mets fin à ma triste vie, est-ce que je vais revenir entier ? Je suis stupide. J'en viens à envier les morts. Vil est revenue. Je me souviendrai à jamais du moment où j'ai posé mes yeux sur elle, debout devant ma maison, perdue. Ce regard. Cette pâleur. Son propre chien ne la reconnaissant pas. J'aurai du être effrayé, n'est-ce pas ? Elle est morte. Elle ne l'est plus. Mon cœur battait à s'en rompre mais ce n'était la peur qui m'accompagnait. J'étais heureux. Fantôme. Monstre. Qu'importe. Je ne suis plus seul. Alors quand je m'avance doucement vers l'inconnu, incapable de faire le moindre mouvement à cause du canidé, je me souviens. Je me souviens de Vil. C'est elle que je vois, se tenant les bras, accablé par une fraîcheur nocturne écossaise. J'avance difficilement, ma canne se noie dans la terre boueuse. Sam se calme. Ma démarche est saccadée, presque robotique. Ce n'est pas facile d'avoir l'air humain alors que tout ce qui me permet de me tenir debout, dans le parc bercé par la lumière lunaire, ce sont deux tiges d'acier reliées à des pieds factices couverts de chaussures adaptées. Et si. Et si l'homme est comme Vil ? Ou pire. J'en sais rien. Je n'émets que des hypothèses sans fondement mais la réaction de Sam m'est tellement familière que je ne peux supprimer cette sensation qui parcoure mon esprit. A présent un peu plus proche, je me permets de l’observer plus en détail. Son visage me dit quelque chose. Peut-être est-il un habitant de la ville ? Je m'arrête, penché sur ma canne, le regard fixé sur les pieds nus de mon vis-à-vis. Certes, c'est une attitude étrange mais j'essaye de comprendre. Et les éléments commencent à converger vers une évidence que je n'ose imaginer. Il me répond, inquiet, perdu. Je lève un sourcil. Comment ne pas être sûr d'être blessé ou non ? Sam se hisse au niveau de ma cuisse, réclamant quelque chose. Je le regarde en posant mes phalanges sur son front. Impression de déjà-vue. Il est comme elle, n'est-ce pas ?

Les étoiles sont les seules témoins de cette rencontre étrange. L'homme met fin au silence. Est-il si perdu qu'il ne souvient plus de la date d'aujourd'hui ? Est-il une sorte d'amnésique ? Les scénarios ne cessent d'affluer dans mon crâne, à m'en donner des maux. Il semble si nerveux. Que cache-t-il ? A-t-il tué quelqu'un dans une crise de démence ? Est-il recherché ? Non. Demander la date à quelqu'un comme moi, ce n'est pas très judicieux, en y réfléchissant. Je passe tellement de temps chez moi, à ne pas m'occuper de la vie extérieure que je perds la notion du temps. Je me racle la gorge, si peu à l'aise dans un échange verbale avec autrui alors que le chien s’assoit docilement à mes côtés, sans perdre l'homme des yeux. « Nous sommes... vendredi. » Je frotte l'arrière de mon crâne avec ma main libre, par nervosité. « Le douze juin... j'imagine ? » Je ne suis vraiment l'homme sur qui il faut tomber quand on perd la mémoire. Je ne précise pas l'année. Je ne pense pas que cela soit nécessaire. Il n'est pas un homme qui voyage dans le temps, tout de même. Réveillé au beau milieu du parc. Je le sais.

Mes doutes sont effacés. Je me redresse, la canne collant à ma jambe. Et l'astre lunaire m'offre la vision nette de son visage affolé, pour la première fois depuis notre récente rencontre. Je n'ose pas demander, je me mords la lèvre inférieure. Pour Vil, je ne lui avais pas demandé. En réalité, je l'ai invité à entrer sans poser la moindre question. Parce que je savais. Et il ne m'en fallait pas d'avantage. « ... Vous êtes ...  » Mort ? Un ancien mort ? Quelqu'un qui ne peut trouver la paix qu'il mérite ? Un vengeur ? Je ne m'y connais pas. Mais j'ai passé mon enfance ici et j'ai entendu tellement d'histoires. Je ne sais pas comment aborder le sujet. Et le simple fait de vouloir aborder le sujet me surprend. Je suis curieux, oui; Curieux de savoir quelle sensation cela fait, lorsqu'on se réveil d'un sommeil censé éternel. Est-ce que l'homme était comme moi, avant de mourir ? Est-ce qu'il est entier grâce à sa mort ? J'ai tellement de questions. Des questions que je n'ose pas demander à Vil. « Vous voulez que j'appelle une ambulance ? L'hôpital de Stonehaven n'est pas très loin. » Même s'il me dit ne pas être blessé, je ne sais pas quoi dire d'autre. Je regarde à ma droite, de l'autre côté du lac. Si on continue dans cette direction, on y arrive facilement. Je connais l'endroit plus que nécessaire. « Vous voulez peut-être vous asseoir, non ? Il y a des bancs vers le chemin, derrière nous. » De la lumière. Des distributeurs pour se déshydrater. Des choses plus utiles qu'une conversation lente et de l'herbe. Je l'invite à me suivre, alors que je marche difficilement dans l'herbe. Revenu vers le chemin éclairé, après avoir franchi des buissons, Sam me suivant à la trace, l'inconnu également. Je ne suis pas aussi sociale, en temps normal. Je me surprend moi-même. C'est peut-être parce que je sais qu'il n'est pas normal. Comme Vil. C'est plus fort que moi. Je m'assois dans un soupire de soulagement, posant la canne contre le bois du banc. J'étends mes jambes, massant mes cuisses légèrement et discrètement. Silence gênant. « Vous... revenez de loin, n'est-ce pas ? » Comme un murmure, ma voix est faible.






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MessageSujet: Re: Eveil ▽ Nils   Eveil ▽ Nils EmptyMar 30 Juil 2013 - 18:03




Dans n’importe quel autre lieu, on m’aurait pris pour un fou…ou un sans abri errant. De ma tenue débraillée et de mes propos incohérents, j’aurais attisé le dégoût et la pitié. On m’aurait alors évité comme la peste ou secoué de paroles véhémentes quant à ma déplorable situation. Oui, n’importe où ailleurs, voilà comment les gens de la normale se seraient comportés. Mais ici, à Stoneheaven, la vie est bien tout autre. Quand votre patrie transporte un lourd fardeau depuis les confins de sa création, rien ne se déroule normalement. Ou presque. Vous apercevez une silhouette errante au grès des ombres nocturnes et la première question qui vous vient à l’esprit, en bon citoyen de Stoneheaven que vous êtes, est ‘est-il mort ou vivant ?’. Question qui ferait tomber n’importe quel derrière, mais pas ici. Pas dans cette ville maudite.  Pas à Stoneheaven.

Quand la date fusa au travers des lèvres rosées de l’inconnu, je ne pus retenir un glapissement. Le 12 juin ? Une semaine et trois jours s’étaient alors écoulés depuis ce fameux soir où le canon d’un 9mm était pointé sur mon front ! Le fait que je me réveille à  Stoneheaven, au milieu de nulle part, suffit à dissiper les dernières parcelles de doute incrustées en mon âme ébranlée depuis mon éveil. Le regard soucieux, je ne peux réprimer l’envie de tâter ma poitrine du bout de mes doigts tremblants. La sensation qui j’y retrouve me fait crisper les lèvres. Un cœur qui bat. Le sang qui pulse dans chaque artère telle une machine à traction. Alors je suis un revenant. La vie m’a offert une seconde chance dont je ne veux pas. Pourquoi ? Ne voit-elle pas que j’ai suffisamment souffert ? Que le temps était venu pour moi de me ramener auprès de ma femme et ma fille? D’enfin les rejoindre et d’y escompter le repos de l’âme ? Apparemment non. La rage et la confusion ne m’aident nullement à accéder à certain équilibre dans les blessures de mon être, ni même à cesser les petits frissons qui m’agitent les muscles.   « Ah… » Trop étourdi par la nouvelle pour articuler une phrase éloquente, j’essaie de contrôler l’écume d’émotions qui se fracasse contre les remparts fragilisés de mon mental. Le jeune homme devait sûrement me croire ivre ou sous l’emprise de drogue étant donné mon silence désarticulé, mais je ne pouvais feindre l’indifférence devant une information de cette ampleur. Bordel, je viens quand même de ressusciter ! C’est loin d’être anodin…quoique, la nouvelle devrait être prise avec une banalité digeste par les citoyens de la ville en vue de cet effet de mode qui persiste depuis des générations. L’inconnu qui me fait fasse m’en apporte la preuve en débutant la question fatidique. Je suis ? « Je suppose… » Vague murmure. Je ne puis retenir un rire hystérique. Presque transparent mais suffisant pour élargir  en une pincée subtile mes lèvres bordées d’une barbe de deux jours. « La dernière image qui me vient à l’esprit étant le canon d’une arme pointé sur mon front, je présume que je le suis … »prononçai-je avec un injuste dégoût, non sans me reprendre en me rappelant que je n’étais point seul. Mon regard parcoure la silhouette légèrement affaissée sur la canne qui me fait face. Contrairement à moi, ce garçon semble mal en point. Un problème aux jambes, à n’en pas douter. Je permets à ma curiosité de parcourir un instant ces jambes camouflées sous des barrières de tissus avant de remonter mes prunelles bleues miroitantes vers le visage de mon vis-à-vis. L’hôpital ? Une pointe d’amertume passe tel un coup de vent dans mon regard. « Je vais bien...enfin…du moins physiquement parlant » Vague soupir. Pour être revenu à la vie, je supposai que ma chère et tendre sœur avait rapatrié mon cœur dans ma patrie pour l’enterrement. Décision logique et compréhensible, mais jamais jusqu’à maintenant je n’avais autant méprisé l’un de ses choix.

Le promeneur nocturne me propose alors de rejoindre un banc. Que faire d’autre ? Cette initiative me laisse quelques secondes de répit pour reprendre un peu le contrôle de mes émotions. A nouveau, alors que j’emboîte le pas à mon seul salut du soir, je ne peux m’empêcher d’analyser la démarche mécanique du plus jeune. Déformation professionnelle allez vous penser et c’est assez vrai. Entre les hypothèses quant à cette démarche inhabituelle et les tracas qui m’éclaboussent l’âme, mon cœur balance. Je prends ainsi place à ses côtés, me courbant en avant, coudes posés contre mes cuisses, avants bras suspendus dans le vide. Le silence reprend place autour de nous, parsemé de temps à autres par le hululement d’une chouette ou le bruissement de feuilles. A vrai dire, je ne savais pas trop quoi faire. Peut-être la nuit est-elle en cause, mais aucune décision concise ne me venait à l’esprit. Aller voir ma sœur et tirer la situation au clair ? Dormir à la belle étoile le temps que tout cela se tasse pour démarrer l’enquête au petit matin, quand le beau monde de Stoneheaven serait éveillé ? Me jeter du haut d’une falaise histoire de faire disparaître mon corps et trouver le repos de l’âme ? Mon esprit bouillonnait de choix saugrenus, mais la plus raisonnable qui s’offrait à moi était d’attendre le matin pour me dévoiler à mes proches. Plus correct. Une voix masculine m’extirpe de la torpeur de mes songes. Il s’agit du promeneur au nom inconnu. Sa tête ne me dit pas grand-chose…peut-être un habitant récemment emménagé dans cette charmante ville ? J’enregistre sa pseudo-question avec une lenteur démesurée…un peu comme si mon cerveau refuse de fonctionner en cette soirée au goût un peu trop fantaisiste. Si je revenais de loin ? Je ne sais trop quoi répondre. Le doute paillette mon visage de sa blanche expression. La nervosité me fait mordre la lèvre inférieure avant que ma langue ne claque violemment contre mon palais. « J’aurai préféré ne pas revenir… »avouai-je finalement en triturant mes doigts l’un dans l’autre. « ah ! Dire que jusque là, je regardai ce phénomène d’un regard presque neutre…dieu comme je ne n’ai jamais autant haï cette ville qu’en cette soirée… » Le désespoir m’éperonne, mais je ressens une certaine culpabilité à balancer mon désarroi sur l’inconnu qui n’aurait sûrement jamais deviné que sa soirée tournerait en discussion avec un revenant sur un banc. « désolé…je m’emporte… » J’essaie de me ressaisir, mais la douleur est trop forte. Je repense encore à la mort trop récente de ma fille…mon enfant bien aimé qu’il m’a fallut enterrer. Qu’il n’est plus dur épreuve pour un parent que d’assister à une telle tragédie.  Passant ma main dans ma chevelure négligée, je me frotte un instant les yeux, comme pour chasser les sombres images qui m’envahissent l’âme pour laisser place à un vide amer et effrayant. Je bénis la présence du jeune homme qui m’empêche de dégringoler dans l’abysse la plus redoutée. Même s’il m’est totalement inconnu, le fait d’avoir quelqu’un m’accompagnant dans cette triste et surprenante soirée me permet de ne pas défaillir totalement. « je…vous avez l’air d’avoir l’habitude de ce genre d’évènement…je me trompe ? » Effectivement, cet homme semble presque habitué à affronter des revenants. Comme s’il habitait dans la région depuis un temps…et pourtant, son visage n’éveillait en moi aucun souvenir. En même temps, je n’avais plus remis les pieds à Stoneheaven depuis trois ans… « Vous auriez un cigare…ou une cigarette?   » Aussi étrange que cela puisse paraître, j’éprouve soudain une irrésistible envie d’en fumer une…alors que je n’ai jamais été qu’un fumeur occasionnel. Serait-ce les effets de la résurrection ? La réponse s’évapore alors que je me tords les doigts nerveusement. J'ai l'impression de voir mon esprit partir en tous sens sans queue ni tête. Entre mes problèmes et mes envies, entre ma curiosité et ma raison, je m'embrouille au point de ne savoir quoi faire, ni quoi penser. Un vrai bordel...





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MessageSujet: Re: Eveil ▽ Nils   Eveil ▽ Nils EmptyLun 28 Oct 2013 - 14:48

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