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 Culpabilité ▽ Timothy

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Nicol R. Dunegan

Nicol R. Dunegan

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MessageSujet: Culpabilité ▽ Timothy   Culpabilité ▽ Timothy EmptyVen 13 Sep 2013 - 19:01





Le paysage semble mourir, et pourtant, il n’a jamais semblé aussi vivant. Malgré le dénuement progressif de la luxuriante végétation des arbres et buissons, les nuances chaudement colorées qui s’étalent devant mes yeux sont une pure merveille. La température est relativement basse en ce début de saison. Il doit faire quoi, 10 degrés à tout casser ? Et pourtant, je ressens la brûlure délicieuse de la chaleur qui émane de ce tableau naturel. Les coloris rouges, oranges et bruns qui recouvrent chaque parcelle de la forêt m’apparaissent comme un brasier qui réchaufferait mon cœur au sein de l’abyssal univers. Car il faut bien ça pour panser peu à peu les innombrables blessures de mon âme.

Deux semaines se sont à présent écoulées. Il me semble qu’une éternité est passée depuis mon éveil. Une insoutenable période à subir le lourd regard de mes proches. Entre l’expression choquée, peinée et heureuse, mon cœur a vacillé devant les nombreuses étreintes de réconfort. Me réveiller dans un monde où j’avais presque tout perdu, à savoir ma femme et ma fille, a du susciter la plus grande peine chez les villageois de Stoneheaven dont j’étais proche trois ans avant mon départ. Ils le savent tous. Pas besoin de le cacher. Ils savent que j’aurai préféré moisir sous terre que de revenir à la vie. Certains se réjouissent de cette seconde chance et d’autres, comme moi, en sont révulsés.  Le dégoût d’être encore en vie. J’en ai gerbé ma bile à quelques mètres de la tombe de ma fille et de ma femme deux semaines plus tôt. Deux êtres chers enterrés ensemble. Moi-même je m’y trouvais deux semaines plus tôt, à reposer auprès d’elle. Putain de destin à la con !

La colère jubile tel un démon insaisissable en moi si bien que j’extirpe une petite boite métallique à moitié rouillée de la poche de ma longue veste noire pour en sortir une cigarette et l’insérer dans la faille de mes lèvres. Le goût du papier qui enrobait le tabac me fait frissonner et je range la boîte dans son emplacement initial, puis allume l’extrémité du fin bâton à l’aide du vieux briquet américain que mon Fergus m’avait rendu. C’lui là, je vous jure. Heureusement qu’il était là…lui et Olivia. Ma sœur et mon meilleur ami. Des gens que j’avais presque délaissé pendant trois ans et qui pourtant, sont les premiers à s’être présenté devant moi – outre le promeneur boîteux rencontré pendant ma première nuit d’éveil – sous mon regard assombri et mon allure de vieux clochard.  D’un souffle, j’expulse les brumes grisâtes qui envahissent mon espace buccale après chaque tirade. Les nappes de fumée s’étalent dans l’ébène du ciel tel un ballet dansant au-dessus de moi. Entre deux clopes, je siphonne le whisky roupillant dans ma flasque en argent. L’alcool écossais me brûle les parois de l’œsophage dans une morsure à point. Quoique, certains Irlandais hurleraient quant aux origines précises de ce divin nectar.

Quelques gorgées, quelques tirades, et rebelote. Le mélange inadéquat m’amène bien vite aux frontières de l’engourdissement et c’est par une marche que je décide de me revigorer. Abandonnant le décor forestier dans mon dos, je rejoins la civilisation en m’engouffrant dans les ruelles faiblement éclairées par les rangées de lampadaires. Quelques groupes de jeunes vaquent dehors. Parfois des couples ou un mec solitaire qui promène son chien. A croire que l’automne inspire les villageois à se hasarder au grès de la nuit. A moins que ça ne soit l’hymne d’un vent plutôt coriace qui hypnotise les oreilles sensibles. Va savoir…

Pendant presque une heure, j’aurai parcouru la moitié des ruelles de la ville pour finalement me retrouver devant l’université. Un lieu qui m’apparaît presque transparent si mes oreilles ne captèrent pas à l’instant un bruit de fond. Du bruit à cette heure ? Curieux, je décide de tenter la porte principale qui, à ma surprise, est ouverte. C’est donc qu’un membre du personnel s’y trouve. Un type qui n’a pas de vie sociale ? Ou qui se réfugie dans son lieu de travail pour fuir les problèmes conjugaux ? La curiosité attisée, c’est d’une démarche presque vacillante que je pénètre dans les vastes couloirs de la fac. Ne pas tomber. Je n’aurai peut-être pas du abuser de ce whisky….

A mesure que je m’engouffre au cœur du bâtiment, le bruit se précise en une mélodie qui ensevelit mes tympans d’un sentiment profond. Ce style ne peut appartenir qu’à  une seule personne. Rejoignant l’étage à pas de velours, je me hasarde jusqu’à la classe de musique d’où la symphonie semble provenir. En passant l’encadrement de la porte, j’aperçois finalement une fine silhouette campée sur le piano à l’autre bout de la pièce. Le musicien était dos à l’entrée et ne peut donc savoir qu’un intrus l’épiait. Oui, je ne me gênais pas d’admirer ce tableau splendide qui s’étalait devant moi. Une musique parfaitement maîtrisée par les doigts d’un expert.

Et pourtant, à mesure que je l’observe, une fragilité ressort de cette scène. Un sentiment presque coupable noie mes poumons. Dieu qu’il paraît toujours aussi fragile. Des années ont passé et pourtant, il m’apparaît d’une vulnérabilité qui me fend le cœur. Surpris par cette constatation, je demeure silencieux, appuyé dos au mur, mains fourrés dans les poches de ma veste,  à me laisser bercer par chaque note délicieusement jouées. De quoi souligner l’effet de l’alcool précédemment ingurgité qui nimbe mon esprit de pensées incohérentes mais d’un plaisir volubile.



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MessageSujet: Re: Culpabilité ▽ Timothy   Culpabilité ▽ Timothy EmptyDim 15 Sep 2013 - 15:53


Noir. Comme un rideau opaque qui tombe sur le devant de la scène, qui traine sur les planches poussiéreuses d’un théâtre abandonné, qui fait s’élever les fines particules dans un nuage presque invisible avant de retomber avec lenteur sur le sol, comme le souvenir d’un décor enneigé qui reviendrait hanté les lieux. L’obscurité fatale, les paupières qui se ferment doucement pour immobiliser le temps, pour se soustraire au reste du monde et ne plus vivre. Feindre sa mort un instant pour mieux s’écouter respirer et sentir son coeur battre, quel étrange paradoxe. Noir, comme les touches du piano qui se trouvait juste devant Timothy. Elles étaient même presque grises pour la plupart, puisque le professeur n’avait pas pris la peine d’aller allumer la lumière lorsque les derniers élèves avaient quitté la salle. Alors il s’était retrouvé là, ses longs doigts posés sur un bord de l’instrument, debout aux côtés de celui-ci, son regard se perdant dans les reflets que la peinture laquée lui renvoyait. Ce n’était pas un soupire qui l’avait fait frissonner à ce moment-là, c’était un souffle. Un tremblement de chair qui l’avait parcouru comme si sa main découvrait le piano pour la première fois. Ou pour la dernière certainement, qui pouvait en être certain ? Il s’était rendu à l’université en fin d’après-midi pour remplacer un collègue, abandonnant sa petite école de musique où il se sentait pourtant si bien pour aller se noyer dans toute cette foule d’étudiants. Il n’était pas habitué à tout ce monde, du moins il ne l’était plus. Il préférait le calme et le silence de sa propre salle de classe où ses élèves défilaient un par un. C’était déjà presque trop pour lui qui craignait les inconnus. Ils avaient beau être bien plus jeunes que lui pour la plupart, Timothy ne parvenait tout de même pas à se raisonner. C’était plus fort que lui, et si il avait pourtant accepté de donner un coup de main, il l’avait amèrement regretté par la suite.

Il n’avait pas réussi à s’imposer. Balbutiant et se répétant sans arrêt, son cours n’avait ni queue ni tête et les deux heures s’écoulèrent à une lenteur déconcertante. Certains s’étaient mis à rire, d’autres bavardaient dans leur coin tandis que les plus sérieux essayaient malgré tout de suivre et de comprendre où le professeur Carrington voulait bien en venir. Un jour de plus où Timothy s’était jugé inutile et misérable, et quand enfin il s’était retrouvé seul, il avait senti qu’il devait s’accrocher à quelque chose pour ne pas sombrer, pour ne pas que ses jambes se dérobent subitement sous son poids. Le piano. Noir. Comme la nuit, comme la fin, comme la promesse d’un lendemain meilleur. Noires les lignes et les portées sur ses partitions abimées par le temps et la passion. Noir encore comme la profondeur des ténèbres, les eaux sombres et abyssales de son esprit qui ne ramenaient que le pire à la surface. Pourquoi y songer maintenant ? Pourquoi se noyer dans le passé quand le présent devenait trop lourd ? Parce que Tim n’avait jamais eu d’autre choix. Personne ne lui avait montré comment sortir la tête de l’eau, et quand il y avait cru un bref instant, quand il avait aperçu la lumière au bout du tunnel, l’espoir vacillant s’était éteint comme une bougie sur laquelle on souffle, la cigarette qu’on écrase vulgairement à l’aide de son talon. Et la flamme à présent étouffée, il ne restait que le noir. Voilà où Timothy se sentait enfin à l’aise. À l’abris des regards, loin de tout et de l’humanité entière, naturellement enveloppé par un brouillard opaque qui allait finir par avoir raison de lui. Le noir était son élément. Pas la nuit éclairée par quelques astres encore étincelants, pas l’extinction des projecteurs ni les paupières qui se closent, pas l’obscurité d’un gouffre dans lequel on se laisserait tomber. Le rideau noir qui couvre vos yeux encore ouverts à la fin de la représentation, quand tout le monde est parti et qu’il ne reste plus que la poussière sur les planches. Ce noir, précisément, celui qui indique que tout est enfin terminé.

Et il semblait que Timothy l’ait aperçu une fois encore, qu’il l’ait vu passer devant ses yeux alors qu’il s’était accroché à ce piano, sa bouée de sauvetage improvisée. Jouer. Jouer encore pour respirer en rythme et calmer les battements fragiles de son coeur qui servait de métronome. L’organe n’en finissait plus de marteler la poitrine du jeune professeur tandis qu’il s’asseyait et qu’il laissait ses doigts le guider vers la mélodie qu’ils lui imposeraient. C’était évident bien sûr. Un peu de clair de lune avant le noir. Il ne savait pas à quel moment son corps serait enfin prêt à partir et à déserter les lieux, mais pour l’instant il profitait du silence et sans même s’en rendre compte, il était resté là des heures durant, la mélodie pour seule compagne, celle qui ne l’avait jamais trahi. Il lui semblait même qu’elle avait réussi à le purifier de toutes ces pensées qui continuaient de souiller son corps, sa carcasse fébrile qu’il avait offert tant de fois comme si elle n’avait aucune valeur. Juste un sac d’os et une montagne de chair insignifiante, rien qui ne paraisse véritablement humain. Et tout cet assemblage vibrait aux sons graves du piano que les murs étriqués faisaient répéter en écho tout autour de lui. Timothy avait passé des années à se taire mais la musique continuait de s’exprimer pour lui. Et quand il ne resterait plus rien que de la cendre, un peu de poussière, que l’eau l’aurait emporté au large et qu’on ne le distinguerait plus, son corps à la dérive, la sonate retentirait au loin comme un songe lointain dans les esprits.

Mais il était temps d’y aller. La nuit avait maintenant repris ses droits et bientôt elle finirait par avoir raison de Tim si toutefois il décidait de rester jusqu’au petit matin. Il fallait qu’il retrouve son lit, qu’il s’allonge et qu’il offre enfin les heures de sommeil que ses pauvres yeux endoloris réclamaient maintenant. Juste une dernière mesure, un accord de plus et il disparaitrait dans les ruelles sombres de la ville, ses mains agrippant fermement son sac en bandoulière, le pas rapide et le regard perdu, scrutant la pénombre de peur d’y déceler un ennemi, guettant le moindre bruit. Il mourait déjà d’angoisse à l’idée de rentrer seul, et l’inquiétude fut d’autant plus grande quand le silence se fit dans la salle de classe. Il était maintenant à l'abandon. Il ne restait plus que le reflet de la lune sur l’instrument pour tenter de le réconforter.

Le professeur se retourna, néanmoins toujours assis, se saisissant de son sac qui trainait à ses pieds. Il s’apprêtait à se redresser sur ses deux jambes mais il ne trouva pas la force face à la vision qu’il avait devant lui. Quelqu’un se tenait là, debout, dans l’encadrement de la porte. Était-ce son passé qui l’importunait encore ? Non, Timothy, voilà ton futur. Si seulement il avait pu le savoir... Pour l’heure, il était paniqué, persuadé qu’on était encore venu dans le seul but de lui causer du tort. Il tremblait comme une vulgaire feuille morte qui menaçait de se détacher de l’arbre pour venir s’écraser sur le sol humide de l’automne. « Qui... », il était bien trop timide pour qu’on puisse l’entendre à l’autre bout de la pièce, et la voix chevrotante, le jeune homme fut contraint de s’y reprendre à plusieurs fois. « Qui est là ? » dit-il pendant que ses doigts s’agrippaient fermement à son sac, en dernier recours. Il aurait donné n’importe quoi à cet instant pour être loin. À l’abris. Quelque part dans le noir le plus complet.

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MessageSujet: Re: Culpabilité ▽ Timothy   Culpabilité ▽ Timothy EmptySam 21 Sep 2013 - 13:44




Timothy. Tim. Un prénom qui sonne familier dans mon âme. Celui-là même qui désigne l’homme d’apparence fluette qui se tient devant le piano dans une posture presque solennelle. L’obscurité peine à me donner un descriptif complet du jeune homme. Fort heureusement, je peux compter sur la présence d’un peu de lumière lunaire pour visualiser les alentours et le fond de la classe. Les reflets des faisceaux pâles viennent s’échouer entre chaque angle de la pièce, projetant les indicibles ombres des chaises et bureaux contre les murs blancs.  Comme un drap sombre déchiré ci et là, le tableau devant moi présente un contraste saisissant de blanc et de noir. Une peinture fixe, immobile, où seul son cœur bat d’une vie fragile. Tim. Bien que les années se soient passées, que l’enfant soit devenu adulte, il demeure ce même sentiment de fragilité qui flotte autour de cette silhouette. Malgré l’obscurité apparente, je peux distinguer cette échine courbée presque nerveusement, ces épaules tiraillées vers le bas et ce dos d’apparence maîtrisée, mais pourtant si tendu. Le temps a beau s’être écoulé, la marque indélébile d’un passé fiévreux demeure chez le garçon.

Et je suis là, à l’observer en silence. Peut-être devrais-je annoncer ma présence plutôt que de musarder tel un épieur dans l’ombre de la porte, mais je ne trouve pas la force de libérer mon haleine alcoolisée des cloisons buccales de ma bouche scellée. Quelque part, une sorte de remord m’enlace de ses bras épineux. Une désagréable sensation qui me prends les tripes et me donnerait presque envie de gerber. Foutu Whisky. Mais l’alcool est-il vraiment le seul en cause ? Quelque part au fond de moi, je repense aux raisons qui ont brisé le garçon avec qui je me suis longtemps comporté comme un père de son enfance à ses premiers pas en tant qu’adulte. En tant que meilleur ami de sa mère, c’était presque inévitable qu’une relation paternelle s’installe avec son gamin. J’ai toujours adoré les gosses si bien que j’aurai pu me reconvertir en babysitteur. C’est d’ailleurs ainsi que je gagnais ma croûte d’étudiant du temps de mon adolescence, mais ce temps-là remonte à loin.

Parfois, j’ai l’impression que le temps me file entre les doigts
Je ne peux m’empêcher de comparer le fils de Lisa à une tasse de porcelaine qu’on aurait brisée en morceaux puis recollée tant bien que mal. La plaie semble guérie en apparence, mais il demeure une cicatrice indélébile. On se dit qu’avec le temps, le passé finit par s’oublier dans les affres du présent, mais en portant un regard attentif à la silhouette tendue, campée sur le petit banc noir au fond de la pièce, je ne peux m’empêcher d’admettre que cette généralité ne s’applique pas à Timothy. Quoiqu’il en soit, il valait mieux que je m’éclipse avant que le plus jeune ne se rende compte de ma présence assurément inopportune. Nos retrouvailles deux semaines plus tôt ne furent pas tendres. Vous allez dire, rien d’étonnant en vue de ma situation…je n’ai pas été des plus chaleureux les premiers jours qui ont suivi ma résurrection. Il a fallu que je digère non seulement la nouvelle de mon éveil, mais aussi et surtout la mort de ma fille. Une perte que je n’avais pas encore digérée les jours qui ont précédés mon propre décès. Mais contrairement aux autres proches, j’ai décelé une tension chez le plus jeune. Nous avions échangés quelques mots, une discussion trop banale pour passer inaperçu à mes yeux, mais je n’ai pas cherché à savoir le fond des choses. J’étais encore trop perturbé en ce début d’éveil pour analyser en profondeur les choses qui m’entouraient.

Décidé, je m’apprête à m’éclipser de la pièce et m’évader de ces pensées brumeuses. Je ne me suis pas encore rendu compte que la musique avait cessé depuis une bonne minute jusqu’à ce qu’une voix hésitante ne brise le silence. Surpris, je m’arrête dans mon élan pour porter un regard vers le jeune homme à présent tourné vers moi. Je déglutis. Merde. J’aurai du réagir plus tôt, mais l’alcool absorbé par mon organisme semble favoriser la lenteur de mon habituelle vivacité. Pourtant, le sentiment honteux de s’être fait prendre est bientôt remplacé par une once d’inquiétude. Bien qu’il se trouve au fond de la pièce, je peux percevoir les tremblements qui agitent son âme. Rien de plus simple à déterminer l’état de peur qui éperonne le jeune homme, il suffit d’entendre les spasmes qui ont agité sa voix quelques secondes plus tôt. Il a peur. Faut-il être surpris ? S’adonner à la musique dans une classe isolée au milieu de la nuit et se surprendre à trouver une autre personne derrière vous alors que vous sortez à peine de votre bulle…il y a de quoi ne pas s’extasier de ferveur…surtout pour Tim.

« C’est moi… »murmurai-je de ma voix rauque et calme. Hum, précis comme description…peut-être ne reconnaîtra t-il pas ma voix. Après tout, trois années se sont écoulées sans que nous ne nous soyons vus ni même parlés. C’est d’un pas hésitant que j’avance d’un mètre pour venir me noyer dans la lumière que les faisceaux émettent à travers les carreaux de l’une des fenêtres. « Désolé si je t’ai fais peur, ce n’était pas mon intention… » Je me sens un peu coupable d’avoir mis le garçon dans un tel état, si bien que je ne sais quel choix est le plus approprié. Le saluer et m’en aller ou demeurer pour parler un peu avec celui que je considérai comme un fils par le passé ? Encore aujourd’hui, je ressens cette affection paternelle m’ensevelir l’âme, mais l’enfant a grandi depuis. C’est un adulte qui se dresse devant moi, presque à ma taille.  « J’avais entendu du bruit de l’extérieur…et je me demandais ce que ça pouvait être à cette heure du soir vu que l’université devrait être fermée… » Pourquoi trouver une excuse ? J’avais l’impression d’être un enfant pris en faute et se cherchant une excuse. Peut-être le whisky. Confus, je ne peux retenir un long soupir et un massage à l’arrière de ma nuque courbatue d’une main experte.  Je ne sais comment m’y prendre, mais l’envie de parler avec Tim est si forte qu’elle me cloue sur place. Mais peut-être n'a t'il tout simplement pas envie de me parler. Ni de me voir. Ce que je comprendrai aisément. Après tout, ce n'est pas tous les jours qu'un de vos proches ressuscite. « Ton talent musical ne s'est pas détérioré...tu enseignes toujours ici? » Toujours avec ce style qui est le tien, mais je garde cette pensée pour moins et fourre mes mains dans les poches de ma veste en attendant une réaction du jeune homme.




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MessageSujet: Re: Culpabilité ▽ Timothy   Culpabilité ▽ Timothy EmptyJeu 3 Oct 2013 - 13:23

Timothy scrutait la pénombre, les mains crispées sur son sac en bandoulière, retenant son souffle. Il ne devait plus bouger, plus faire un bruit, se retenir d’émettre le moindre son afin de réussir l’impossible et disparaitre de ce décor inquiétant. Si toutefois il se concentrait, peut-être parviendrait-il à ne plus exister, à ne plus être assis là, dans une salle vide de l’université, happé par la nuit noire. Avec un peu de chance, cette silhouette sombre ferait alors demi-tour sans demander son reste et il pourrait oublier toute cette histoire. Il rentrerait à la hâte, ses jambes ne pouvant se retenir de se mettre à courir jusqu’à ce qu’il en perde haleine. Il se barricaderait chez lui pour enfin souffler et retrouver ses esprits. Après tout, ce n’était peut-être rien d’autre qu’une ombre, un reflet de la lune, un simple songe et Timothy avait rêvé. C’était sans doute son esprit qui lui jouait des tours au final ; il était sans doute seul ici et pour une fois, personne n’était venu le surprendre en plein milieu de ses sonates nocturnes... Car il fallait bien l’admettre, bon nombre d’âmes étaient venues s’égarer dans sa salle de classe au cours des derniers mois, appréciant simplement de pouvoir écouter le jeune homme que la musique transportait. Ainsi, Timothy espérait silencieusement.

Un murmure. Un pas. Nicol. L’obscurité le lui avait pris, elle avait finit par le lui rendre. L’homme se tenait là, à quelques mètres de Timothy, et le professeur échappa un profond soupir de soulagement, ses longs doigts fins relâchant doucement la pression, et finalement apaisé, ses épaules s’affaissèrent quelque peu. Il était évidemment rassuré de ne pas avoir à faire à un parfait inconnu, même s’il était tout de même loin d’être ravi. Tim savait qu’il ne risquait rien avec Nicol, ce dernier faisant partie des seuls hommes en qui il pouvait se permettre d’avoir confiance sans risquer d’être profondément blessé. Le lien qui les avait unis pendant toutes ces années avait été tellement fort et intense pour Timothy qu’il n’avait naturellement jamais réussi à l’oublier. Aussi loin que sa mémoire lui permettait de remonter, Nicol avait été présent à ses côtés pour l’épauler, remplaçant le père que la vie ne lui avait pas accordé. Mais après tout, à quoi bon poursuivre ses recherches quand Nicol incarnait déjà parfaitement la réponse à toutes ses questions ? Oui, il l’avait aimé comme un véritable père, mais l’affection qu’ils se portaient mutuellement n’avait pas été suffisante. Malgré tout, Timothy avait finit par sombrer, usé par la vie avant même d’avoir véritablement vécu et son corps devenu trop faible à force de ne plus lui appartenir avait cédé. À genoux, l’échine courbée, il avait tenté de prier pour que le sommeil vienne le chercher de lui-même, pour qu’il n’ait pas besoin d’avoir recours à quelque chose de bien plus dangereux et radical. Il n’avait obtenu aucune réponse. Éreinté, il s’était alors allongé au fond de l’eau, vêtu de ses plus beaux habits parce qu’il ne supportait plus la vue de son corps nu. La fin n’étant pourtant jamais venue, il ne lui restait alors plus que ses larmes pour se noyer.

Huit années s’étaient écoulées depuis cette soirée tragique, et pourtant, Timothy craignait toujours que Nicol ne songe plus qu’à cela lorsque leurs regards se croisaient. Nicol savait, il était bien trop proche de sa mère pour ne pas être au courant. Eux seuls connaissaient les raisons de cette macabre tentative, tant et si bien que le professeur se sentait misérablement vulnérable à chaque fois qu’ils s’adressaient à eux. Il se releva de son siège alors que Nicol s’excusait de l’avoir effrayé, comme si le simple fait de se tenir sur ses deux jambes allait immédiatement prouver le contraire. D’ordinaire, le jeune homme ne se serait sûrement pas surpris à essayer de durcir son regard, mais compte tenu des circonstances... Il se souvenait clairement de l’absence de Nicol et du gouffre qu’il avait laissé derrière lui. L’autre homme l’avait marqué par sa disparition et Timothy avait eu toute la peine du monde à essayer de remonter la pente et à se faire une raison. Comme avait-il pu oublier qu’il avait besoin de lui ? Ce n’était pas simplement essentiel, c’était vital. Il n’était pourtant pas nécessaire de lui expliquer puisque Nicol savait, pas vrai ? Timothy soupira tandis que Nicol rompit le silence une nouvelle fois pour expliquer les raisons de sa présence ici mais le jeune homme l’écoutait d’une oreille plutôt distraite. Il était partagé entre sa colère et l’envie soudaine d’aller se réfugier dans les bras de l’autre homme pour s’accrocher désespérément à lui et le supplier. Dieu, ce qu’il aurait eu l’air pitoyable si toutefois il avait réussi à convaincre ses jambes de bouger à nouveau pour venir se coller contre Nicol... Il ne savait pas pourquoi, et peut-être qu’il s’en fichait éperdument au bout du compte. Il était simplement perdu et complètement désemparé, et il aurait aimé avoir la force d’affirmer sa tristesse et sa détresse, mais les mots ne vinrent pas. Seul son regard parvint à le trahir tandis que ses yeux fixaient le bout de ses chaussures qu’il distinguait à peine, comme si elles étaient encore au fond de l’eau et que seul son visage dépassait encore des flots, une bouffée d’air au creux de la nuit noire.

« Ton talent musical ne s'est pas détérioré... tu enseignes toujours ici? » Timothy ne prit pas la peine de sourire, ni même de relever la tête, répondant dans un murmure comme s’il avait peur qu’on les entende et qu’on les surprenne ici. Mais inconsciemment, ne craignait-il pas simplement qu’on les dérange ? « Je... Je viens faire des remplacements de temps en temps mais maintenant j’enseigne surtout à l’école de musique en centre ville c’est... » Le jeune homme ne prit pas la peine de terminer sa phrase. Il la laissa en suspens, exactement comme Nicol avait fait en quittant la ville... Il n’avait pas envie de se livrer pour lui faire part de la joie qui s’emparait de lui lorsqu’il passait ses après-midis dans sa petite salle de classe, tellement étroite qu’il n’y avait certainement que lui sur cette planète pour s’y sentir à l’aise. Il refusait de faire comme si rien ne s’était passé, et expirant profondément pour la seconde fois, son regard se décida enfin à croiser celui de Nicol. « Écoute je... Je devrais sûrement rentrer. » Tim jeta un coup d’oeil furtif au piano, le saluant sans un mot et remerciant l'instrument pour ces instants qu’il chérissait plus que tout. Déjà angoissé à l’idée de devoir affronter seul les rues désertes de sa ville natale, les doigts de Tim s’enroulaient une nouvelle fois autour de sa sacoche, grattant le moindre bout de textile qui s’offrait à lui afin de passer ses nerfs sur quelque chose. Pas étonnant que le sac en question soit déjà troué de toute part... « Il fait nuit, je n’ai pas vu l’heure passer et je n’aurais pas du rester si tard, j’ai cours demain matin et je n’ai pas encore fini de préparer les partitions pour mon élève et... » Le jeune homme s’arrêta un instant pour reprendre enfin son souffle. Il observait la porte ouverte et le couloir gigantesque qu’il avait à traverser dans les ténèbres de cette nuit atrocement noire avec l’intime conviction que la pénombre ne lui apporterait rien de bon. Pas même une lueur au bout de ce tunnel pour tenter de le guider... Se répétant sans cesse qu’il pouvait y arriver sans l’aide de personne, il finit même par se demander s’il n’était pas en train de penser tout haut avant de reporter son attention sur Nicol. « Je vais y aller. Je... Je suis désolé mais je... Il faut que je rentre, je ne peux pas rester là. » Que fuyait-il vraiment ? Lui-même n’avait pas la réponse à cette question. Une chose était pourtant certaine : il n’avait toujours pas réussi à faire un pas.  

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MessageSujet: Re: Culpabilité ▽ Timothy   Culpabilité ▽ Timothy EmptyDim 13 Oct 2013 - 19:00




Bien sûr, à quoi pensais-je ? Me voici à nouveau face à un mur invisible. Il m’en veut. Mais de quoi ? De ma mort ? De ma résurrection ? Je ne me doutais pas une seule seconde qu’il puisse s’agir de mon départ pour Glasgow trois ans plus tôt. Seul la mort s’imposait à mon esprit. Comme si j’avais choisi de ma propre volonté ces évènements. Pourtant, je ne lui en veux pas. J’aspire seulement à retrouver cette complicité qui était notre autrefois. A un temps lointain. Je l’avais toujours considéré comme un fils, si pas un petit frère qu’on aurait envie de protéger du danger. Malheureusement, je n’avais pas su le préserver des dangers intérieurs. Au sein même de son école. Quand j’y repense, je ne peux m’empêcher de sentir la culpabilité m’accabler de sa saveur amère.  Je l’avais un peu délaissé à une époque, au point que je ne m’étais pas rendu compte de sa douleur. Et aujourd’hui, il me rejetait. Mais je ne lui en veux pas. Comment le pourrais-je ? L’idée ne m’effleurerait même pas l’esprit. Timothy est un être qui me reste précieux, malgré mon attitude de ces dernières années. Un être que j’ai envie de protéger. Essayer de réussir ce que je n’ai pas pu avec Maisie.

A la pensée de mon petit bourgeon, je sens mes entrailles se nouer mais je ravale mes émotions lorsque, devant moi se dresse le spectre de la peur. Tim en est complètement imprégné. Ses gestes nerveux et ses regards inquiets sont une tentation au sentiment de la peur qui s’est introduit avec l’aisance d’une bactérie dans son organisme.  Rien ne semble avoir changé après toutes ces années. Le jeune homme qui se tient devant moi semble toujours sous l’emprise de ces vieux démons. Quoi de plus normal. Le voir dans un tel état attisait en moi ce sentiment protecteur. Ce besoin irrépressible de le protéger.

Il doit partir. Pourtant, je sais qu’il ne bougera pas. La peur est trop présente. Est-ce de moi qu’il a si peur ? Non. Je ne pense pas du moins. Plutôt de ses vieux démons. L’obscurité est propice pour attiser ses plus grandes peurs et je ne doute pas qu’il redoute de rentrer seul chez lui à une heure aussi tardive. Moi-même je ne me sentirai pas rassuré si j’avais vécu une expérience traumatisante comme celle qu’il a longuement vécue durant son adolescence. Il ne bouge toujours pas. Et ce, malgré ses dires. D’un regard tendre et bienveillant, je l’observe un moment avant de fourrer mes mains dans les poches de ma veste. Je sens le métal de ma flasque au passage, mais ne m’en intéresse nullement. Assez bu pour ce soir. Finalement, je me décide à tendre une main vers lui. Oh, pas au sens figuré. « Je peux te raccompagner si tu veux ? C’est sur mon chemin… » C’était en partie vraie, même si je n’escomptais pas rentrer chez moi de sitôt. Je préférais passer la nuit dehors et tant qu’à faire, si je pouvais un peu profiter de la compagnie de Tim, cela m’apporterait peut-être un peu de chaleur dans mon âme verglacée. Bizarrement, je ne me sentirai pas rassuré de le savoir reparti seul. Si fragile, si craintif, il serait la proie idéale des mauvais genres qui arpentent les ruelles de la ville en escomptant un peu d’action. J'attends patiemment sa réponse, toujours avec ce calme qui m'est propre malgré ma situation.





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MessageSujet: Re: Culpabilité ▽ Timothy   Culpabilité ▽ Timothy EmptyLun 28 Oct 2013 - 9:54

Il n’y avait rien de plus particulier que de se retrouver devant un visage que l’on connait par coeur mais qui nous semble soudainement inconnu sans qu’on puisse rien y faire. Nicol restait le même, il représentait toujours cette figure paternelle nécessaire dans la vie de Timothy pour tenter de pouvoir avancer. Lui qui ne savait même pas où se trouvait son père biologique ni à quoi il ressemblait véritablement, avait eu besoin de repères pour grandir et accepter le fait qu’il ne le rencontrerait probablement jamais. Combien d’heures passées devant son miroir à essayer de se demander si ses yeux étaient aussi bleus grâce à lui, si les traits de son visage étaient plutôt les siens, ou encore si il avait hérité des mêmes manies ou autres tics que son paternel lui aurait transmis bien malgré lui ? Des centaines de milliers, des minutes innombrables sacrifiées pour obtenir des réponses. Réponses qu’il avait trouvé auprès de Nicol et Am, les deux hommes toujours présents pour Lisa et son fils. Pouvait-on se permettre de dire « leur fils » ? Après tout, ce n’était pas totalement faux.

Sauf à cet instant. Ce moment précis où dans la pénombre de cette pièce silencieuse, Tim avait relevé la tête pour observer Nicol droit dans les yeux. « Je peux te raccompagner si tu veux ? C’est sur mon chemin… » L’homme avait fourré ses mains dans ses poches et semblait attendre la réponse de Tim, patiemment, sans ajouter quoi que ce soit pour l’inciter à marcher avec lui. Le professeur ne le quittait plus vraiment des yeux, comme si cette simple proposition l’avait surpris, et pris de cours, il restait silencieux sans vraiment savoir pourquoi. Bien sûr qu’il voulait rentrer en sa compagnie, ne serait-ce que parce qu’il craignait la nuit noire et la froideur de l’automne, mais aussi et surtout parce qu’il s’agissait là de Nicol. Et dans les prunelles sombres de ce dernier, Timothy pouvait voir les souvenirs de ce passé qu’ils avaient partagé et tout ce qui les avait unis jusqu’à cet instant. Non, il n’était plus vraiment son père au final, il ne l’avait même sûrement jamais été. Il y avait toujours eu cette chose en plus, ce petit rien que Tim n’avait pas réussi à expliquer et qu’il ne comprenait pas plus à présent mais il savait. Il savait que ce n’était pas aussi simple qu’un père et son fils, que ce qu’il attendait de Nicol était bien trop complexe pour qu’il puisse véritablement mettre des mots dessus.

Ses doigts se battaient sans relâche avec la lanière de son sac en bandoulière, et ses ongles grattant le tissu devenaient alors la seule source de bruit dans cette pièce seulement éclairée par les quelques rayons de lune. Fallait-il encore qu’il avoue sa faiblesse en répondant positivement à la demande de Nicol ? Ou bien faire tout simplement croire qu’il était plus fort, qu’il n’était plus ce gamin paumé et apeuré qu’on avait abandonné trois ans en arrière ? Après tout, il s’était retrouvé presque complètement seul pendant tout ce temps, il avait du apprendre à se débrouiller, alors pourquoi ne pas montrer de quoi il était maintenant capable ? Il prit une grande inspiration, croyant que la vague d’oxygène qui emplissait subitement ses poumons parviendrait à apaiser les battements de son coeur, lui donnant au passage assez d’importance pour pouvoir s’affirmer véritablement. Mais il n’en était rien. Évidemment, les choses ne pouvaient être aussi simples. Il se mordilla la lèvre inférieure plusieurs fois comme si la réponse se trouvait là et qu’il voulait l’arracher avec ses propres dents, avant de prendre finalement la parole. « Si tu... Si tu es sûr que ça ne te dérange pas alors... Alors oui, je... Je veux bien. » Un jour ou l’autre il parviendrait sans doute à faire une phrase sans buter sur chaque mot.

Il avait parlé doucement, de peur qu’on les entende, comme s’il craignait qu’on les repère, que le moindre prédateur qui rôdait dans les parages puisse les débusquer et les attaquer ici, dans cette salle, au creux de la nuit noire. Timothy prit son courage à deux mains et tenta de faire un premier pas en avant, l’oreille aux aguets, prêt à aller se dissimuler sous le piano en cas de besoin. À croire que le propre bruit qu’il faisait en marchant l’effraya, puisqu’il saisissait déjà le bras de Nicol nerveusement, s’agrippant à lui comme un naufragé s'accrochait au mas de son bateau pour se sauver d’une noyade certaine. Par réel instinct de survie plus que par profonde envie, Timothy réalisa bien après qu’il avait passé sa main vers le coude de Nicol et qu’ils se retrouvaient à présent bras dessus, bras dessous.

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