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 + Today's the day [PV Morgan]

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MessageSujet: + Today's the day [PV Morgan]   + Today's the day [PV Morgan] EmptyDim 20 Oct 2013 - 2:14


Today's the day

Lissant nerveusement les plis de sa robe estivale, Siobhán se mordit légèrement la lèvre inférieure, la tête plein de « et si » auxquels elle avait envie de croire sans trop oser. Elle se l’était formellement interdite, elle avait tout fait pour que cela n’arrive pas ; dans la petite chambre de ses pensées, elle avait tiré les rideaux avec conviction pour ne pas laisser filtrer la lueur ténue, mais si lumineuse, de l’espoir. C’était déraisonnable (mais quand avait-elle jamais été raisonnable ?) et plus que ça, c’était dangereux. Elle savait qu’il n’y avait rien de plus cruel que les faux espoirs. Mais, et elle le savait aussi, c’était déjà trop tard : il avait suffit d’une étincelle, celle du possible, pour embraser tout son être. Elle avait toujours un peu trop passionnée, un peu trop fougueuse pour son propre bien. A présent elle ne pouvait plus marche arrière, et la seule façon pour elle de tourner la page, c’était de détruire cet espoir… ou de lui donner une raison d’exister. Voilà pourquoi elle devait en avoir le cœur net.

Prenant une profonde inspiration, elle jeta un dernier coup d’œil au miroir, donnant un peu de volume à ses cheveux de la main avant de la laisser retomber mollement le long de son corps. C’était ridicule, vraiment. Siobhán ne prêtait que rarement attention à son apparence ; ses seuls apparats, c’étaient sa fraicheur et son naturel. Mais aujourd’hui, elle avait enfilé sa robe préférée – en vérité toute simple, mais qui mettait sa silhouette délicatement en valeur – et avait passé dix bonnes minutes à fixer son reflet muettement. Elle ne faisait que gagner du temps, elle le savait. A la voir si nerveuse, on aurait pu penser qu’elle avait un rendez-vous galant. Cela aurait pu l’être… cela pouvait peut-être encore l’être. Mais d’abord fallait-il mettre le pied dehors. Pourquoi avait-elle si peur de découvrir la vérité ? Elle ne le connaissait pas. Elle ignorait jusqu’à son nom. Elle aurait pu le lire dans les papiers journaux. Elle ne l’avait pas fait. Les règles du jeu n’avaient pas encore été brisées, et ce n’était pas la mort qui la pousserait à les transgresser. Et ainsi était venue cette idée, absurde mais innocente, de lui laisser des cartes postales à l’endroit où il l’attendait invariablement chaque jour, d’abord vierges, puis dotées de petits mots sans prétention – si c’était à l’écrit, ça ne pouvait pas compter comme une transgression des règles du jeu, pas vrai ? Après tout, elles n’étaient même pas définies, ces règles. Ils les avaient écrites au fur et à mesure, ensemble. Et ainsi le jeu continuait. Ce n’était qu’une façon pour elle d’apprendre à vivre avec ce nouveau vide dans son existence qu’elle ignorait avoir été comblé en premier lieu. Un simple exutoire. Rien de plus. Jusqu’à ce qu’elle constate qu’infailliblement, les mots qu’elle laissait disparaissaient. Peut-être était-ce simplement le vent. Ou un passant qui partageait son amour des cartes postales. Mais peut-être, peut-être, que c’était lui. Cela semblait si improbable. Pourquoi ne se serait-il pas montré ? Elle avait chaque jour guetté, attendant de le voir arriver à l’endroit où il se tenait infailliblement, en vain. Elle avait donc décidé d’obtenir le fin mot de l’histoire par ses propres moyens. Si ce n’était pas lui, et bien… elle arrêterait. Elle passerait à autre chose. Mais elle ne pouvait le faire tant que le doute subsistait.

Décidée, elle tourna les talons, mais avant de sortir, elle s’arrêta devant le vase où elle avait placé le bouquet qu’il lui avait offert – bouquet qui n’avait pas bougé depuis sa mort. Les fleurs étaient depuis longtemps fanées, mais encore belles, de cette beauté propre aux choses qui souffrent des affres du temps avec dignité. Elle en saisit une délicatement, la faisant tourner entre ses doigts fins, puis, avec un sourire incertain accroché aux lèvres, elle quitta sa maison. Son regard se posa aussitôt sur l’endroit où il aurait dû être mais où évidemment, il n’était pas. Ne se laissant pas abattre, elle s’y dirigea avec résolution, puis déposa délicatement la fleur à terre, mais pas sans avoir noué au préalable autour de sa tige un petit ruban coloré, comme ceux qu’elle plaçait parfois dans ses cheveux. Satisfaite, elle se redressa, puis s’éloigna, étudiant les alentours. Il lui fallait une cachette, un endroit d’où elle pourrait observer sans être vue… avisant un arbre non loin qui n’était hélas pas assez épais pour la cacher, mais dont les branches étaient en revanche assez denses, elle surveilla une dernière fois les alentours pour s’assurer que personne ne la voyait, retira ses chaussures à talon d’une main, puis se hissa avec agilité sur la première branche et grimpa ainsi aisément au milieu des feuillages, retrouvant les réflexes de l’enfant casse-cou qu’elle avait été, jusqu’à trouver une place satisfaisante sur le tronc de l’arbre, assurée de ne pas être trop facilement repérable dans sa robe verte et d’avoir une bonne vue sur l’endroit qu’elle allait surveiller. Et maintenant, le plus dur… l’attente.

Une attente pas bien longue, en vérité. Elle guettait, le cœur battant, les yeux rivés sur sa fleur fanée, alertée par le moindre passant, lorsqu’elle le vit. C’était lui. Son cœur fit un triple saut dans sa poitrine, mais lorsqu’il se pencha pour ramasser la fleur, le doute n’était plus permis. Elle ne réfléchit pas longtemps, et balança une jambe par-dessus la branche où elle était perchée, sautant avec légèreté au sol. Sans considération pour les brindilles qui avaient pu se prendre dans ses cheveux, ses chaussures toujours dans une main, elle s’approcha, sans se presser mais sans traîner non plus, les yeux rivés sur lui. Lorsqu’elle fut assez proche pour bien deviner les traits de son visage, à cette distance qu’ils avaient maintenus trois semaines durant, elle s’arrêta Et maintenant ? Elle était réticente à l’idée de prendre la parole et de briser ainsi les règles, mais n’avait pas non plus envie de le laisser repartir comme un voleur. Il s’était caché assez longuement. Est-ce que cela signifiait qu’il ne souhaitait plus la voir ? Mais si cela avait été le cas, il ne serait sûrement pas venu chercher ses offrandes, pas vrai ? Il n’y avait qu’une façon de s’en assurer, décida-t-elle. Penchant légèrement la tête, elle s’adressa à lui muettement par le biais d’un simple et timide, mais sincère, sourire. Un sourire qui était en vérité plus que cela ; une invitation.


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MessageSujet: Re: + Today's the day [PV Morgan]   + Today's the day [PV Morgan] EmptyMar 22 Oct 2013 - 0:02


today's the day


(verlaine) ▽ Il pleure dans mon cœur Comme il pleut sur la ville, Quelle est cette langueur Qui pénètre mon cœur ?
Morgan plia les doigts, les déplia, le regard rivé sur ses phalanges qui craquèrent lentement. Il reposa l’archet de son violon. Depuis son retour, il avait pu constater que parfois son corps, et souvent au réveil, répondait avec une certaine raideur. Le phénomène s’estompait un peu parfois et ne durait de toute façon jamais la journée entière mais il allait de pair avec la froideur de ses doigts. Morgan n’était plus ce genre de type auquel on se colle pour trouver un peu de chaleur humaine. Parce que sans avoir froid, il était constamment glacé, ou presque. Il abandonna donc l’instrument dont il jouait si peu souvent et se mit en tête de boire un café pour bien commencer la journée. En plein après-midi, oui. Mais il avait encore quitté le travail après l’aurore et il avait tenté de dormir un peu. Mais ça aussi, c’était rarement un luxe qu’il pouvait s’offrir depuis sa mort. Quand son sommeil n’était pas bref et de plomb, il était long et envahi de cauchemars. Souvent, il se réveillait la main contractée sur les côtes. Il s’en souvenait trop bien.

Tout en buvant le liquide noir et intense, il se mit à réfléchir, accoudé sur le plan de travail de la kitchenette. A tout ce qui était nouveau depuis qu’il était revenu. A sa courte autarcie pour se réhabituer à la vie, lentement. A ses nouvelles habitudes. Et à ce qui n’avait pas changé. Il n’avait pas grand-chose d’ancien dans cette nouvelle vie, à part cet appart, son job et quelques fringues.  Mais s’il y avait une chose qu’il avait encore, c’était une manie incontrôlable. Journalière. Une manie qui, lorsqu’il devait s’en passer pour une raison lambda, le rendait encore plus nerveux qu’à l’ordinaire. Lui pourtant qui était déjà suffisamment à fleur de peau la majeure partie de son temps. Mais il ne pouvait pas s’en passer, elle était un peu ce qui lui avait permis de ne pas devenir cinglé sous le choc. Ce fait immuable qui était resté. Malgré tout. Malgré cette semaine d’absence. La voir tous les jours. A la différence qu’elle, elle ne le voyait plus.

Pourtant il avait continué inlassablement à venir se poster au  même endroit. Et le premier jour après son retour, son cœur s’était emporté si fort qu’il avait été convaincu de ne plus être dans un rêve. Pourtant, contrairement à avant, il ne s’était pas manifesté. Plus maintenant. Que penserait-elle ? Il était mort sous ses yeux. Comment peut-on causer plus de tort à une personne qu’en lui infligeant cela ? Morgan se le demandait souvent quand il la regardait. Et puis il l’avait vu lever les yeux vers lui, pour le chercher. Sans colère, haine ou dégout dans le regard. Elle avait même eut l’air déçue, attristée. De voir que le jeu prenait fin ? Peut-être. Pourtant, il n’avait pu se résoudre à faire le moindre pas vers elle. Qu’allait-elle penser ? Oh et puis toutes ces questions le mettaient à mal. Il avait un gout d’inachevé, de dette même, au fond de la gorge. Et ce petit autre chose sur lequel il n’arrivait pas, ou ne voulait pas mettre de mot. D’un geste vif, il jeta le fond de sa tasse au fond de l’évier.

Elle avait changé la donne. Il se mentait à lui-même. Et c’est pour ça que tous les jours il y retournait. Et qu’il récupérait ces cartes. Il se souvenait de la première. Morgan avait failli foncer droit vers sa porte. Et puis il s’était dit que c’était peut-être un stupide concours de circonstances. Mais dans le doute, il l’avait pris, et il allait ramasser les suivantes jours après jours. En grand romantique, il les imaginait pour lui et ne les voulaient que pour lui. Elles restaient donc dans un coin de sa grande bibliothèque, entre deux livres, prêt de son lit. Il se raccrochait à ça, dans l’espoir qu’un jour il irait enfin lui parler. En enfilant son jean délavé et son tee-shirt à col v froissé, il se sentit négligé. Mais qui le regardait de toute façon ? Jamais personne qu’il ne veuille impressionner ces temps-ci, signe qu’il comptait une fois de plus ne pas se manifester. Il quitta donc le studio, son téléphone, sa dernière carte pour uniques compagnons.  Une autre drôle de manie qu’il avait prise.  Le chemin jusqu’à elle était devenu machinal. Il retournait inlassablement sur les lieux de la tragédie, paradoxalement pour y trouver un peu de bonheur.

Allez savoir pourquoi parfois en se levant le matin on ressent que tout est différent. Que quelque chose va changer. Morgan se surprit à y penser en posant le pied dehors. Mais lorsqu’il s’engouffra dans l’avant dernière rue avant son but, il avait éludé cette pensée. Il se passa une main dans les cheveux, pour les décoiffer inconsciemment. Blonds et doux, ils étaient pour beaucoup dans sa gueule d’ange qui faisait tant craquer. Pourtant, s’ils savaient. Et puis il arriva. Il tourna à l’angle de la fameuse rue et s’engagea sous l’arcade mais ne fit pas un pas de plus. Il n’y avait pas de carte sur le mur. Il balaya ce dernier du regard et brusquement, un gout amer monta en lui. Elle n’était pas venue. Il avait trop attendu. Ou bien ces cartes n’avaient rien à voir avec lui. Son ventre se serra. Presque honteusement. Quelle espèce de crétin était-il ? Il ne résista pas et fit un pas, quitte à sortir de l’ombre dans laquelle il se protégeait depuis des jours. Quitte à ce qu’elle le voit. Il aurait préféré ça. Un million de fois. Mais là encore, il ne fit pas un pas au-delà. Sous la semelle de sa basket, quelque chose craqua. Machinalement, le jeune regarda à ses pieds.

La douleur qui le prit au cœur lui montra une fois de plus qu’il était bien en vie. Tout en l’avertissement que les chocs émotionnels n’étaient pas ce qu’il préférait. Et quel comble, qu’une simple fleur en soit la cause. Mais elle n’avait rien d’une fleur banale. Elle était fanée, il lui semblait même qu’elle décorait son appartement tant il en revoyait des semblables la nuit. Désormais au comble de la nervosité, il se baissa, le cœur battant à tout rompre. Dans ses rêves, il n’y avait pas de rubans autour de la tige de ces fleurs. Il s’en saisit, machinalement, en jetant des coups d’œil autour de lui. Les passants poursuivaient leur petite vie, tandis qu’il restait là, la fleur à la main, le ruban enroulé autour des doigts. Et si, finalement, c’était bien elle ? Evidemment, lui intima une petite voix. C’est pourquoi il recula dans l’ombre aussitôt.

Mais la parade était inutile, stupide. Et il le comprit quand il se sentit observé. Cette fois, son cœur protesta un peu plus fort alors que sa gorge s’asséchait brutalement. Il avait l’impression d’être dans un de ces satanés rêves éveillés qu’il faisait parfois  dans la chambre noire du labo, les longues nuits. Pourtant, tout était bien réel. Elle, dont il ne connaissait même pas le nom, droite comme un i, le regard rivé sur lui. Elle ne l’avait pas concerté avant de changer les règles. Et visiblement, elle avait décidé de bouleverser leur jeu au possible. Peut-être s’impatientait-elle encore plus que lui ? Morgan la trouva magnifique. Et elle sourit doucement. Il lui sembla manquer d’air. Qu’est-ce qu’il était censé faire ? Rester planté là ? Comme un idiot, à la regarder attendre ? L’attendre ? C’est ce qui le décida. Après tout, il n’avait jamais tremblé devant personne. Alors pourquoi était-il aussi agité ? De voir cette fille le dévisager, lui sourire. Alors que la dernière fois qu’elle l’avait vu, les tournures étaient tragiques. Le jeune homme eut l’impression qu’une éternité s’écoulait le temps qu’il arrive à elle. Il voulait la voir troublée comme il l’était. Mais vraisemblablement, on ne pouvait être plus fébrile que lui lorsqu’il se retrouva devant elle. Il était plus grand, pourtant il se sentait comme un gamin, penaud. Elle était vraiment magnifique. Tout chez elle était attirant. Leurs regard s’accrochèrent et il sentit une décharge d’adrénaline lui parcourir le corps, bien plus jouissive que celle qu’il ressentait dans ses activités douteuses.

Il n’avait toujours pas ouvert la bouche lorsqu’il écarta une mèche de cheveux du visage de la jeune femme pour la remettre derrière son oreille. Lorsqu’il frôla sa peau, il ne put s’empêcher de déglutir. Puis tout naturellement, il glissa la fleur dans les cheveux et laissa retomber sa main, comme si on le lui avait brulé. Morgan avait envie de lui dire merci, de lui demander pardon, ou bien son prénom. Mais il avait la preuve qu’elle était encore là, et cela semblait le combler. A tel point qu’il oubliait ce qui se passait autour d’eux. Ils étaient seuls. Comme deux âmes qui se retrouvent après une longue absence et qui se sont longuement attendu. Il avait besoin de plus. Pourtant, il n’arrivait toujours pas à ouvrir la bouche, ou faire le moindre geste. Une envie le taraudait de tourner les talons et de ne garder que ça. Parce que finalement, il n’avait jamais imaginé ce qu’il pourrait lui dire, même avant de partir, quand le lendemain était encore loin. Alors il plongea la main dans sa poche et sortit la carte de la veille. « Je n'ai pas voulu te faire attendre. » Ces mots lui échappèrent tout seul, parmi tout ce qu’il aurait pu ou du dire. Il sentit sa gorge se nouer. Il se mit à jouer avec la carte, nerveusement. « J’espère que tu ne m’en voudras pas longtemps. »
(c) AMIANTE

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MessageSujet: Re: + Today's the day [PV Morgan]   + Today's the day [PV Morgan] EmptyMer 23 Oct 2013 - 21:30


Today's the day

Elle aurait menti si elle avait prétendu que le petit mouvement de recul qu’il avait eu en la voyant ne lui avait pas fait mal. Elle avait été soudain prise de doutes : et si elle avait fait une erreur, une grossière erreur ? Il ne pouvait y avoir que deux explications au fait qu’il la fuyait : ou bien il ne souhait tout simplement pas la voir, ou bien, pour une raison quelconque, il n’osait pas l’affronter. Mais une fois de plus, seule une réponse claire et nette la satisferait : ne pas savoir, attendre, c’était ce qu’il y avait de pire. Elle préférait mille fois un « non », aussi radical et douloureux fut-il, à un « peut-être » qui n’aboutissait jamais. Elle n’avait jamais été très patiente, après tout, et certainement pas lorsque son cœur était dans la balance. Son cœur ? A en juger le rythme auquel il battait, oui, il avait certainement son mot à dire. Et si elle semblait parfaitement calme d’extérieur, c’était une apparence des plus trompeuses, car elle ne se souvenait pas de la dernière fois qu’elle avait été si nerveuse. Mais malgré ses incertitudes, ce qui gouvernait, c’était bien le soulagement et la joie. Soulagement de le voir se tenir là, aussi vivant qu’un mort pouvait l’être, aussi paradoxal cela fut-il, et joie de découvrir que c’était bien lui qui avait récupéré ses cartes, joie simplement de pouvoir se plonger à nouveau dans son regard, joie simplement de le savoir là. Le monde lui semblait soudain un peu moins vide, sa vie un peu moins esseulée. Il était là. Et comme c’était facile de lui sourire, en dépit de toutes ses émotions conflictuelles qui papillonnaient dans son ventre !

Le plus insolite, c’était peut-être bien le fait que deux le plus surpris semblait bien être lui. Mais il fallait dire qu’elle l’avait piégé. Elle avait donné de nouvelles règles à leur jeu sans le consulter – comment l’aurait-elle pu quand elle avait cru tout ce temps être la seule à y jouer encore ? Mais lui aussi, il avait brisé ces règles lors de leur dernière rencontre. Au fond, il lui devait bien ça.

Le moment lui paru à la fois trop long et trop court, la distance qui les séparait encore trop grande face à son envie de s’approcher de lui, de le toucher, même, et pas assez lorsque la possibilité qu’il ne veuille pas d’elle l’effleurait. Mais non. Il la regardait avec la même intensité qu’auparavant, comme s’il voulait que chaque seconde compte, et c’était presque suffisant pour lui donner le vertige. Combien de fois avait-elle vainement cherché ces yeux du regard, sentant son cœur se serrer lorsqu’elle ne rencontrait que du vide ? Si le drame de ce qui s’était passé ce soir là n’avait pas été si vivide, s’il n’y avait pas eu sur le trottoir les traces sombres d’un sang qui n’était pas tout à fait parti pour lui faire prendre compte de la réalité de la chose, elle aurait soupçonné l’avoir imaginé.  Elle avait souvent eu le sentiment, en le voyant, que ces scènes avaient la consistance incertaine des rêves : dès le moment où elle le lâchait du regard, les détails commençaient à lui échapper : elle le savait beau, mais était-il blond, ou brun ? Petit ou grand ? Frêle ou costaud ? La seule chose dont elle parvenait à se souvenir avec vivacité, c’étaient ses yeux. C’était suffisamment troublant pour qu’elle re-questionne sa santé mentale et qu’elle manque se convaincre que ce n’était qu’un fantôme sorti de son imagination, qui n’attendait qu’elle, ne regardait qu’elle… qui ne pouvait pas exister. Et pourtant. A présent qu’elle le revoyait, il lui était impossible de comprendre comment elle avait pu douter d’elle-même. Les illusions ne vous dévisageaient pas ainsi.

Car il avait cessé de fuir, cette fois. Il l’avait regardé avancer sans bouger alors qu’elle s’était approchée suffisamment lentement pour lui donner la chance de lui échapper s’il le souhaitait. Il était resté. Et c’était lui qui avait le premier franchi la ligne invisible qui les séparait en tendant la main vers son visage avec douceur, comme si c’était une poupée de porcelaine qui risquait de se briser au moindre contact. Retenant son souffle inconsciemment, la jeune femme fut parcourue d’un long frisson lorsque le dos de sa main rencontra sa joue. Cela aurait pu être dû à la froideur de sa peau – et froide, elle l’était – mais elle savait que ce n’était absolument pas lié. Elle ne quitta pas son regard lorsqu’il plaça la fleur dans ses cheveux, immobile, un peu trop consciente de ce qui flottait entre eux et des milliers de cellule de son corps qui semblaient réagir à la présence du sien, tels deux aimants magnétiques. Pas un seul mot n’avait encore été prononcé, et pourtant ils se disaient déjà des milliers de choses. Mais elle avait fait le premier pas, et c’était à son tour d’en faire un.

Ses yeux s’agrandirent légèrement lorsqu’il sortit quelque chose de sa poche qu’elle reconnut être la carte déposée la veille. Et puis, ces quelques mots. Sa voix. Enfin, elle découvrait le son de sa voix. Elle en savoura le timbre et sourit au choix des mots. Elle n’avait jamais été très rancunière, et malgré ce qu’elle avait vécu ce soir là, il était impossible de lui en vouloir alors qu’il se tenait si proche d’elle et qu’il lui parlait ainsi. Il n’avait pas plu voulu ce qui s’était passé qu’elle, elle le savait. Cela ne l’avait pas empêchée d’être en colère contre lui et de lui en vouloir, bien sûr. Mais il était là et soudain, ça n’avait plus d’importance. Il était revenu, et elle l’avait pardonné dès l’instant où ses yeux s’étaient posés sur lui ; comment aurait-elle pu faire autrement ?

« Tu me dois encore un rendez-vous… », fit-elle remarquer d’un air mutin. Se penchant un peu plus vers lui, elle se hissa sur la pointe de ses pieds nus pour lui glisser à l’oreille sur le ton de la confidence : « Peut-être que je serai plus encline à te pardonner une fois que j’aurais obtenu mon dû. »

Elle se recula, le sourire toujours aux lèvres, une lueur de défi dans les yeux et le cœur battant la chamade dans sa poitrine : ils avaient une seconde chance, et elle ne la laisserait pas passer.
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